DICTIONNAIRE

D comme déflation

L’inflation, en novembre 2013, se monte d’après l’INSEE et suivant l’indice des prix à la consommation, à 0,7% soit un niveau très faible. Ce résultat peut sembler bizarre pour les ménages confrontés à la hausse des prix des achats contraints comme l’énergie, le loyer ou les biens de consommation courants qui ont tendance à s’envoler. En 2014, prévoit l’INSEE dans sa dernière note de conjoncture datée de décembre 2013 avec un titre qui a fait réagir notre humoriste national, François Hollande, « Une reprise poussive », l’inflation augmentera via la hausse des taux de la TVA notamment pour s’afficher à 1,1%, un taux faible mais qui se traduira par une baisse affichée du pouvoir d’achat des salariés, le niveau des salaires nominaux restant stable.
Le taux d’inflation est un indicateur global qui ne reflète pas la composition du panier des ménages. Mais la dévalorisation monétaire, la perte de substance de la monnaie d’un côté, de l’autre les processus liés à la crise économique et financière.
Pour arriver à ces 0,7%, l’INSEE note que les prix des produits manufacturés a reculé de 0,5%, ceux des services ont augmenté de 1,5% et celui des produits frais a augmenté plus encore révélant que la récession touche pour l’essentiel l’industrie. Elle subit de plein fouet le choc déflationniste avec un effet sur les taux de marge (le profit) qui ont tendance à diminuer. Les prix comme les marges connaissent un mouvement de baisse continue liée à l’impératif de la compétitivité-prix pour prendre des parts de marché sur les concurrents. La déflation est donc la baisse des prix due à la récession, à la surproduction de marchandises. L’INSEE table, pour contrecarrer ce mouvement, sur le CICE – crédit d’impôt compétitivité emploi financé par la hausse de la TVA – qui permettrait d’augmenter le taux de marge de 1,8%. Les effets devraient être d’alimenter l’investissement productif et de créer des emplois mais le résultat pourrait être d’orienter les capitaux vers la spéculation, dans la sphère financière, qui rapporte plus et à court terme. Les matières premières en sont l’objet, au détriment des populations des pays dépendants de ces exportations et importations.
Ces 0,7% étonnent davantage du fait de la politique monétaire des banques centrales et de la BCE en particulier. Elles sont les seules à avoir tiré les leçons de la crise de 1929. Fermer les vannes du crédit, mettre en œuvre une politique monétaire restrictive a été une erreur répertoriée notamment par Ben Bernanke, ex-président de la Fed, la banque de réserve fédérale américaine. Elles ont donc alimenté l’ensemble du système financier en liquidités pour empêcher les faillites et prendre la place la place d’un système de compensation toujours défaillant faute de confiance entre les banques qui rechignent à se prêter les unes aux autres. La création monétaire bat son plein. Les taux d’intérêt sont bas sauf pour les pays déjà endettés et les « bulles » grandissent. La perspective d’un krach n’est pas à exclure, sans pouvoir prédire le moment où il se réalisera. Les contradictions s’accumulent et deviennent explosives.
Dans la théorie économique, cette croissance de la masse monétaire devrait provoquer une dévalorisation de la monnaie et se traduire par une inflation galopante.
Les 0,7% sont le résultat de deux processus opposés qui se combinent et s’alimentent l’un l’autre. La poursuite de la récession a comme conséquence la baisse des prix et le désinvestissement qui se manifeste dans la multiplication des fermetures d’entreprises et la politique monétaire expansive provoque une montée inflationniste. La banque du Japon a bien compris l’étendue de la question lorsqu’elle a déclaré qu’elle voulait lutter contre la déflation en créant de la monnaie et en conservant un taux d’intérêt proche de zéro.
Le faible taux d’inflation fait la démonstration que la crise économique et financière est loin d’être finie…
Nicolas Béniès.

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