Nouveautés jazz (2)

 

Renouveau du troisième courant.

Le sous titre de cet album, « Amadeus & the Duke » m’a fait irrésistiblement penser à Boris Vian qui vouait une admiration éperdue (et justifiée) à Duke Ellington – il faut se souvenir que « L écume des jours » est construit sur des compositions du Duke – et qui affirmait « Mozart m’emmerde » (c’est aussi quelque fois justifié). Raphaël Imbert, saxophoniste, clarinettiste basse et un peu pianiste a voulu les réunir. « Heavens », c’est le titre de cet album. Aux cieux sans doute le Duke, toujours habillé avec soin, a rencontré celui qu’on présente comme débraillé, Mozart. Il n’est pas sur que leur rencontre n’ait pas été exempte d’une certaine rancœur ou compétition. Tous les deux avaient le souci de la performance. Une bien bonne chose contrairement à ce que disent beaucoup de bien-pensants. Et Boris Vian était passé par-là, bien sur qu’il aurait mis un peu d’huile sur ce feu. Pour dire que les collages ne sont pas aussi faciles qu’il le semble au premier abord.

Qu’en est-il de Imbert ? A première écoute, une grande déception. Le collage ne fonctionne pas. Il manque l’amalgame.

A la deuxième écoute, le collage gagne en incohérence et la musique se laisse entendre. Mozart corrigé comme le Duke pour faire de l’Imbert. Pas toujours réussi, mais il y met du sien comme Marion Rampal qui trouve enfin sa place entre Duke et Amadeus.

A entendre et ne pas se contenter de sa première impression.

« Heavens. Amadeus & Duke », JazzVillage/Harmonia Mundi.

Un quartet Espérance.

Henri Texier a voulu le nom de « Hope Quartet », pour dire que l’espoir n’était pas mort, qu’il fallait croire en cette musique, en son avenir. Que la liberté existait, qu’il était en train de la rencontrer. Sébastien Texier, son fils – mais ce n’est pas dans les gênes la musique, fait la preuve qu’il est un clarinettiste original et révolté, qui fait subir à cet instrument toutes les avanies possibles pour lui faire dire encore et encore que le monde va mal, qu’il marche sur la tête, pour lui faire entendre une raison passionnée ; François Corneloup, comme à son habitude, fait jouer au baryton le rôle qu’il tient depuis un certain Harry Carney dans l’orchestre du Duke – Ellington – et Pepper Adams de découpage du temps au couteau, maître aussi du beat autant que le batteur. Batteur qui est la grande surprise de cet enregistrement en public sur la péniche « L’improviste » – un nom qui fleure bon le jazz et… Jacques Réda, un des grands poètes lié au jazz par toutes les fibres de son corps et de son esprit -, Louis Moutin qui prend de l’ampleur, se dégage de toutes les influences passées, devient lui-même par le biais de ce quartet. Et Henri ? Comme toujours, comme jamais comme si le fait de vieillir le dégageait de tout faux-semblant pour construire une musique déconstruite, pour suivre l’idée du moment. Il se jette et il jette les trois autres dans une aventure à corps perdu, à corps à corps, engagés qu’ils sont dans une sorte de paysage onirique. L’auditeur(e) ne peut pas résister. L’album de ce mois… Le quartet sera les 4, 5 et 6 avril 2013 au Jazz Club à Dunkerque…

« Live at « L’improviste », Henri Texier Hope quartet, Label Bleu/Harmonia Mundi.

Nicolas Béniès.

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