Le coin du polar, de mai 2013

Une combinatoire complexe.

Le gag suppose un rythme particulier pour qu’il marche. Un faux-pas et tout s’écroule à commencer par le rire attendu. C’est une alchimie complexe, une mathématique singulière.

Donald Westlake – Rivages en propose une nouvelle traduction, une sorte de redécouverte – est un spécialiste de cet enchaînement. Son « héros » récurrent, Dortmunter, un cambrioleur malchanceux qui construit ses larcins comme autant de symphonies, rate à un cheveu ses opérations. Dans « Surveille tes arrières », il cambriole l’appartement d’un rentier qui vit dans une sorte de Club Med pour échapper aux avocats de ses ex-femmes – elles sont visiblement nombreuses et il les traite plus bas que terre. Tout aurait dû « marcher comme sur des roulettes » si un grain de sable, la mafia envahissant « son » repaire et celui de sa bande, un café avec une arrière-salle en l’occurrence, ne s’était glissé dans les rouages.

Il dresse un portrait féroce de ces « richards » sans foi ni loi, arrogants, se voyant au-dessus des lois, de ces femmes « cold diggers », chercheuses d’or voulant à tout prix épouser un richard, de ces laissés pour compte qui ne voient pas d’autre horizon que ces matins blêmes sans espoir… Un petit monde qui s’agite, poussé par l’appât du gain et du gain facile. Le tout forme une mécanique crédible et drôle. La caricature permet, en faisant rire, la dénonciation d’une société sans idéal.

Il faut relire Westlake.

Nicolas Béniès.

« Surveille tes arrières ! », Donald Westlake, traduit par Jean Esch, Rivages/Noir

 

Istanbul, 1839.

Jason Goodwin, spécialiste de l’Empire Ottoman, a mis ses connaissances au service du polar historique, à la mode ces derniers temps. Il a construit un personnage, figure du « détective », Hachim, eunuque au service du grand Vizir, sorte de policier, espion au service des basses œuvres de l’Empire. Il a comme complice la Validé, l’épouse du sultan qui a donné un fils et qui a donc une lace particulière. Un personnage qui prend sa place au fur et à mesure des intrigues qui se succèdent. Les trois précédents – « Le complot des janissaires », « Le trésor d’Istanbul », « Le mystère Bellini » – avait déjà dressé son portrait. On savait qu’elle venait des Antilles françaises – la Martinique – et on apprendra ici qu’elle était liée à une certaine Joséphine de Beauharnais…

Son petit-fils – si j’ai bien suivi – vient de monter sur le trône en cette année 1839. Mahmut II est mort et Abdülmecid lui succède. Il est jeune et inexpérimenté. Une période troublée s’ouvre. Le harem est bousculé. Les anciennes s’en vont, sans rien, les nouvelles arrivent. Avec leurs croyances. Qui auront leur importance dans l’intrigue de cette histoire compliquée, à l’intrigue évolutive.

L’intérêt qui ne se dément pas tient dans la description de cet Istanbul qui n’a pas complètement disparu aujourd’hui. Il reste des traces tenaces. En cette année là, c’est aussi la fin de la construction du pont qui relie les quartiers de la ville. Et qui existe encore.

« Mauvais œil » est un titre qui fait référence aux croyances qui ont cours dans le harem et de la manière dont les intrigantes peuvent les utiliser.

Il faut suivre les aventures de Hachim. Elles permettent aussi de piquer quelques recettes qui parsèment le récit comme autant de haltes nécessaires. Le bien manger fait aussi partie de la culture.

Nicolas Béniès.

« Mauvais œil », James Goodwin, 10/18, Grands détectives.

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