Renouveau du débat sur les alternatives.

Quelles réponses à la crise systémique du capitalisme ?

La crise systémique du capitalisme ouverte en août 2007 s’inscrit dans le contexte d’une onde longue à tendance récessive – ou phase B du Kondratieff – qui débute en 1974-75. L’idéologie libérale est en train de s’évanouir comme référence. La vision du monde des politiques aurait dû fondamentalement changer pour répondre à l’impératif de ce basculement. Pour l’instant, cet impératif s’est heurté à l’inertie des politiques qui restent enfermées dans le libéralisme malgré toutes les dénégations de la réalité.
« Le capitalisme a-t-il un avenir ? » – titre de ce livre collectif de « macro-historiens », ceux et celles qui considèrent les évolutions des systèmes ou des interactions à l’échelle de plusieurs siècles – est une question clé qui provient directement de l’analyse de « l’économie-monde » pour parler comme Braudel et Wallerstein. Le capitalisme a atteint ses limites en termes d’accumulation du Capital, de l’exploitation de ce bien gratuit qui est la terre. La crise écologique et la mutation climatique obligent à des réponses fondamentales pour permettre de donner un avenir aux générations futures.

Les auteurs réunis ici convergent sur plusieurs conclusions provenant de corpus théoriques différents. La plus importante : la forme actuelle du capitalisme, ce régime d’accumulation à dominante financière n’est pas viable. Il pourrait entraîner la faillite de tout le système capitaliste et ouvrir la voie au socialisme ou à des formes hybrides mêlant propriété privée et collective. La deuxième porte sur la capacité de l’action politique à changer la donne. Elle pourrait s’incarner dans d’autres institutions que l’État-nation. Ils notent que toutes les créations de gouvernance – FMI, G7, G20… – sont des expressions d’un passé dépassé.
Leurs divergences sont nombreuses. Sur la possible sortie « socialiste » du capitalisme, sur la construction d’un « capitalisme d’État », sur la prégnance d’une solution de type fasciste, autoritaire pour faire accepter la poursuite des inégalités et une redistribution qui favorise les riches au détriment des pauvres. 80 personnes possèdent désormais 49% de la richesse nationale grâce à cette intervention des États, un facteur d’explosion sociale. La fin des classes moyennes dû au progrès technologique pourrait accélérer ces processus. L’avenir n’est pas écrit mais la prise de conscience des élites dirigeantes tarde…
Au fil des développements se dessine aussi une tentative d’écriture de l’histoire de ce 20e siècle. Tentative qui ouvre un champ de débats importants notamment sur la révolution russe de 1917 et les raisons de l’effondrement des pays de l’Est comme du choix des dirigeants chinois de s’orienter vers le capitalisme.
L’incertitude domine ce monde. Le futur n’est pas défini. C’est une chance. Le champ des possibles est ouvert. C’est la dernière démonstration de ce livre qui ouvre d’énormes chantiers. Une chose est sure : demain ne sera pas comme hier !
Nicolas Béniès
« Le capitalisme a-t-il un avenir ? », Immanuel Wallerstein, Randall Collins, Michael Mann, Georgi Derluguian, Craig Collins, traduit par Marc Saint-Upéry, La Découverte/L’horizon des possibles.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *