La crise financière du Brésil

Crise financière : le retour !

Le Brésil, malgré les efforts financiers conjugués du FMI – Fonds Monétaire International – et des États-Unis, n’a pu éviter la crise monétaire et financière. Le real, sa monnaie, a d’abord dévalué puis flotte se dévalorisant de 40% depuis le début de l’année.

La crise monétaire du Brésil est passée quasiment inaperçue en France. Le ministre de l’Économie et des Finances – DSK – s’en va répétant que la croissance est au coin de la rue malgré « le trou d’air », l’expression est de lui, que nous traversons. Un trou d’air qui pourrait devenir un véritable cyclone. La crise brésilienne vient après celle des pays d’Asie du Sud-Est – démarrant en juillet 1997 en Thaïlande et se poursuivant – et celle de la Fédération de Russie d’août 1998. C’est le troisième coup. Et le troisième échec de la politique d’inspiration libérale du FMI.1 La crise se diffuse par l’intermédiaire de la chute des prix de toutes les matières premières. La déflation menace.

Maintenir la parité du real par rapport au dollar à un niveau élevé ne pouvait que provoquer la récession. Elle a été aggravée par la proposition du FMI, acceptée par le Président Cardoso, de mettre en œuvre une politique d’austérité renforcée, contre l’octroi de nouveaux crédits. Pour ce faire, il a fallu augmenter les taux de l’intérêt qui avaient dépasser les 40% pour attirer ou stabiliser les capitaux spéculatifs sur la place brésilienne. Les entreprises se trouvaient asphyxiées et licenciaient, les états ne pouvaient plus faire face au service de leur dette. Le Minas Gerais a refusé de rembourses ses dettes à l’Etat fédéral pour provoquer le départ du gouverneur de la Banque centrale. Malgré ces taux élevés, les capitaux spéculatifs ont continué de «voler vers la qualité» – «flight to quality » –, autrement dit vers les places financières des pays développés. Cette fuite s’est accéléré avec la crise monétaire. La baisse des taux d’intérêt à l’intérieur des pays capitalistes développés en est le résultat paradoxal, les capitaux se plaçant sur les obligations et notamment les obligations d’Etat, expliquant la relative résistance des bourses européennes et américaines. Cette arrivée de capitaux cache la réalité de la crise financière et du tournant de la conjoncture mondiale. Le monde vit sur un volcan et ne veut pas s’en apercevoir. Seuls les Instituts de conjoncture allemands ont revu à la baisse leurs prévisions de croissance pour cette année pour tenir compte de cette nouvelle donne mondiale qui fait que «les pays développés sont encerclés par la récession », comme le titre l’Expansion du 21 janvier.
Via le Brésil la crise pourrait rapidement s’étendre à l’Argentine. Les deux économies sont imbriquées de par l’existence du Mercosur, le marché commun latino-américain. A la grande surprise de tous les économistes, le président argentin Carlos Menem a annoncé la dollarisation totale de son économie en proposant de remplacer le peso par le dollar. Ce serait la perte de toute capacité de définition d’une politique monétaire… Le Mexique se trouve quant à lui enfoncée dans la crise pétrolière se traduisant par la surproduction et la baisse des prix. La crise prend ainsi une dimension continentale.
Tous les regards se tournent vers la Chine qui, pour l’instant, résiste. La bureaucratie a du bon pour le capitalisme. Tout le monde oublie le « Livre noir du communisme ». La dévaluation du yuan, annoncée comme possible par la presse chinoise samedi 23 janvier, s’est immédiatement traduit par la chute des cours des Bourses et des monnaies, le lundi 25 janvier, de tous les pays d’Asie. Le gouvernement chinois a démenti, montrant qu’il y pense sérieusement. Cette mesure est logique. La dépréciation du real permet aux marchandises brésiliennes de s’imposer sur des marchés où la Chine est aussi présente. Le gouvernement chinois ne pourra accepter de voir baisses ses exportations et diminuer ses devises. Cette décision se traduirait par la guerre économique intense entre tous les pays ouvrant la voie à une énorme surproduction et donc à la baisse des prix. C’est le risque de la déflation mondiale.
La crise financière pourrait se superposer à cette crise économique, approfondissant la récession. Par plusieurs canaux. La récession dans un ensemble de pays qui s’agrandit de jour en jour devrait se traduire par la baisse des profits des grandes entreprises, et donc la chute brutale des cours de la Bourse. Les opérateurs financiers s’apercevront, tous en même temps, que les titres sont surévalués et vendront massivement. C’est ce qui c’est déjà produit la semaine dernière, expliquant les à coups des Bourses. Le Brésil fait partie des pays les plus endettés du monde. Sa dette est de l’ordre de 235 milliards de dollars dont 86 de dette publique. La crise de la dette est devant nous. La dépréciation du real la rend plus lourde. Les grandes banques des pays développés devraient en subir les conséquences. Pas seulement les banques américaines engagés à hauteur de 16,8 milliards de dollars. Les banques européennes de la zone euro, suivant la Banque des Règlements Internationaux (chiffres de fin juin 1998), détenaient 37,6 milliards de dollars dont l’Allemagne 12,9 milliards et la France 7,9.
Ni la France, ni l’Europe ne se trouvera à l’abri de ce malstrom. Le débat sur la politique économique devrait rebondir. La politique monétaire de la BCE – Banque Centrale Européenne – est totalement imbécile et en dehors de la réalité, comme la politique budgétaire résultante du traité d’Amsterdam, une politique d’austérité structurelle. Il serait temps de prendre la dimension de cette nouvelle donne, plutôt que de pratiquer une méthode Coué qui ouvre portes et fenêtres à toutes les mauvaises surprises.
Nicolas BENIES.

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