Avec Jacques Prévert…

PREVERT, Pour toujours…

Jacques Prévert est né le 4 février 1900, à Neuilly. Il fut sans doute mauvais garçon et surtout piéton de Paris à l’instar d’un Léon Paul Fargue – dont « Le Piéton de Paris » justement et « Méandres » sont réédités chez Gallimard, dans la collection L’imaginaire, pour juger de sa postérité. Saint Germain des Prés, Montparnasse ont été ses quartiers de prédilection. Doté d’un père alcoolique, et d’une mère aux yeux bleus si profonds il vécut l’école buissonnière. Bien ou mal on ne sait. Les deux sans doute comme le reconnaissent ses poèmes aigres-doux. Anar, antimilitariste et anti-flic farouche, il ne pouvait être des bien-pensants. Il ne le fût jamais. La guerre, la première, le cueillit adolescent. Il ne s’en remettra jamais. Après son service militaire à Constantinople et sa rencontre avec Marcel Duhamel qui lui servit de mécène, il vit en oisif avec toute sa tribu jusqu’à la rencontre avec les surréalistes lui ouvrant de nouvelles perspectives. Un écrivain, un poète – il n’aimait pas le terme, un poète, on s’assoit dessus avait-il coutume de dire – mêlant, c’est assez rare, les cultures populaires et savantes. Comme si ce dromadaire – pour ne pas dire chameau – les avait digérées. Un cas.

Il ne commencera à publier qu’en 1946. Auparavant, il semait ses poèmes comme autant de feuilles mortes… Il faudra les récupérer de ci, de là pour composer « Paroles ». Qui sera un étonnant succès de librairie. Comme si l’air du temps s’était déposé sur le papier. L’air de ce temps et aussi l’anti-air du nôtre. Le libéralisme l’aurait sans aucun doute fait sauter d’une saine révolte qu’il savait cacher derrière des yeux tellement profond, tellement grands que personne ne savait jamais quand il les fermait sauf devant la fumée de l’éternelle cigarette.

Auparavant encore, il aura, avec d’autres, monté le « groupe Octobre » – la révolution était passée par-là, il lui restera toujours fidèle, mai 68 le trouvera aussi radical qu’en 1936, il trouvait à mai 68 un arrière fond de 1936, le mois de mai sans doute – et contribué à l’essor du cinéma, avec ce chef d’œuvre « Les enfants du Paradis ».

Prévert, c’est d’abord les yeux donnant l’impression de manger toute la figure et le reste. Des yeux qui charriaient la clarté de la nuit. Des yeux de l’enfance, étonnés d’être au monde. Des yeux qui parlaient d’un autre monde, cependant que la voix trop pressée n’arrivant pas à venir à bout des ces mots qu’il avait plein la bouche. Des mots forgés pour dénoncer cette réalité, indiquer un chemin pour en voir une autre, celle du dessus ou du dessous, celle de l’ironie, de l’humour. Faire rire pour faire réfléchir charmant mélange qui fonctionne. Qui n’a pas un texte de Prévert pour dire sa peine, sa hargne, sa volonté de se battre ?

Nicolas BENIES.

Un coffret de quatre CD, intitulé sobrement « Prévert, 100 ans », Radio-France/INA (commercialisé par Frémeaux et associés, distribué par Night & Day) permet d’entendre cette voix étrange se racontant et racontant sa jeunesse, comme les chansons qu’il nous a laissées, art populaire s’il en fut dont ces « Feuilles mortes » que les Américains ont réintitulé « Autumn leaves » pour en faire un de leurs standards.

Yves Courrière propose la biographie de « Jacques Prévert », chez Gallimard. La plus complète à ce jour. Toutes les informations ci-dessus en sont extraites. Il reste des zones d’ombre, bien sur. Prévert n’a jamais voulu parler de son adolescence. Par courtoisie ou par peur ? Par honte ? D’avoir été ou de ne pas avoir été ? Il donne une vision de la controverse avec Breton et le groupe des surréalistes un peu rapide. Voir aussi pour un autre point de vue, André Thirion « Révolutionnaires sans Révolution », dans la collection « Révolutions » Babel/Actes Sud. Une collection incontournable pour qui veut connaître la mémoire du mouvement ouvrier.

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