Le coin du polar

A propos de mémoire…

Il faut décerner, en ces temps de commémoration, la palme de la mémoire à Gérard Delteil. « Les années rouge et noir » sont une évocation des ambiguïtés de la Libération et des années qui suivirent, du chantage de l’extrême droite en possession de documents compromettants – des fiches perforées de chez Bull en l’occurrence –, du SAC gaulliste, des coups d’État ramenant le Général de Gaulle au pouvoir et surtout la perte de toutes les illusions dans tous les camps comme une recomposition de la mémoire pour faire oublier toutes les responsabilités dans la période trouble du régime fasciste de Vichy. A coups de « flashs mémoriels », Delteil réussi à faire œuvre de mémorialiste tout en suggérant des pistes latentes. Un polar, un vrai avec l’assassinat de tous les espoirs portés par la Libération. (voir aussi ma chronique sur le site)

La mémoire est le thème récurrent des enquêtes de l’inspecteur Grant Foster et du généalogiste Nigel Barnes, héros créés par Dan Waddell. Ils se penchent, dans « La moisson des innocents », sur leur passé. Il leur faudra reconstituer les liens familiaux d’enfants adoptés pour résoudre une affaire qui met directement en danger le généalogiste. Une manière de rendre compte de l’histoire de la Grande-Bretagne via les déportations des enfants orphelins ou abandonnés.
Ann Granger, auteure prolifique, a créé un couple de « grands détectives », Lizzie Martin, jeune femme obligée d’être dame de compagnie pour survivre et du jeune inspecteur Ross Ben. « La curiosité est un péché mortel » fait de la psychanalyse, naissante en cette année 1864, le personnage principal. Cette famille de capitaliste de l’industrie textile développe une psychose, celle de la respectabilité, des apparences. Une idée intelligente. Le style, malheureusement, n’est pas à la hauteur du sujet. Ce roman policier n’est pas assez noir. Les descriptions, pourtant, rendent bien compte des conditions dramatiques d’emploi – les enfants, les femmes, la surexploitation – sans susciter réellement le scandale, la révolte des protagonistes.
Comme un écho au roman de Delteil, « Le dernier témoin », écrit à la fin des années 1970, est rempli des échos… de l’occupation japonaise et de la guerre qui sépara les deux Corée après la victoire de la révolution chinoise. Kim Songjong, l’auteur, est considéré comme le créateur du polar sud coréen. Le noir est la couleur dominante quel que soit le camp ou l’idéologie. Il donne quelques clés de compréhension de ce pays coupé en deux au niveau du 52e parallèle. Les femmes sont les premières victimes et les porteuses de la mémoire. Un grand roman. (voir ma chronique sur le site).
Nicolas Béniès.
« Les années rouge et noir », Gérard Delteil, Seuil/roman noir ; « La moisson des innocents », Dan Waddell, traduit par Jean-René Dastugue, Rouergue/Noir ; « La curiosité est un péché mortel », Ann Granger, traduit par Delphine Rivet, 10/18 Grands détectives ; « Le dernier témoin », Kim Songjong, traduit par Patrick Maurus, actes noirs/Actes Sud.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *