Bibliographie, à propos de jazz


Découvrir le jazz.. et la littérature.

Propositions d’un éventail de romans, récits offrant une sorte de terrains de découverte des jazz, de son impact sur la littérature.

A tout seigneur, tout honneur Julio Cortazar sera notre premier guide. Sa nouvelle (un « conte » au sens latino américain de ce terme), « L’homme à l’affût » – « El Perseguidor » pour le titre original mêlant deux notions à la fois d’être à l’affût mais du futur, d’où cette célèbre interjection de Johnny Carter,1 le saxo alto clone de Charlie Parker, « Je l’ai déjà joué demain ! » Cortazar se dédouble entre le créateur et le critique. L’autre ne pouvant s’introduire dans les mondes de l’un. Quels sont les concepts de l’esthétique ? Comment penser la nouveauté, le génie ? Le critique de jazz, longtemps, s’est trouvé en première ligne, s’essayant à penser la modernité. Difficile lorsque les codes ne cessent de changer du fait des révoltions esthétiques. Cette nouvelle fait partie du recueil « Les armes secrètes » publié en poche chez Folio. Tout Cortazar serait à recommander.

George Pérec, dans « Les choses », un article écrit dans « Les cahiers du jazz » – article qui devrait être réédité –  dit tout ce qu’il doit au jazz dans la réponse à cette interrogation fondamentale pour un écrivain, « comment écrire après « Ulysse » et « Finnegan’s Wake » de James Joyce », écrivain qui a poussé le plus loin l’art du roman, le déstructurant totalement, rendant la lecture difficile en exigeant du lecteur une complète implication. Il dira que le free jazz lui a offert un début de réponse. Soulignant que le jazz a toujours été à l’avant –garde… dans un article publié par Les Cahiers du Jazz – une revue dirigée par Lucien Malson qui voulait susciter la réflexion sur la place du jazz – qui portait lui aussi ce titre, « Les choses ». Pérec sous entendait « Nouvelles » puisqu’il était question de la « New Thing » à ce moment là pour signifier la nouvelle révolution esthétique appelée aussi « Free Jazz ».

Jusque dans les années 1980, faut-il rajouter, le jazz sera à l’avant-garde, musique jeune en constante révolution… mais Pérec lui nous a quittés depuis.

Boris Vian bien sur qui, dans « L’Ecume de jours » – réédité chez 10/18 –, s’appuie sur Duke Ellington pour lancer Colin dans un amour forcément impossible. Une manière de s’introduire dans les deux mondes, celui de Boris et celui du Duke… Mais tout Boris Vian est jazz. Et à lire. Pas seulement – pas essentiellement – parce que c’est le cinquantième anniversaire de sa mort. Il faudrait aussi lire – enfin – « J’irai cracher sur vos tombes » beaucoup plus profond qu’on ne l’a dit à l’époque, sans commune mesure avec le film, un navet. Boris est mort à la ‘avant première…

Jack Kerouac lui aussi fut fortement sous la domination parkérienne. Le Bird lui a fait un effet durable sur son écriture. Malheureusement la version française de « Sur la route » n’a pas u rendre compte de cette écriture syncopée avec une syntaxe, un choix des mots qui doit beaucoup à la scansion d’une improvisation de Charlie Parker. « Visons de Cody » (Folio, comme « Sur la Route ») est plus en phase avec le jazz, l’écriture automatique (chère aux surréalistes, que Cortazar utilise beaucoup et qu’il assimile au jazz) et permet de faire découvrir la place de Lester Young et la capacité du jazz à faire rêver. Là encore Jack peut s’écouter – il a enregistré – et le lire. Il a été ensuite influencé par toute la « West Coast » – un style de jazz non défini mais tous ces musiciens vivent comme lui, des sortes de signes avant coureurs des Beatniks et autres hippies. Dans ces années 50, Los Angeles et surtout San-Franciso deviennent des villes de culture.

Mezz Mezzrow, clarinettiste et chantre du jazz traditionnel, en compagnie de Bernie Wolfe, avait signé cette « Rage de vivre » (« Really the blues », une de ses compositions qu’il joue avec Sidney Bechet, sur un label qu’il avait créé à la fin de la seconde guerre mondiale) pour faire revivre un Chicago rêvé et régler quelques comptes. Le livre résiste. C’est un bon roman. Il ne faut pas chercher là des informations fiables sur cette période, mais des histoires, des légendes ramassées un peu partout. Publié à l’origine, pour l’édition en langue française, chez Buchet-Chastel, il a été édité en Livre de Poche et réédité de nouveau chez l’éditeur d’origine.

Il nous faut passer à quelques histoires du jazz. Avec une difficulté de cette mission impossible, le jazz n’a pas d’histoire… Comme tous les arts, plus encore lorsqu’ils sont anti-arts ! Pour le jazz, les influences sont réciproques. Le maître influence l’élève et si l’élève réussit à digérer le maître, il pourra l’influencer à son tour. Comment faire une histoire dans ces conditions, sauf à considérer les morts ?

Ainsi Philippe Baudoin, pianiste de jazz et archiviste a voulu tourner cette difficulté en publiant « Une chronologie du jazz » (Editions Outre Mesure). De cette manière, il reprend les faits (il en oublie, c’est logique, son site Internet est là pour refaire perpétuellement cette chronologie) pour essayer de rendre compte de la place du jazz. Intéressant.

Lucien Malson a préféré parler des « Maîtres du jazz » – Buchet Chastel pour la dernière édition, en oubliant en chemin quelques-uns dont Coleman Hawkins – et Alain Gerber a décidé de dresser des portraits de quelques-uns d’entre eux dans des livres successifs. Le plus réussi, « Chet » – pour Chet Baker – chez Fayard, comme tous les autres. Pourtant son chef d’œuvre reste « Le faubourg des coups-de-trique » (réédité en Livre de Poche) très marqué par le jazz.

Deux livres pour finir – sans compter tous les littérateurs liés au jazz, comme Chester Himes, James Baldwin… Voir le site de l’Université Populaire de Caen, rubrique Nicolas BENIES, jazz – servant de guide pour un cheminement dans ces mondes bizarres

Franck Bergerot, Le jazz dans tous ses éclats, Larousse

James Lincoln Collier, L’aventure du jazz, Albin Michel, deux volumes.

Et tous les livres de la collection « Contrepoints » aux éditions Outre Mesure dont le dernier « Jazz » est une bonne introduction générale.

Nicolas BENIES

1 Johnny pour Hodges, le saxophoniste alto de l’orchestre de Duke Ellington, élève de Sidney Bechet, une sonorité unique qui lui a permis de résister au tsunami parkérien et d’exercer son influence sur Paul Desmond par exemple, auteur de la célèbre composition « Take Five » et Carter pour Benny Carter, o’autre grand altiste de la période précédant Parker, réunir ces deux noms indiquent chez l’auteur la volonté de se servir du passé, de cette mémoire, pour créer.

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