De quelques polars de 1999

Polar et libéralisme

Donald Westlake est un des grands auteurs de romans noirs. Il pratique la caricature dans une société qui est déjà caricaturale. Il fait rire, mais notre rire grince. Et si ce n’était pas seulement de la fiction ? Subtilement – et cette subtilité fait vendre – il se sert du contexte économique et social. Ainsi dans Le couperet – Rivages/Thriller -, il propose l’histoire d’un cadre américain de l’industrie papetière au chômage depuis deux ans, qui a perdu tout espoir de retrouver un emploi faute d’un minimum de « socialisation », de rapports aux autres, qui se trace un plan simple et qui se veut efficace. Assassiner celui qui a l’emploi qu’il vise et auparavant se débarrasser de tous ceux qui pourraient, avec quelque chance de succès, postuler. L’auteur insiste sur le délitement des liens sociaux, sur la recherche de boucs émissaires nécessaires à la survie de chacun. Il tue sans remords et sans haine, poursuivi par la dure loi du libéralisme, de la lutte de tous contre tous. Cette descente – ou cette montée, qui sait ? – est psychologiquement très juste. Le personnage est crédible comme son comportement. Et c’est là que l’angoisse s’insinue…

De quoi faire un cours sur la société américaine d’aujourd’hui et sur les conséquences concrètes du libéralisme économique. Comme sur la manière de rédiger un CV, un curriculum vitae…

Nicolas BENIES.

Daniel Pennac n’est plus à présenter. Qui ne connaît le souffre-douleur Malaussène ? Ce tout petit livre qui vient d’être réédité en poche (Folio-Gallimard), Des chrétiens et des Maures, une parenthèse surgit comme une évidence : « Malraux avait raison : le vingt et unième siècle sera spirituel ; le chômage s’y emploie. » Pour le reste, une réflexion sur la traduction de « I would prefer not to »…

NB

Le roman policier historique chez 10/18, dans la collection « Grands détectives ».

Une nouvelle arrivée. Kathryn Swinbrooke, médecin apothicaire officie dans le contexte de la fin de la guerre des Deux Roses (fin du 15éme siècle) qui avait profondément divisé l’Angleterre. Paul C. Doherty – auteur qui commence à être connu en France , avec son « privé » Hugh Corbett, son dernier opus nous invite à découvrir Robin des Bois, dans L’assassin de Sherwood – a pris le pseudonyme de C.L. Grace pour nous entraîner dans les enquêtes de cette femme pris dans les antagonismes, les vengeances mais aussi les folies de cette fin de guerre. Doherty insiste, dans une introduction, sur notre méconnaissance de ce Moyen-Age où les femmes avaient droit de cité, notamment dans les métiers liés à la médecine. Il ne le dit pas. Mais le pas est vite franchi vers les accusations de sorcelleries… Ces enquêtes qui se lisent avec un véritable plaisir – deux viennent de paraître Meurtres dans le sanctuaire, une histoire de folie liée à la religion et L’œil de Dieu – de découverte de cette période, et la visite de Cantorbéry vaut le détour, tout en suivant une véritable intrigue policière.

NB.

 

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