Le coin du polar, juin 2013

Poker en ligne, arnaques et corruption.

Ce titre du monde (des 16 et 17 juin 2013), « Les sites de poker en ligne lancent un SOS à l’État » est une excellente introduction à cette deuxième enquête de la spécialiste du recouvrement, Ava Lee. Le début de l’article est une forme d’explication de l’intrigue de ce roman de Ian Hamilton, « Trois ans après la légalisation (…) le marché français est (…) en train de décliner. » Avant lui, le marché de Las Vegas connaissait aussi des problèmes de financement.

Ava Lee avait commencé sa carrière par « L’évadé de Wan Chai », une traque haletante qui faisait visiter l’Asie et les Îles Vierges britanniques, le Guyana… (voir ma chronique). La sino-canadienne, avec l’aide de son « oncle » – une tradition chinoise – basé à Hong Kong ne reculait devant aucun procédé sans parler de sa facilité à circuler et de bénéficier de services sur tous les continents.

Ce deuxième opus, « Le disciple de Las Vegas » est moins déjanté mais mieux construit. On visite les arcanes des jeux de poker en ligne. Le disciple dont il s’agit est un joueur de poker qui a déjà gagné des tournois et est respecté dans son milieu. Il a créé, avec un associé, une société qui propose ces parties. Malheureusement pour lui, il arnaque le frère d’un caïd de la mafia chinoise installé aux Philippines. Très vite, on sait qu’il s’agit d’une arnaque. Elle se dévoile via quelques calculs mathématiques mais reste secrète à coups d’intimidations. Pas pour Ava bien sur. Qui se coltine aussi avec une nation indienne responsable de la mise en ligne. Ces rencontres sont racontées avec ce qu’il faut de drôlerie. Pour souffler. Et faire rebondir l’action.

Une enquête, à mon goût, un peu trop linéaire sans grand suspense. L’auteur sait camper des personnages, des situations. Il a fait de « l’Oncle » un deus ex machina qui permet à Ava de se sortir de tous les pièges.

On prend, malgré ces critiques, un plaisir intense. Il dévoile les arcanes de ce système et de ses protagonistes. Il ressemble à un roman d’espionnage plus qu’à un polar, même si la part d’ombre n’est pas oublié ni ce capitalisme financier internationalisé qui appelle toutes les corruptions. Le « bouclage » de l’enquête est sous le sceau des curieux rapports qui subsistent entre les anciennes puissances coloniales et leur ex-colonie… Une sorte de revanche sur le terrain de la diplomatie.

Nicolas Béniès.

« Le disciple de Las Vegas », Ian Hamilton, 10/18. Cette même collection réédite en poche la première enquête, « L’évadé de Wan Chai ».

 

Une psychanalyse.

David Carkeet se fait une spécialité des romans qui se veulent « hilarants » – pour citer Jonathan Kellerman qui l’affirme sur la couverture de cette réédition en poche. « La peau de l’autre » est le premier qui ait été traduit en français, par Jean Esch en l’occurrence. Une histoire à la fois de transfert de personnalité et d’une série d’épreuves pour se trouver et pour comprendre sa relation à l’autre, aux autres. Un parcours psychanalytique en quelque sorte.

C’est l’histoire d’un mec, Dennis Braintree, spécialiste des modèles réduits et journaliste dans une revue, qui a un accident de voiture sur une route enneigée dans une petite localité du Vermont. Dans son hôtel, une femme est assassinée. Il est soupçonné. A l’aéroport, un des flics chargés de l’arrêter, le prend pour un certain Homer. Dennis devient apparemment Homer qu’il rencontrera, un musicien/compositeur parti vers d’autres horizons. Ces hommes de presque 50 ans se comprennent sans rien partager. Dennis dévoilera le pot aux roses pour s’innocenter. Pot aux roses qui se trouve dans les premières pages. Évidemment. Le tout sur le ton de la dérision. Quelque chose ne fonctionne pas. Comme si l’auteur en avait rajouté pour être sur de faire rire. Une sensation de tristesse nous submerge devant les échecs de ces vies, devant cette Amérique qui ne sait pas vivre et écrase ses habitant(e)s… Faut-il le lire comme une charge contre « l’American way of life » ?

Nicolas Béniès.

« La peau de l’autre », David Carkeet, Points Policier/Seuil.

 

Un classique

La réédition en poche de « Psychose » de Robert Bloch qui a inspiré Hitchcock pour le film au titre éponyme. L’histoire est désormais connue. Le film suit la trame du roman. L’écriture de Bloch nous conduit dans les profondeurs de la maladie mentale. A ne pas lire la nuit avant de se coucher…

Nicolas Béniès.

« Psychose », Robert Bloch, Points Thriller/Seuil.

 

A éviter.

Rober Pobi veut écrire des Thriller. Il veut susciter l’angoisse. Pour « L’invisible » il suit une trame connue. Pour faire un thriller, il vous faut un enquêteur du FBI qui arrive sur les lieux du crime alors qu’il vient voir son père à l’hôpital, un shérif qui ne fait pas confiance et entre les deux une relation qui suit à la trace non pas la réalité mais la manière dont chaque protagoniste « voit » la réalité. Cette entourloupe permet de cacher la vacuité de l’intrigue. L’assassin et l’agent du FBI ne font qu’un par un dédoublement de la personnalité. L’intrigue ressemble beaucoup à celle de « L’étrangleur de Boston », un film de Richard Fleischer avec Tony Curtis qui s’inspirait d’une histoire « vraie » – c’était déjà la mode, mais Tony Curtis faisait une composition inoubliable -, sorti en 1968. Cousu de fil blanc.

Nicolas Béniès.

« L’invisible », Richard Pobi, traduit par Fabrice Pointeau, Points thriller/Seuil.

Note supplémentaire suite aux commentaires entendus après avoir écrit la chronique (le 8 juillet 2013)

Je ne comprends pas les louanges de ce type de construction. Elle est simpliste. Elle ne suscite ni peur ni angoisse – c’est le but de ce type de livre dit « thriller » – même en acculant les meurtres sordides. C’est facile. Se placer dans la tête de chaque participant est une entourloupe grave. Le lecteur un tant soit peu attentif est sensible à ces scories. L’imagination de l’auteur est limitée. Il se contente de gimmicks. La fin du film, « L’étrangleur de Chicago » est beaucoup plus plausible. ET suscite la peur et l’angoisse.

Puisqu’il se trouve que « Psychose » est juste avant, lisez donc la différence. Si vous avez un peu de temps, faites cette expérience qui sépare le faiseur de l’auteur.

 

 

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