Marx, le capitalisme et les crises, annexe 2 au deuxième mouvement non publiée

 

 

La fin du capitalisme vue par Hardt et Negri.

Hardt et Negri sont les deux théoriciens à la mode sur les campus américains. Leur vision du monde est discutée partout dans le monde, sauf en France. Quelques sociologues s’y réfèrent pourtant et relaient leurs analyses.

Avant de les critiquer reconnaissons leur un mérite, rendre à Marx ce qui revient à Marx, une place essentielle dans la capacité à analyser les modalités de fonctionnement de nos sociétés. Ses thèses, et une fois encore la crise actuelle le dévoile, restent nécessaires, ses concepts et sa méthode à condition de les relier à la réalité actuelle du capitalisme. Ce mode de production évolue et nous avons la nécessité de forger de nouveaux concepts. Ainsi, l’Etat est absent du Capital, alors que le fonctionnement du capitalisme le met au premier plan en termes de » définition d’une stratégie permettant l’accumulation du Capital. Disons-le d’emblée, en renvoyant à la partie de ce deuxième mouvement concernant l’Etat, c’est ce manque qui se manifeste de manière éclatante dans les manières d’appréhender le capitalisme par ces deux auteurs. Il faut dire qu’ils semblent être rejoints par Immanuel Wallerstein partant pourtant d’autres points de départ. (Cf. « Comprendre le monde » sous-titré « Introduction à l’analyse des systèmes-monde, Repères/La Découverte). Il est, peut-être révélateur d’un courant qui considère que cette crise marque la fin du capitalisme. Il faudrait dire d’un certain capitalisme… Il n’est pas besoin d’avoir une vision catastrophiste – la crise finale – pour le comprendre. Ces économistes semblent partager la vision de cet économiste de l’école autrichienne, Joseph Schumpeter – le créateur des cycles Kondratieff -, partisan du libéralisme économique, pourfendeur de Marx, qui, dans le gros de la crise de 1929, écrivait, dans « Capitalisme, Socialisme et Démocratie » (traduction française, Payot) que le capitalisme était mort. A son corps défendant, disait-il, le socialisme semble le système de l’avenir. Cet avenir qui lui donnera tort… Wallerstein me semble révélateur d’un courant qui considère que cette crise est profonde et peut-être de même nature que la crise de 1929. De ce point de vue, je ne peux leur donner tort.

Hardt et Negri – avant la crise actuelle – luttent contre cette idée répandue que le marxisme serait non seulement en crise mais bien mort et enterré. Marx ne serait qu’un auteur du passé dont la lecture ne serait pas indispensable pour comprendre le capitalisme d’aujourd’hui. Un capitalisme mondialisé sur le mode du libéralisme. L’analyse de ce nouvelle période reste à faire. Les voiles idéologiques sont nombreux ne permettant pas de voir la réalité. La controverse a perdu ses droits, le débat est au point mort, en position létale. Il faut lire au moins Charles-Albert Michalet qui, dans « Mondialisation, la grande rupture » (La Découverte, 2007), s’interroge sur la nécessité d’un nouveau paradigme pour appréhender ce nouveau stade du capitalisme, sans remettre en question les concepts issus de la tradition marxiste continuellement bousculés. On sait que, pour maintenir en vie la tradition, il faut la transformer. La période actuelle nous y oblige. Il est impossible de se contenter du terme « mondialisation » derrière lequel se cache une partie de vérité et beaucoup de bluff ou même de « transnationalisation ». Les firmes transnationales ne font pas – encore ? – la loi. Les Etats-Nations restent le lieu où s’effectuent les choix politiques mêmes s’ils ne peuvent plus être seulement nationaux. Les luttes des classes restent nationales même s’il faut trouver des moyens de luttes transnationales. La loi de la valeur n’est pas encore transnationalisée…

Marx fait de la résistance. Revient sur le devant de la scène de temps en temps. Il est redécouvert, trahi de nouveau pour justifier des théories différentes montrant par-là même l’incroyable force de sa méthode. Beaucoup de confusion sur les lectures de Marx. Celle du stalinisme a marqué le mouvement ouvrier français. Lecture messianique d’un sens de l’Histoire forcément progressiste qui se trouve résumé dans un de ces débuts de phrase peuplant les actes de foi : « au 21e siècle… »1 sans s’arrêter à l’analyse concrète d’une situation concrète, pour citer Lénine un peu oublié ces temps derniers, englouti dans la chute des statues de Staline. Sécularisation de cette idée qui faisait de l’avènement du socialisme, le Paradis sur terre. Cette lecture de Marx a été combattue pour concevoir un « Marx penseur du possible », pour citer le titre du livre de Michel Vadée (Klincksieck, 1992), conception que Antoine Artous retrouve dans « Le fétichisme chez Marx » (Syllepses 2006). Autrement dit, le devenir du capitalisme inclut la possibilité de construire une autre société mais cette possibilité n’est pas la seule. Le capitalisme a fait la preuve de sa capacité à s’adapter, à se métamorphoser. Elle représente l’une des grandes découvertes de Marx : le mode de production capitaliste est historiquement déterminé, il n’est pas éternel. La compréhension de ce champ des possibles est à la base de toutes les théorisations sur la capacité d’une classe sociale à construire un autre monde, une société reposant sur d’autres règles que celles de l’accumulation du capital. L’actualité de la révolution est entièrement dans cette compréhension.

La méthode de Marx, ses concepts restent indépassables pour appréhender le capitalisme. Le manque le plus important porte sur l’Etat capitaliste qui ne fait l’objet que d’un chapitre de l’Anti-Dühring – écrit en collaboration avec Engels – où il est défini comme « le capitaliste collectif en idée », déterminant sa place centrale dans l’élaboration de la stratégie de la classe des capitalistes, une manière – comme l’ajoute Artous2 – de rendre visible cette classe sociale. Cette absence a quelques conséquences sur les théorisations actuelles qui veulent démontrer l’actualité du communisme et non pas de la révolution.

C’est le cas de Michael Hardt et Antonio Negri. Ils considèrent que, en devenir, le travail immatériel prend le pas sur l’ouvrier qui, suivant une conception plus stalinienne que marxiste, serait le travailleur productif – de plus value ajoutait Marx – par excellence. La classe ouvrière de ce fait – une traduction plus proche de la conception de Marx devrait dire « classe laborieuse » – se réduit à la seule catégorie socioprofessionnelle, dans la nomenclature de l’INSEE, des « ouvriers ». Or, c’est un fait tangible, les activités de service se sont beaucoup développées faisant croître la catégorie des « employés ». Il est question de la « tertiarisation » de la société, terme qui ne veut rien dire puisque dans le découpage de l’économie voulue par Colin Clark et repris par l’INSEE, le « tertiaire » c’est tout ce qui n’est pas « primaire » – les activités liées à l’agriculture, la pêche… -, « secondaire » – l’industrie – donc un melting pot résistant à l’analyse.

Cette définition de la classe réduite aux seuls travailleurs productifs est trop restreinte. Il faut intégrer tous les salariés sous la domination d’un capital, que ce capital soit industriel, commercial ou financier. La notion même d’exploitation des salariés se trouve reliée au rapport social instauré par le Capital. Soit c’est l’extorsion de plus-value (de « survaleur »), soit c’est permettre une rotation plus rapide du capital permettant de multiplier les occasions de faire du profit.

Même cette définition de la classe laborieuse n’évite pas une autre question. Le sujet révolutionnaire semble s’être évanoui. Le champ des possibles justement s’est rétréci. Le capitalisme se pose comme éternel. Aucun autre monde, au-delà des slogans, n’émerge. Comment pourrait fonctionner la société de demain, QUI pourrait renverser ce mode de production ? L’horizon sombre comme la mer, disait déjà Victor Hugo. Le bilan du 20e siècle n’est pas tiré. La plupart des commentateurs font comme si ce siècle n’avait pas existé, se contentant de clichés sur le « totalitarisme » – associé, forcément, à communisme – des pays de l’Est, de la Russie sans s’interroger sur la Chine actuelle qui a conservé son système politique tout en passant au capitalisme…

Crise du sujet révolutionnaire.

Cette crise du sujet, cette lutte des classes devenue unilatérale devrait se traduire par de nouvelles théorisations. Il en est de renoncement, il en est d’autres, paradoxalement, très optimistes. C’est le cas donc de Hardt et Negri qui s’essaient à démontrer que le communisme est à nos portes mais qu’il n’est plus possible de compter sur la classe ouvrière – réduite, pour eux, aux ouvriers d’usine – pour « faire » la révolution mais sur le capitalisme lui-même en train de se métamorphoser. Son devenir fait du travail immatériel, la connaissance – on parle beaucoup de « société cognitive » – le travail fondamental, créateur de la richesse de demain. Ils en arrivent à la conception de « L’Empire », nouvelle modalité d’existence du capitalisme, dans une société « post fordiste »3 qui crée une force sociale nouvelle qu’ils appellent la « multitude », détentrice du pouvoir réel alors que les patrons, les capitalistes apparaissent de plus en plus comme parasitaires.4 Il y a là une rupture par rapport à Marx, rupture profonde puisqu’il s’agit rien de moins que la remise en cause de l’analyse dialectique. Marx partait des contradictions du mode de production capitaliste pour aboutir à la vision d’une classe objectivement révolutionnaire, le prolétariat, alors que ces auteurs prétendent que « la propriété, c’est le vol » revenant ainsi à la vision de Proudhon…5 Ils en déduisent que les « réseaux », le « net » ont mis fin à l’exploitation du salarié, dans le sens où Marx décrivait cette condition, en particulier dans le dernier chapitre du Livre 1 du Capital. Ils se basent sur les « Gründrisse »6 pour légitimer leur position, se référant à la figure du « pauvre », figure qu’ils interprètent sans la remettre en perspective dans la réalité. (cf. notre partie sur la pauvreté)

Un nouveau sujet ?

Michael Hardt et Antonio Negri ont donc beaucoup publié ces derniers temps pour alimenter un débat sur la compréhension du monde et sur l’actualité du communisme, une sorte de retour à Marx tout en se voulant, suivant le titre d’un ouvrage plus ancien de Negri, « Marx, au-delà de Marx », à partir d’une lecture des « Gründrisse », ces manuscrits de 1857-58.7 Depuis « Le pouvoir constituant » qui se voulait un « essai sur les alternatives à la modernité » (PUF, 1992), « Empire » (Exils 2000, réédition 10/18, 2004) et « Multitude, guerre et démocratie à l’âge de l’Empire » (La Découverte, 2004), ces deux auteurs n’ont cessé d’élaborer une grille de lecture du capitalisme actuel et en devenir.

Leur thèse est tombée, en France, dans un océan de silence absolument remarquable. Il faut dire que Negri a beaucoup fait pour la déconsidérer en prenant position contre le « non » au Traité Constitutionnel Européen. Son « oui » se voulait résolument anti Etat-Nation, cette « merde » dira-t-il lors d’une conférence publique bizarrement présidée par Julien Dray,8 se voulant dans la lignée du Marx de 1848 dans son discours sur le libre échange, sans les arguments qui étaient ceux du Marx de ce moment-là. Ce penseur n’avait pas encore forgé tous les outils, concepts qui lui permettront d’analyser les règles de fonctionnement du capitalisme, ses lois d’accumulation passant par cette découverte fondamentale de la différenciation travail/force de travail, découverte des ressorts cachés de l’exploitation des salariés, séparés des moyens de production.

Trois auteurs se référant au marxisme sans en accepter sa vision messianique, Pierre Dardot, Christian Laval et El Mouhoub Mouhoud,9 ont voulu discuter ces thèses pour, à travers la critique, démontrer leur « noyau rationnel » tout en indiquant leur lecture de Marx, politique, philosophique et économique… Ils discutent, tout d’abord, de « l’aptitude de la multitude à se constituer en sujet politique », cette « multitude » que Hardt et Negri considèrent comme une « classe globale » porteuse de la « valeur » – ce concept, le plus difficile sans doute de Marx, n’est jamais bien défini, elle ne se réduit pas à la valeur d’échange, ni au quantum de travail -, en fait des pauvres en puissance se transformant en puissance de la pauvreté pour, de manière mécanique, arriver au communisme. Ce n’est plus du messianisme, c’est un acte de foi. Les contradictions ont disparu. Les patrons s’accrochent à leur pouvoir, via la puissance de l’Etat-Nation qu’il faut détruire, que le capitalisme – il suffit de le pousser un peu – est en train de détruire.

Où est le pouvoir ?

Le stade actuel du capitalisme se traduit par un processus de mondialisation. Il faut parler de mouvement vers, parce que des contre tendances surgissent empêchant la tendance fondamentale de se réaliser. Aucun déterminisme ne peut présider à cette analyse. De ce mouvement, Hardt et Negri en déduisent un peu rapidement que la « déterritorialisation » sera existante. Ainsi, la nation, dans sa définition territoriale et donc, une fois encore l’Etat, est voué à disparaître, remplacé par des réseaux, par une diffusion du pouvoir.

Christian Laval passe au fil de la critique leurs références théoriques. Ils assaisonnent Marx – celui des « Gründrisse » pour l’essentiel – de Deleuze et Foucault, très en vogue actuellement aux Etats-Unis, pour construire d’autres paradigmes, d’autres visions du monde. Chaque concept est réinterprété, redéfinis. Hardt et Negri ne vont pas, à leur tour, s’en priver. Ils se servent beaucoup – c’est une lecture singulière – de Deleuze et Foucault pour construire une post modernité. Ce postmodernisme fait l’objet de plusieurs définitions qui ne se recoupent pas, de la plus réactionnaire – dans le domaine de l’architecture – à la plus progressiste – chez Deleuze justement.10 Cette postmodernité – passant par une critique de la modernité chez Negri11 – est contestée par Ulrich Beck dans « Pour un empire européen »12 qui préfèrent la Deuxième Modernité forcément cosmopolitique. Tous ces auteurs se retrouvent autour de la réalité du monde capitaliste en train de muter et sur la remise en cause de l’Etat-Nation. Beck parle de « surmonter l’ontologie nationale »… Toutes les propositions politiques s’organisent autour du comment et non pas du pourquoi ni d’un sujet clairement défini…

Laval s’attache à faire la démonstration que l’appropriation des concepts forgés par Foucault – ou par Deleuze – conduit à un détournement de la méthode de Marx, à la rendre inefficace. Ainsi en est-il de la notion de « biopolitique ». Chez Foucault, elle sert à rendre compte du fait que les lieux de pouvoirs se sont diversifiés, que l’individu est de moins en moins libre et qu’il est, par-là même, plus difficile de lutter. En même temps, ces terrains de lutte sont mineurs et minoritaires…. Pour Hardt et Negri, elle devient positive, signifiant « production de vie »… Autrement dit, elles deviennent le cœur du combat pour une autre société. Ils veulent, suivant le titre que donne Laval à un de ses chapitres, « mettre les marges au centre »… Dans ce contexte théorique, la communication est un enjeu central !

Une méthode qui se retourne contre la méthode de Marx qui se trouve totalement vidée de son contenu, et d’abord de sa charge critique. Si le pouvoir n’est plus dans l’Etat – une rupture avec Lénine et « l’Etat et la Révolution »13 -, pour eux il est partout et surtout dans le travail immatériel. Les producteurs ne sont plus privés de leurs moyens de production, faute de moyens de production…Le pouvoir de Bill Gates n’est pas dans cette possession mais uniquement dans son droit de propriété qui inclut les découvertes faites par ses employés et pour d’autres par le brevetage du vivant. Il suffit d’un peu d’autogestion de cette multitude en réseau et le pouvoir change de mains. Le communisme devient un don du ciel, une croyance sans fondement dans l’analyse du monde.

Ils ne veulent pas voir les conséquences négatives de la précarité, de la flexibilité, du chômage de masse sur les capacités de lutte des salariés, sur leur condition de vie, de travail… Ils ne veulent pas prendre en compte les formes d’organisation des capitalistes eux-mêmes qui ne se contentent pas de leur droit de propriété mais qui continuent de construire des usines avec un accroissement des ouvriers – comme catégorie socioprofessionnelle – au niveau mondial. Il reste, et ils ont raison d’y insister, de savoir quelle est la tendance principale, le devenir. Ce devenir dépendant largement des marchés financiers dans le régime d’accumulation actuel qui développe le taylorisme plutôt que d’autres modes d’organisation du travail. Ils préfèrent insister sur la « trame communicationnelle du travail vivant » lui assurant « une autonomie croissante vis-à-vis de l’emprise capitaliste » proposant la désertion, « un nomadisme généralisé », opposant à l’Empire « le nouvel exode mythique »… (pour citer Laval, p. 183.)

La domination du travail immatériel ?

C’est à Mouhoub Mouhoud que revient la dernière partie sur les transformations du travail. Il critique cette notion du travail immatériel, plus exactement la confusion entretenue par les deux auteurs entre l’artiste et le technicien de l’information passant par la surestimation des TIC, technologies de l’information et de la communication. Plus encore, ils ne voient comme seule explication des changements du capitalisme, les luttes sociales. Ils parlent d’un « schéma théorique qui place la subjectivité des mouvements sociaux de prolétariat au centre de la scène dans le processus de mondialisation et la constitution de l’ordre mondial. » Là encore, Marx est bien loin et son analyse des lois de fonctionnement du mode de production capitaliste plus encore.

Paradoxalement, ils veulent remettre en cause la conception de l’Etat qui n’existe pas – non théorisée – chez Marx, tout en proposant une vision du travail vivant totalement autonomisée par rapport au travail mort, en confondant information et connaissance… Ces confusions conduisent à contester la thèse qu’ils présentent. Ils font preuve d’un manque de rigueur qui démontre que le libéralisme a des effets même sur les auteurs voulant le contester. Il aurait peut-être fallu s’interroger sur les lois de l’accumulation du capital conduisant à remettre en cause certaines des conclusion de l’école française de la régulation représentée notamment par Robert Boyer.

Au total, cette critique à trois voix des thèses contestables de Hardt et Negri conduisent nécessairement à la relecture de Marx, à un travail critique sur sa méthode, ses concepts, à considérer la théorisation de la loi de la valeur comme une abstraction fondamentale à la compréhension de la société capitaliste, à ne pas se contenter de redites mais à analyser le monde, la nouvelle période du capitalisme en cours, pour comprendre et se donner la possibilité de transformer le monde pour lutter contre la métamorphose libérale en cours. Marx reste incontournable, même dans un contexte de crise fondamentale de tout le mouvement ouvrier, aussi bien politique que syndical.

__________________fin annexe 2, deuxième mouvement_________

1 Paradoxalement, montrant que les procédés du stalinisme ne sont pas l’apanage du seul stalinisme ou de ses succédanés, Michel Pébereau, ci devant PDG de Société Générale/Paribas, utilise cette litote pour défendre l’économie de marché sans démonstration, écrivant « le marché n’est ni de gauche ni de droite, il est simplement du 21e siècle »… Merveilleux et lumineux sur l’acte de foi qui se cache derrière ce « simplement »… Cf. La Tribune du 18 avril 2007, « La France doit vaincre sa peur du 21e siècle ».

2 Dans « Marx, l’Etat et la politique », Syllepse, 1999.

3 Intéressant de constater qu’ils ne qualifient pas ce nouveau régime d’accumulation, un concept forgé par les théoriciens dits de la « régulation », Robert Boyer en particulier ou Michel Aglietta, dont nous nous servons à notre tour. Les derniers ouvrages de Boyer sont très décevants quant à l’analyse des réalités du capitalisme, de son régime d’accumulation. Quelles en sont les caractéristiques ? Comment tenir compte de la place actuelle des marchés financiers internationalisés permettant de le qualifier de « régime d’accumulation à dominante financière » ? (cf. notre deuxième mouvement).

4 Ils reprennent à leur compte une idée chère aux théoriciens du « Spätkapitalismus », ce capitalisme tardif, pourrissant. C’est une analyse qui ne rend pas compte de la plasticité de ce mode de production, de sa capacité à se réformer, à se métamorphoser…

5 Voir Antoine Artous, « Le fétichisme chez Marx », Syllepse, pour une architecture plus proche de celle de Marx et de la réalité capitaliste.

6 Voir mon article dans Critique Communiste, n° 143, automne 1995, « Faut-il brûler les « Gründrisse » ? » et dans « Spécial Marx » de 1983, l’article écrit par Nicolas Maheu (Béniès) et Francis Sitel, « Crise du capitalisme et actualité de Marx ».

7 La traduction de Jean-Pierre Lefebvre aux éditions sociales, deux tomes Paris 1980, sert de référence.

8 Cf. Libération du 13 mai 2005.

9 « Sauver Marx ? », La Découverte 2007. A la fin de l’ouvrage, on ne sait trop ce qui doit être sauvé…

10 Les trois auteurs ne critiquent pas cet aspect. Pour la définition de Deleuze, voir Anne Sauvagnargues, « Deleuze et l’art », PUF par exemple.

11 Voir « Le pouvoir constituant », opus cité.

12 Flammarion, 2007, en collaboration avec Edgar Grande, pp. 91 et ss. Beck est aussi l’auteur de « La société du risque. Sur la voie d’une autre modernité », Champs/Flammarion, 2001 pour la traduction française, théorisation qui sert beaucoup aux tenants de cette société inégalitaire pour la justifier. Il est suivi par « Pouvoir et contre- pouvoir à l’ère de la mondialisation » où il poursuit sa définition de la « Deuxième modernité », celle dans laquelle le monde – il ne parle pas de capitalisme préférant s’intéresser, c’est la mode, aux acteurs – serait entré ou devrait entrer, on ne sait trop. Dans ce monde la démocratie est une question secondaire pour permettre aux acteurs d’agir… On comprend la vogue de ses thèses… Il justifie la construction d’une nouvelle forme d’Etat.

13 Negri déclare que ces théorisations appartiennent au passé… Curieusement, une défense de Lénine se trouve dans un des critiques de la thèse de « L’Empire » – qui se veut le « Manifeste du parti Communiste » de notre temps -, Slavoj Zizek in « Que veut l’Europe, réflexions sur une nécessaire réappropriation », réédité chez Champs/Flammarion, un recueil d’articles. Cet auteur, éclectique, docteur en psychanalyse et professeur de philosophie semble être le penseur de ces temps marqués par la nostalgie des époques passées, en l’occurrence le monde politiquement partagé en deux précédant la chute du Mur de Berlin. Le retour à Marx et à Freud n’est pas toujours dégagé de la gangue stalinienne. Révélateur et intéressant.

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