Université populaire jazz, Côte à Côte

Bonjour,

Cette année donc comme annoncé dans le livret et lors de la première session, nous allons naviguer de la Côte Ouest vers la Côte Est. Il nous faudra sans doute un voyage d’au moins deux ans. Un voyage au long cours donc avec des étapes non prévues à l’avance. Ne pas craindre donc de faire des détours, des escales bizarres, d’improviser pour découvrir la musique, les musiques de ces villes américaines.

Ce 8 novembre 2017 pour la séance inaugurale – u peu gâchée par des problèmes de parking – nous avons commencé par rendre un hommage à « Fats » Domino. Antoine Dominique Domino Jr est né le 26 février 1928 à La Nouvelle-Orléans et mort le 24 octobre 2017 à Harvey (Louisiane) soit dans sa 90e année. Pas mal pour ce survivant de Katrina (2005). Durant l’ouragan, son club avait été détruit et les sauveteurs l’avaient retrouvé flottant dans l’eau. Les plaisanteries furent nombreuses sur son embonpoint qui lui avait permis de flotter même si cette version ne résiste pas à l’analyse. Même si il réussissait sur scène à pousser son piano avec son ventre proéminent tout en continuant à jouer. Le boogie woogie était, bien sur, son rythme de base avec une once – un peu plus peut être – d’afrocubanisme et tous les rythmes dont ce port regorge. Il faut dire qu’il bénéficiait du soutien d’un autre grand musiciens de la Nouvelle Orléans, trompettiste, Dave Bartholomew, né le 24 décembre 1920. Ci contre représenté en 1977. Ils sont à l’origine d’un son particulier qui deviendra celui de la Nouvelle-Orléans, enfin en partie et celui des débuts du rock, avant que le rock soit le rock.. Dave a multiplié les collaborations et les genres musicaux. C’est un des grands arrangeurs représentatifs de la Nouvelle-Orléans des années 50. Fats comme lui ont su surfer sur le rock sans abandonner leur singularité, enfin pas toujours.

Trois extraits de cette œuvre datant des premiers temps.
« The Fat man » (1949), titre d’un feuilleton radiophonique basé sur une nouvelle de Dashiell Hammett, un succès immédiat; « Mardi Gras in New Orleans »(10 novembre 1952) et « Hey La-Bas » (1950) le tout sur le label Imperial.



Pour cette année donc à part ce petit détour par la Nouvelle Orléans, nous démarrons à San Francisco. L’an dernier, nous n’avions guère bougé de Los Angeles et de l’usine à rêves au bout du boulevard Hollywood pour entendre les bruits du ghetto de Watts et de la musique de ces vocalistes de Big Bands.
San Francisco et son golden bridge participera de ce jazz dit « West Coast » que personne n’a pu définir avec des spécificités par rapport à Los Angeles.
San Francisco a été la ville de la ruée vers l’or au milieu du 19e. « The Barbary Coast was born during the California Gold Rush of 1849, when the population of San Francisco was growing at an exponential rate due to the rapid influx of tens of thousands of miners trying to find gold. The early decades of the Barbary Coast would be marred by persistent lawlessness, gambling, administrative graft, vigilante justice, and prostitution; however with the passage of time the city’s government would gain strength and competence, and the Barbary Coast’s maturing entertainment scene of dance halls and jazz clubs would influence American culture. » (Cf. Wikipedia)
Il fallait bien un lieu de plaisirs (?) semblable à celui de la Nouvelle-Orléans et d’autres villes des Etats-Unis. Barbary Coast – comme son nom l’indique près de la côte du pacifique au cœur de la ville d’aujourd’hui – est née durant la ruée vers l’or, en 1849. La population de San Francisco a augmenté de manière exponentielle du fait des dizaines de milliers de mineurs attirés par l’or. Dans un premier temps, la loi n’avait pas cours. La pègre seule y régnait sur ce quartier. prostitutions – femmes et hommes -, jeux d’argent. Il faudra attendre pour que le gouvernement de la ville fasse régner un semblant d’ordre. C’est seulement,t après vers la fin du 19e que Barbary Coast devint un lieu de spectacles, avec des musiciens de jazz (le nom n’existait pas encore) et des salles de danse.

Cette étude fait partie des « cultural studies » en vogue aux États-Unis.

L’étude de Tom Stoddard – reproduction ci contre de la page de garde – fait partie de la réappropriation de la mémoire à la fois du jazz et des Africains-Américains. Comme l’écrit Douglas Henry Daniels – « professor of Black Studies at the University of California Santa Barbara » – dans l’introduction. Beaucoup d’idées importantes, écrit-il (je me permets de la traduire en le résumant) sont contenues dans ce travail qu’il qualifie de modeste. La première est le rôle dirigeant (leading écrit-il) que les Africains-Américains ont joués dans l’émergence d’un « California jazz ». La deuxième est que le jazz est apparu sur la Côte Ouest bien avant la première guerre mondiale. (Voir mon livre à paraître « Le souffle de la révolte »)
Un travail comme le note encore Daniels qui remet en cause la naissance du jazz dans la seule Nouvelle Orléans même si, très tôt, Jelly Roll Morton est sur la route dés avant 1917, de même que King Oliver. De ce fait, il est difficile de déterminer les lieux de naissance. Il est logique de penser que chaque ville a eu sa part dans la construction de cette musique. les influences ont, sans doute, été réciproques entre ceux et celles qui arrivaient pour proposer leur musique et les « locaux ».
Tom Stoddard a été interviewé les survivants et les descendants pour indiquer les origines de cette musique appelée ragtime dans un premier temps ou quelques autres dénominations. Le premier disque – il faut insister sur « disque » – de « jazz », celui de l’Original Dixieland Jass (sic) Band unifiera le vocable en même temps que le disque, l’enregistrement servira de transmission du patrimoine et homogénéisera la musique. Les styles de jazz sont liés à l’enregistrement générant aussi des contraintes de la création par la technologie.
Comme partout, Minstrels, Medecine Shows seront « On the Road » pour diffuser et la musique et la culture. Tom Stoddard via les témoignages fait la part belle, à juste raison, à Jelly Roll Morton mais aussi à Tom Turpin, un des pianistes de Ragtime.
Les illustrations permettent de justifier les démonstrations de l’auteur.
Une étude qui permet de se rendre compte de la place singulière de San Francisco. Aucun enregistrement ne subsiste à ma connaissance mais toute cette scène du jazz a eu sans nul doute une influence sur les futurs musiciens qui s’y sont baignés.

Tom Turpin, prénommé quelque fois Tomes, « St Louis Rag »

Jelly Roll et King Oliver, « King Porter »

Jelly Roll Morton trio, « Smiling the blues away »

Nicolas BENIES (à suivre)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *