Le coin du polar, mars 2013

Un sauvage qui ne l’est pas…

Comment s’appeler « Sauvage » lorsque le but est de glander le plus possible loin des enquêtes de terrain ? Élisa Vix a voulu jouer de l’oxymore pour faire sourire tout en construisant une intrigue qui oblige le lecteur(e) à poursuivre les investigations malgré cette figure de « détective » qui repousse au loin toute possibilité d’identification. Un peu « macho », un peu fainéant, un peu « mauvais père », un peu compassionnel et pas plus sympathique pour autant. Un inspecteur « normal », un peu trop.

Pour une histoire de jumelles. Double. Celles de l’inspecteur Thierry Sauvage et celles sur lesquelles il enquête. Les premières lui servant à trouver la clé de la double – forcément double – énigme qui lui est soumise pour que tout « rentre dans l’ordre ». Il est aussi question des relations entre critique et écrivain. Le métier des un(e)s est difficilement accepté par les autres… C’est la raison pour laquelle nous ne dirons pas trop de mal de ce « Rosa Mortalis » – le titre s’explique à la fin –, un essai pour lier ironie et polar. Un essai seulement. Cette alliance est difficile. Mais, et c’est le mérite de l’auteure – « écrivaine » -, elle réussi à entraîner le lecteur jusqu’au bout.

Nicolas Béniès.

« Rosa Mortalis », Elisa Vix, Rouergue/Noir.

Maigret…

Lire ou relire un « Maigret », ce personnage de commissaire, lourd, peu sympathique, engoncé dans des manteaux, lourds eux aussi, qui datent de ce temps – des années 30 aux années 50 la mode vestimentaire des hommes n’a guère changé -, la pipe qu’il bourre et le ton qui ressemble à la pipe. Simenon s’est caricaturé.

Folio/Policier réédite tout Simenon – pas seulement les Maigret donc. Pour comparer. Les enquêtes du commissaire restent l’œuvre clé de l’auteur. Les autres romans manquent de cet « aura » qui anime ces « polars ». Ouvrir le dernier réédité par exemple, « L’inspecteur Cadavre » et on plonge dans un monde glauque, un monde de la Vendée profonde. Par curiosité, on regarde la date de parution, 1944 et on se dit que Simenon, malgré ses sympathies nazies, avait saisi le contexte. Cette désillusion profonde qui traverse toute cette enquête officieuse, ce voile de mélancolie qui envahit les protagonistes. Et Maigret dira à la fin de cette plongée dans la « France profonde », de celle qui a collaboré, de celle qui a dénoncé pour survivre, de celle qui ne veut pas savoir mais qui est tout de même meurtrière – une partie d’entre elle s’enfuira à l’étranger, en Argentine par exemple -, « il y a une expression qui me paraît la plus hideuse du vocabulaire mondain comme populaire (…) Tout s’arrange !… » Que dire de plus ? On ne résiste pas à Simenon-Maigret… A la fois pour l’énigme elle-même, pour le climat et pour ce qu’il révèle d’une période historique…

Nicolas Béniès.

« L’inspecteur Cadavre », Georges Simenon, Folio policier.

Signalons que, pour l’achat de deux folios policier, Gallimard offre ce « must », résultat de l’alliance entre Manchette et Tardi, « Ô dingos, Ô châteaux ». Pourquoi se priver ?

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