Ray Anderson, tromboniste

La joie d’être en vie.

Ray Anderson est tromboniste, compositeur, créateur de cet « Organic Quartet » composé d’un orgue – tenu par Gary Versace plutôt dans la lignée de Larry Young que de Jimmy Smith -, d’une batterie – incarnée par Tommy Campbell – et d’une guitare – Steve Salerno – pour une musique sans frontières, dansante et joyeuse. Elle nous transporte des Antilles aux confins de la musique contemporaine avec le même enthousiasme et cette manière de refuser de rompre toutes les amarres de la mémoire. Quelque chose de la musique originelle de la Nouvelle Orléans passe ici comme une référence à Katrina et à ses destructions qui oblige à reconstruire, refonder une musique, des lieux pour la faire entendre de nouveau.
Rien, pourtant n’aura été épargné au tromboniste. Le diabète alors qu’il a à peine 20 ans, une paralysie faciale aux débuts des années 1980, sa femme morte d’un cancer et lui-même obligé de composer avec un cancer du larynx… A 62 ans, c’est un beau parcours un peu à l’image de notre monde.
Rien, malgré tout, ne le détourne de la musique et de ce trombone avec lequel il vit, c’est évident, une histoire d’amour. Rien non plus ne l’empêche, avec nous comme réceptacle et amplificateur, de célébrer la vie. « Being the point », être le point, d’arrivée, de départ ? Pour savoir se redessiner une fois encore, faire la preuve que le combat est joyeux et se refuse à tout apitoiement sur soi-même. Il faut créer encore et encore pour affirmer que la vie vaut d’être vécue et entendue.
Refuser cette musique serait une erreur. A 12 ans, raconte Ray Anderson, il a entendu Jimmy Smith – c’était en 1964 – dans cet album Blue Note (superbe il faut bien le dire) « Back at the Chicken Shack » et quelques 50 ans plus tard, il met l’orgue au centre de son quartet sans perdre sa place de soliste principal. Pour la petite histoire, le batteur Tommy Campbell est le neveu de Jimmy Smith, façon de marier toutes les jazz pour construire une musique de notre temps qui permet de se sentir bien contre le monde…
Nicolas Béniès.
« Being the point », Ray Anderson’s Organic Quartet, Intuition Records, distribué par Socadisc, paru en mai 2015.

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