Le coin du Polar

Polar historique : entrer sans la « guerre des deux roses »
Paul Doherty, médiéviste dans le civil et auteur de plusieurs séries, nous entraîne avec ce nouveau « grand détective », Christopher Urswicke un peu aussi agent double, dans l’Angleterre de la Guerre des deux Roses, en mai 1471 pour le début de cette saga. Le personnage central est « La reine de l’ombre », titre de cette première enquête, soit Margaret Beaufort, mère du futur roi. L’ombre pour définir le pouvoir de cette femme qui met tout en œuvre pour sauver son fils et le faire accéder au trône. En 1471, les York triomphent dans le sang. Ils cherchent à supprimer tous les prétendants possibles qui pourraient mettre en cause leur légitimité et leur descendance.
Une leçon d’histoire qui passe par la fiction, justifiée dans la note historique. Une plongée dans le 15e siècle. L’idée de nation n’est pas présente. Leur combat s’inscrit dans un autre contexte, celui du combat pour assurer la domination du roi sur ses vassaux. La guerre, une forme de la politique, permet d’être reconnu et légitimé jusqu’à la prochaine contestation.
Paul Doherty nous invite à revisiter cette page d’histoire en s’appuyant sur les documents existants pour redonner à chaque personnage sa place, loin du théâtre de Shakespeare qui avait fait de Richard III une sorte de Roi Lear.
Nicolas Béniès
« La Reine de l’ombre », Paul Doherty, traduit par Christiane Poussier en collaboration avec Nelly Markovic, Grands Détectives, 10/18

Polar politique : portait de coach
Brian de Palma, plus connu comme cinéaste, s’est associé à Susan Lehman pour brosser un tableau des mœurs politiques américaines. Un sénateur en campagne est entouré d’une cour de collaboratrices et collaborateurs entièrement à son service sous la direction d’un « coach » qui se veut organisateur – mais pas gentil – de la course à l’élection ou à la réélection. L’homme des basses œuvres capable de tuer pour protéger son patron et, vraisemblablement, tyran domestique. Un serpent venimeux. La question se comprend : « Les serpents sont-ils nécessaires ? » et la réponse, du côté de Joel Crump – un jeu de mots ? – est clairement positive. Le portrait, à charge, de Barton Brock, le directeur de campagne en question, dévoile les coulisses de ces politiciens qui peuplent les couloirs du Capitole. Les femmes, en contrepoint, apparaissent fortes de convictions et loin de toute magouille. Comment vivre dans cet enfer qui se présente comme un paradis au premier abord ? les fils de l’intrigue apparaissent décousus, la fin leur donne toute leur plénitude d’une tragédie teintée de comique.
Nicolas Béniès
« Les serpents sont-ils nécessaires ? », Brian de Palma et Susan Lehman, traduit par Jean Esch, Rivages/Noir

Polar pastiche. un essai raté
Un titre pareil devrait faire vendre : « Allez tous vous faire foutre », un impératif qu’il faut prendre, si l’on en croit le contenu, au propre et au figuré. Le narrateur est un dealer de coke à la mode néolibéral. Il suit les traces de Uber faisant faire par d’autres le travail pour récolter les bénéfices. Ainsi s’explique le titre original « The Price you Pay » difficile à rendre en français. Il est l’objet d’une concurrence sévère de la part d’un groupe, les 7 démons, qui veulent prendre son marché. La compétitivité sous sa forme la plus barbare – pas très éloignée de la réalité du capitalisme d’aujourd’hui. Une entrée intelligente qui donne toute sa force, dans un premier temps, au pastiche. Qui tourne court faute d’avoir suivi le fil directeur. Aidan Truhen – pseudonyme paraît-il d’un auteur connu – se perd dans son intrigue. Les portes ouvertes de la caricature se referment sur le vide.
Nicolas Béniès
« Allez vous faire foutre », Aidan Truhen traduit par Fabrice Pointeau, 10/18
Nicolas Béniès