Combattre la déflation ?


Le double jeu de Mario Draghi

La Banque Centrale Européenne (BCE) née en juin 1998 dans le cadre de la mise en œuvre de l’Union Économique et Monétaire prévue par le Traité de Maastricht, est la seule institution véritablement supra nationale, indépendante de tout pouvoir politique, de l’Union Européenne. Elle est chargée de la politique monétaire de la « zone euro » et décide, sans concertation, à la fois de la création monétaire et des taux d’intérêt de refinancement des banques – taux directeur et taux d’escompte. Elle n’est contrôlée par aucune institution politique.

De la lutte contre l’inflation à celle contre la déflation
L’objectif de cette Institution, lutter contre l’inflation pour assurer la stabilité des prix. Elle a mis en place, pour ce faire, une politique monétaire restrictive. Dans la crise systémique du capitalisme ouverte en août 2007, sa politique a évolué. Elle est d’abord venue au secours des banques en leur fournissant des liquidités pour éviter leur faillite par l’intermédiaire d’une intense création monétaire puis, dans le cadre de la spéculation sur les dettes souveraines à partir de mars 2010, elle a décidé d’acheter, sur le marché secondaire, des titres publics.
Depuis mars 2015, elle a décidé d’intervenir massivement sur les marchés financiers par une politique dite de « Quantitative Easing » (Q/E), à l’image de celle suivie précédemment, dans la récession américaine, par la Banque de Réserve américaine, la FED. Les moyens : une création monétaire et un faible taux directeur, de 0,05% actuellement, pour permettre les refinancements des banques. Soixante milliards d’euros par mois jusqu’en septembre 2016 sont prévus, soit 1140 milliards. Pour limiter la déflation subie par la zone euro. Au même moment, la FED envisage d’abandonner le Q/E en augmentant ses taux de l’intérêt et l’arrêt des achats d’obligations d’État. Là gît la cause de la hausse du dollar avec comme conséquence la baisse de l’euro et une « guerre des monnaies » au détriment des plus faibles.
Cette injection massive de monnaie permettra à la BCE de racheter des titres publics et privés en lien avec les banques centrales nationales. Le compromis obligé de Draghi avec les représentants de la Bundesbank se traduit par une prime aux plus riches. Les banques centrales pourront, à 80% des 1140 milliards, racheter des titres « nationaux » au prorata de leur poids dans la zone euro. Cette politique monétaire expansive n’aura que peu d’effet sur la croissance. La BCE rachètera ces titres aux banques qui pourront ainsi alléger leur portefeuille de toutes ces obligations d’Etat souscrites à des taux d’intérêt négatif. Ces instituions financières se gorgeront de liquidités qui ne serviront pas aux agents économiques occupés à se désendetter pour les entreprises ou à vivre avec la baisse du pouvoir d’achat pour les ménages. Ces liquidités prendront le chemin de la spéculation. Avec comme résultat la montée des cours de la Bourse alors que la croissance reste faible. Les risques d’une crise financière encore plus profonde que les précédentes sont inscrits dans ce décalage. La création monétaire, pour l’essentiel, restera confinée dans le système financier.

Racheter la dette grecque ?
Pour le moment, il n’est pas question, pour la BCE, d’acheter des titres de la dette souveraine grecque. Ce serait, pourtant, un excellent moyen d’annuler cette dette détenue à 80%, depuis mars 2012, par les Etats de la zone euro, la BCE et le FMI. Rien ne s’oppose, techniquement, à la destruction de ces obligations. La création monétaire permettrait d’éviter de solliciter les Etats… Une initiative qui libérerait le gouvernement grec de ce nœud coulant. La BCE refuse cette voie. Au contraire, Mario Draghi a fermé l’un de ses robinets de liquidités aux banques grecques ouvrant la porte aux faillites bancaires et, par-là même, d’entreprises. Il menace, ce faisant, d’asphyxier l’économie grecque dans laquelle tous les agents économiques sont endettés. Il joue sur la dette privée pour obliger le gouvernement grec à appliquer les mesures d’austérité réclamées par l’U.E. et le FMI.
Draghi a conscience de la nécessité de lutter contre la déflation sur le terrain économique et, pour ce faire, de contourner les traités, mais, sur le terrain politique, partage la nécessité de faire respecter les dogmes du libéralisme. Un double jeu qui mène tous les pays d’Europe vers le gouffre, une nouvelle récession et l’éclatement…
Nicolas Béniès.

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