Du blues, encore du blues.

B.B. King.
BB KingLe plus important des grands bluesmen de l’après seconde guerre mondiale est né à environ 150 km de Memphis sur le Mississippi, le 16 septembre 1925 dans la ferme où ses parents sont métayers. Il se fera appeler BB King.
La crise de 1929 va passer par-là. Les difficultés s’amoncellent, les privations et les vexations sont sans doute son lot quotidien. Le blues est là, qui prend ses aises.
Il sera profondément influencé par Lonnie Johnson, le premier virtuose de la guitare. Alonso gagnera tous les concours et enregistrera à la fin des années 1920 avec Louis Armstrong et Duke Ellington. Il découvrira ensuite Charlie Christian, « l’inventeur » de la guitare électrique et Django Reinhardt. Mais celui qu’on entend le plus dans son jeu dans ses premiers temps – en 1949-1951, influence revendiquée – T. Bone Walker qui marquera de son empreinte indélébile le jazz de l’après seconde guerre mondiale.
Publié les premiers enregistrements de BB, de 1949 à 1962 – Bruno Blum, l’auteur du livret explique que, après 1962, BB entre chez ABC et sera « cross over » comme Ray Charles, écouter par toutes les couleurs des populations étatsuniennes – en trois CD n’est pas seulement un voyage dans le temps mais aussi dans l’éternité du blues.
Dans les premières faces de 78 tours, enregistrées à Memphis, il engage de futurs grands musiciens de jazz, les frères Newborn, Calvin à la guitare et Phineas au piano, grand pianiste s’il en fut. Les écouter tout jeune permet aussi de se faire une idée de leurs influences. Leur manière de jouer le blues prend sa racine dans ce terreau que fut la ville de Memphis (Tennessee) après la deuxième guerre mondiale. Tout comme Chicago qui vit naître le blues électrique.
Sam Phillips n’est pas très loin – oui le propriétaire des disques Sun qui enregistra Elvis Presley. Il enregistrera BB King dans ce début des années 50 jusqu’à ses premiers succès vers 1953. On entend ses années de formation, le processus qui conduit Riley B. King à devenir BB King. Son jeu de guitare s’affermit, il trouve le chemin du cœur de Lucille (le nom de sa guitare qu’il a failli perdre dans l’incendie d’une boîte de nuit) et pose sa voix tout en travaillant sa manière d’être. Aujourd’hui – il a 90 ans – ces poses sont autant de tics. Comment faire autrement ?
Dans ces années, il tourne – comme le raconte Sébastien Danchin dans le livre qu’il lui a consacré, aux éditions Parenthèses – dans le « Chitlin’ circuit », les boîtes de nuit dites mal famées des ghettos noirs des grandes villes américaines. Il voudra se sortir de cette nasse. Il y réussira en 1962. Et toute une autre histoire s’écrira…
Ce coffret est essentiel pour appréhender l’histoire, du blues et de sa façon de conserver les rythmes du boogie, le « groove » des grands orchestres de la grande époque dite « Swing » en train de sombrer et d’être la mémoire de cette période, de BB King, du rock et de tout ce qui s’ensuivit.
Nicolas Béniès.
« The Indispensable BB King 1949 – 1962 », livret de Bruno Blum, coffret de trois CD, Frémeaux et associés distribué par Socadisc.

Quand le blues rencontre le rock et la Country and Bo Diddley (2)Western, Bo Diddley, volume 2.
Le premier volume des aventures de Bo Diddley – Ellas Mac Daniel pour l’état civil – nous avait entraîné dans ces années de formation mais aussi de grands succès comme « Bo Diddley », avec un rythme répétitif hérité de l’Afrique et de John Lee Hooker, sa plus grande influence. Des succès du rock. Ce rock qui n’est plus en odeur de santé à la fin des années 1950, d’autant que Elvis Presley est sous les drapeaux et à Berlin.
En 1960, il essaie de nouvelles pistes, regardant du côté de la Country and Western. Pas très convaincant mais intéressant dans cette recherche qui est la sienne pour éviter de s’enfermer dans une série de gimmicks.
Son public a évolué. De plus en plus de Blancs viennent à ses concerts.
Dans le même temps, il renoue avec une des grandes traditions du blues, l’autobiographie. Se servir de ses ennuis, en l’occurrence domestiques – il divorce, trouve sa nouvelle compagne – ou sociaux, tout en créant une sorte de rap, de blues parlé. En 1961, il renoue avec le rock…
Il s’éloigne des ghettos par sa musique mais s’en rapproche en soutenant Martin Luther King et en ouvrant largement sa maison et son studio pour aider les musicien(ne)s à démarrer leur carrière, tout en engageant des femmes dans son orchestre.
Bruno Blum, dans le livret, livre un portrait laudatif de son héros. Mérité ou pas, ce coffret de trois CD permet de découvrir une partie de l’œuvre de Bo Diddley restée dans l’ombre de ce côté de l’Atlantique.
Nicolas Béniès.
« Bo Diddley, volume 2, 1959-1962 », livret de Bruno Blum, coffret de trois CD, Frémeaux et associés distribué par Socadisc.


Du blues français.

Papa, fais pas çaUne rencontre de deux guitaristes, chanteurs de ce blues bizarre qui permet de diffuser toutes les variations du cafard. Benoît Blue Boy (aussi harmoniciste), installé dans ces mondes – une quinzaine d’albums à son actif dans ce fameux « Parlez-vous français ? » – et Franck Goldwasser. Un match amical, une sorte de questions/réponses sur des rythmes lourds bien de notre temps, un temps lourd avec quelques éclaircies d’humour. Tous les thèmes ne fonctionnent pas sur ce « Papa, fais pas ça » – titre qui mériterait d’être au hit parade, une fois entendu, adopté pour toujours –
Mais tous font la démonstration de la volonté des deux compères – aidés par Stéphane G.B. » Manaranche, guitare basse et guitare baryton, Marty Vickers, batterie – de donner ses lettres de noblesse à cette branche du blues.
Les paroles sont souvent à écouter avec attention. Le livret permet de les lire en même temps. N’hésitez pas à les chanter.
Nicolas Béniès.
« Papa, fais pas ça », Benoît Blue Boy, Franck Goldwasser, Frémeaux et associés distribué par Socadisc.

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