L’Algérie comme seul sujet de Boualem Sansal

Un iconoclaste

2084, La fin du mondeBoualem Sansal est un amoureux déçu, transi et encore saisi par la passion. L’objet et sujet de son amour, sa terre natale, l’Algérie et plus encore Alger la blanche. Il en veut à tous les gouvernements qui ont voulu imposer une religion d’État, une langue, l’Arabe littéraire loin de la langue vernaculaire et l’enseignement de l’Islam à l’École. Son dernier roman, déjà un succès de librairie, « 2084, la fin du monde », se situe dans un pays, l’Abistan, dominé par la peur de Dieu, le respect des dogmes religieux décrétés par on ne sait qui mais pour le profit des dirigeants et la répression. Un régime dictatorial aux couleurs religieuses, nouvelle manière de justifier la politique. Il est facile, au vu des attentats sanglants à Paris, de penser à Daesh. Sansal veut plutôt décrire, comme pour ses romans précédents à commencer par le superbe « Le serment des barbares » écrit juste après la guerre civile commencée dans les années 1990 et, apparemment, achevée en 1999, la société algérienne. Son ire n’est pas seulement dirigée contre les « islamistes mais aussi contre le gouvernement algérien. Il dénonce ainsi le passage à l’économie de marché en 1994… Pourtant, il donne en même temps – et peut-être sans le vouloir – quelques clés de compréhension de cette secte et de son pouvoir de convaincre. A l’instar du fascisme, Daesh pose comme supérieure toute personne qui adhère à son idéologie lui donnant la possibilité de tuer des ennemis, ceux résidant sur un sol étranger. Les femmes sont, évidemment, les grandes exclues.
Boualem Sansal, RomansLes aspirations démocratiques sont un facteur de déstabilisation du système de cet Abistan. Et c’est la fin du monde… Son « 2084 » est, évidemment, inspiré par le « 1984 » de George Orwell tout en se situant dans la continuation des œuvres antérieures de cet ex-ingénieur et fonctionnaire rejeté par les fanatiques religieux, le pouvoir et même ceux et celles qui partagent quelques-unes de ses convictions laïques. Lire ou relire ses romans dans la continuité chronologique est devenu possible par la publication d’une somme « Romans 1999-2011 » permettant une vision de l’histoire récente de l’Algérie. Elle permettra aussi de comprendre pourquoi l’Algérie est à la fois sa hantise et sa raison de vivre.
Nicolas Béniès
« 2084, la fin du monde », Boualem Sansal, Gallimard et « Romans 1999-2011 », présenté par Jean-Marie Laclavetine, précédé d’une « Vie et Œuvres », Quarto/Gallimard ; « 1984 », George Orwell, Folio Plus avec un dossier par Olivier Rocheteau.

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