A propos de méthode d’analyse

Le texte qui suit je l’ai écrit en 1995 pour un numéro spéciale de critique communiste sur Marx. Il porte sur le travail préalable de Marx qui donne quelques clés de la méthode utilisée par Marx dans le Capital. « Les Gründrisse », en fait des manuscrits non publiés, permettent de comprendre la loi de la valeur qui débute Le Capital. Le titre, « Faut-il brûler les Gründrisse ? », doit être compris comme « Le Capital » a permis de dépasser ces manuscrits qui se sont dissous dans les analyses de ce livre I, quintessence de la méthode de Marx et fondation de concepts essentiels pour appréhender ce mode de production capitaliste et ses métamorphoses, ses régimes d’acculation différents au cours de son histoire tourmentée.

FAUT-IL BRÛLER LES « GRÛNDRISSE » ?

Écrire sur Marx est un peu une gageure aujourd’hui. Le marxisme serait mort dans l’écroulement du Mur de Berlin… Trop souvent la référence à l’œuvre de Marx s’estompe derrière les commentateurs, ou, pire encore, le stalinisme, quelquefois présenté comme « l’orthodoxie marxiste ». Le marxisme orthodoxe n’existe pas. C’est une invention stalinienne. L’essai de Luckas, publié dans “ Histoire et conscience de classe ”, intitulé “ Qu’est-ce que le marxisme orthodoxe ? ”, est un plaidoyer pour la méthode marxiste, et donc pour la poursuite de l’élaboration théorique. Le marxisme vivant suppose d’interroger les concepts, les catégories que l’on trouve dans son œuvre, pour savoir s’ils sont toujours efficaces pour comprendre et transformer la société capitaliste. La référence à Marx est nécessaire à condition d’y injecter la réalité du capitalisme, et de son évolution. Il faut conserver à l’esprit qu’il s’adresse à « des lecteurs qui veulent apprendre quelque chose de neuf et par conséquent aussi penser par eux-mêmes ».1 C’est, peut-être, ce qui fait peur… C’est aussi de cette manière qu’il faut comprendre son refus d’être… marxiste, entendu comme le refus de la scolastique, de la répétition sans fin de citations tirées de leur contexte.
Il est vrai, par contre, que les termes comme socialisme, classe ouvrière, et même capitalisme ont perdu de leur sens, sans perdre de leur pertinence. Ces concepts demandent à être redéfinis, pour récupérer l’actualité qu’ils n’auraient jamais dû perdre. La réticence à les utiliser se traduit le plus souvent par des approximations dangereuses pour l’analyse même du mode de production. Le “ Financial Times ” – journal des financiers de la City de Londres, et haut lieu de la pensée libérale – est conscient des nécessités conceptuelles, et a défendu, à la fin de l’année 1993, l’utilisation des termes de capitalisme et d’impérialisme. Ce n‘était pas la première fois que ce journal citait les concepts marxistes, ou les marxistes. Il avait publié, il y a quelques années, un hommage à Rosa Luxembourg et à son livre “ L’accumulation du Capital ”, lecture nécessaire, disait l’auteur, dirigeant d’une banque, pour comprendre les crises et les krachs. Les économistes anglais portent plus haut le cynisme de leur classe que les français.
C’est vrai que le capitalisme apparaît, désormais, comme l’horizon indépassable, tuant de ce fait même toute imagination, restreignant le champ des possibles. La crise des idéologies dont on parle partout est une crise de représentation du monde, d’impossibilité de penser le futur, sinon comme la répétition du passé et du présent aseptisés. Le succès du film « Forrest Gump » aux États-Unis est un révélateur de cette tendance, comme la mode des commémorations. Les affrontements, les tensions, les luttes – des classes en particulier – disparaissent dans un passé reconstruit à coup de consensus, comme “ ouaté ”. L’idée même de progrès est battue en brèche, comme si la société capitaliste était figée pour l’éternité.

Marx et Marx.
Il est curieux de lire, sous la plume d’un sociologue, Jean Pierre Durand (2), “ L’idée de progrès était tout autant partagée dans les sciences de la nature que chez les moralistes et conduisait aux thèses évolutionnistes selon lesquelles chaque organisme, qu’il soit biologique ou social, allait vers un niveau d’organisation supérieure. A la suite des philosophes des Lumières, mais aussi de l’essor rapide des sciences de la nature, la croyance infinie dans la raison humaine conduisait à rechercher des lois explicatives de chacun des phénomènes sociaux et de l’histoire. Marx a succombé à cette tentation d’une loi universelle permettant d’ouvrir un monde meilleur, voire parfait. ” De quel Marx est-il ici question ? Celui qui disait, dans les “ Gründrisse ” justement, “ la raison n’est pas toujours raisonnable ” ? En quoi est-ce fou de chercher “ des lois explicatives de chacun des phénomènes ” ? N’est-ce pas le rôle d’un scientifique ? Où chez Marx est-il exprimé “ la loi universelle ouvrant un monde meilleur ” ? Les écrits de Marx, son action, s’inscrivent dans la volonté de trouver les lois de fonctionnement du mode de production capitaliste, de déterminer ses contradictions, de faire apparaître la classe sociale qui a intérêt à la société sans classe, sans déterminisme, mais en ouvrant le champ des possibles. Et les possibles ne deviennent nécessité que par la lutte sociale, par la praxis, par l’acte social. Marx n’était pas positiviste, contrairement aux Saint Simoniens et à leur suiveur Auguste Comte, pour qui il a des mots assez durs. Il a comme projet de dessiner une science de la société, en partant de l’hypothèse – qu’il démontrera – que l’horizon capitaliste peut-être dépassé, par un autre mode de production qui se dessine en creux dans le capitalisme, mais qui suppose pour exister l’intervention d’une classe sociale qui prend conscience de ses intérêts collectifs. Est-ce en dehors de la réalité de chercher les voies et les moyens de dépasser ce mode de production incapable de satisfaire les besoins de tous les êtres humains ? Est-ce une démarche non-scientifique ? En quoi est-ce plus “ scientifique ” d’accepter cette société, et de la poser comme éternelle ? Contrairement, de plus, à l’affirmation de Michel Beaud par exemple dans “ Histoire des socialismes ” (3), la fin des classes ne veut pas dire la fin des affrontements, la fin des conflits. Simplement ils auront d’autres sujets que l’opposition de classes.
Les “ Gründrisse ” ont justement cette particularité d’indiquer les éléments essentiels de la méthode de Marx, qui lui a permis d’arriver aux concepts-clefs, aux catégories qui sont à l’œuvre dans Le Capital. Travail théorique toujours à refaire, toujours à compléter, tant il est vrai que “ l’anatomie de l’homme est une clef pour l’anatomie du singe ”.4Autrement dit l’analyse du fonctionnement du capitalisme moderne peut permettre de comprendre le capitalisme du temps de Marx et ainsi déterminer les manques dans la succession des catégories.

Scientifique donc critique donc dérangeant.
Marx apparaît encore aujourd’hui comme un penseur dérangeant, parce qu’il a toujours articulé théorie critique, donc scientifique et volonté de changer l’ordre capitaliste des choses, pour construire la fin de la préhistoire qu’il voyait dans le dépassement du mode de production capitaliste. Dans le mode de production capitaliste, et c’est en quoi il appartient à la préhistoire5 , “ les hommes font leur propre histoire dans des conditions qu’ils n’ont pas librement déterminées ”, façon à la fois de déterminer le poids des contraintes, du passé, des lois de fonctionnement du mode de production capitaliste, et d’établir la place de la liberté. Le déterminisme social existe, mais il est possible de refuser d’accepter la société telle qu’elle est. Méthode à la fois matérialiste et dialectique. Le dépérissement du travail contraint, par la suppression des classes, permettra à chaque individu de comprendre et diriger la société, associé aux autres producteurs, et de pouvoir laisser libre cours à sa création, à sa forme d’intelligence. “ Mais, en fait, une fois que la forme bourgeoise bornée a disparu, qu’est-ce que la richesse, sinon l’universalité des besoins, des capacités, des jouissances, des forces productives des individus, universalité engendrée dans l’échange universel ? Sinon le plein développement de la domination humaine sur les forces de la nature, tant sur celles de ce qu’on appelle la nature que sur celles de sa propre nature ? Sinon l’élaboration absolue de ses aptitudes créatrices, sans autre présupposé que le développement historique antérieur qui fait une fin en soi de cette totalité du développement, du développement de toutes les forces humaines en tant que telles sans qu’elles soient mesurées à une échelle préalablement fixée ? Sinon un état de choses où l’homme ne se reproduit pas suivant une déterminité particulière, mais où il produit sa totalité, où il ne cherche pas à rester quelque chose ayant son devenir derrière soi, mais où il est pris dans le mouvement absolu du devenir ? ” (6). Vaste programme qui “ sonne ” moderne en ces temps où l’individualisme est de mise. Pour développer réellement les capacités des individus, il faut la maîtrise collective de la société, il faut une société transparente, dont les rapports de production ne s’incarnent plus dans des choses, dans des marchandises.
Cette “ critique de l’économie politique ”, vue comme la critique du mode de production capitaliste, est son impératif catégorique, que l’on retrouve dans tous ses ouvrages, dans toute sa vie. Attitude critique qui lui permet de saisir la nature de la marchandise, de l’argent, pour mettre à nu les lois de fonctionnement du mode de production capitaliste, et le refus de tout dogmatisme. Distinguer “ le militant et le savant ”, comme voudrait le faire Jean Pierre Durand (7), empêche de rendre compte du contenu scientifique de l’œuvre de Marx, précisément parce que la nécessité de la critique explique ses résultats les plus importants. Si le mode de production capitaliste est posé comme éternel, il est impossible de le comprendre dans ses lois de fonctionnement. Faire fi de la dimension critique, c’est non seulement se priver de la compréhension des lois du mode de production capitaliste, c’est aussi nier Marx lui-même. Dans “ La confession de Karl Marx ”8, Riazanov fait état d’un document qui lui fut confié par Laura. A la question “ Votre idée du bonheur ”, il répond “ La lutte ”, et l’idée du malheur est dans la soumission, alors que le trait caractéristique qu’il se reconnaît est “ L’unité du but ”.
Les concepts, les catégories essentielles sont l’objet d’un long travail, d’un long cheminement. C’est seulement dans le Livre I du Capital qu’il arrive à la catégorie de la Valeur de la marchandise, dont la forme phénoménale est la Valeur d’échange, qui se métamorphose en prix de production par la circulation et de la répartition de la plus value entre les capitalistes, et apparaît sous la forme concrète de prix de marché. C’est un effort d’abstraction, et de différenciation des niveaux d’abstraction, pour aboutir au “ concret pensé ”. “ C’est pourquoi, écrit-il dans l’Introduction9, le concret apparaît dans la pensée comme le procès de la synthèse, comme résultat, et non comme point de départ, encore qu’il soit le véritable point de départ, et par suite aussi le point de départ de l’intuition et de la représentation. (…) La méthode de s’élever de l’abstrait au concret n’est pour la pensée que la manière de s’approprier le concret, de le reproduire en tant que concret pensé ”.
Ce travail d’élaboration théorique ne se termine pas avec le Livre I. Engels (10) le poursuivra en publiant les Livres II et III du Capital, provenant d’écrits de Marx précédant le Livre I, ce qui montre bien l’effort d’abstraction nécessaire pour arriver à la section I du Capital sur la marchandise, tandis que Kautsky poursuivant le travail entrepris sera le maître d’œuvre des “ Théories sur la Plus value ” qui devait constituer le Livre IV. Pour comprendre et se servir des catégories de Marx, les marxistes ont poursuivi le travail théorique. Les épigones ont, en général, échoué à saisir la nécessité de la critique pour arriver à la théorie scientifique de Marx. La XI thèse sur Feuerbach, rédigée en 1845-46, donne l’étendue du programme : “ Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer ”11. Dialectiquement pour comprendre le monde, il faut la volonté de le transformer, sinon la compréhension reste partielle, comme pour les philosophes – Hegel ou Feuerbach – ou les économistes – Adam Smith et Ricardo – qui ont précédé. Il est nécessaire de s’approprier ces compréhensions partielles des mécanismes du mode de production capitaliste pour les dépasser, et les intégrer dans la méthode d’analyse qui les transcende. Marx n’est ni économiste, mais il se sert de leurs théories, ni philosophe, mais il s’approprie la méthode dialectique de Hegel, encore moins sociologue au sens d’Auguste Comte qui inventera le terme, sauf à définir la sociologie, comme le fait Naville dans “ De l’aliénation à la jouissance ”12, comme science de la société capitaliste, tendant à dépérir au fur et à mesure que le système de la marchandise disparaît. Vision d’une discipline liée seulement à l’analyse du travail aliéné, contraint existant dans le mode de production capitaliste.

Les “ Gründrisse ”, véritable discours sur la méthode.
Cette méthode, inductive-déductive, part des conditions matérielles d’existence pour déterminer la conscience, pour aboutir aux lois de la reproduction du mode de production. Cette méthode, sera appelée matérialisme historique. Elle commence à être élaborée par Marx et Engels dans “ l’idéologie allemande ”,13 qui permet aux deux auteurs de savoir ce qu’ils ne sont pas, tout en laissant dans l’ombre ce qu’ils sont, d’où des concepts pas encore totalement définis. Les “ Gründrisse ” seront le véritable discours sur la méthode, dont la traduction la plus proche est “ lignes directrices fondamentales ”, “ esquisses ”, comme le rappelle Jean Pierre Lefebvre dans son introduction14 à la deuxième traduction en français de ce texte. C’est un moment important de l’élaboration de Marx, qui a repris ses études des économistes, qu’il avait laissé de côté.
Les catégories-clefs, comme celle de Valeur (15), de plus-value, passant par la définition de l’Argent, ne sont pas encore mis au point, mais il explicite sa démarche, sa méthode que l’on pourrait qualifier de matérialisme historique fécondé par la méthode dialectique de Hegel. “ Par exemple, écrit-il à Engels le 15 janvier 185816, j’ai flanqué en l’air toute la théorie du profit telle qu’elle existait jusqu’à présent. Dans la méthode d’élaboration du sujet, quelque chose m’a rendu grand service : By mere accident, j’avais refeuilletté la Logique de Hegel. (…) Si jamais j’ai un jour de nouveau du temps pour ce genre de travaux, j’aurais grande envie de rendre en 2 ou 3 placards d’imprimerie, accessible aux hommes de sens commun, le fond rationnel de la méthode que Hegel a découverte mais en même temps mystifiée. ”
Ces manuscrits ont fait couler beaucoup d’encre, depuis leur publication en 1939. Marx n’a pas voulu publier “ L’introduction à la critique de l’économie politique ” – de 1857 – parce que, comme le rappelle Rubel dans sa notice de présentation17 “ elle en disait trop; elle paraissait, dit-il dans la préface à la “ Critique ” “ anticiper sur des résultats non encore établis. ” .” C’est dans ce texte que l’on trouve la fameuse contradiction entre les forces productives et les rapports de production, contradiction qu’il faut appréhender dans le mouvement, et non pas de manière statique, et qui doit conduire aux études historiques sur sa validité, et non pas les remplacer. Ce texte a trop souvent servi à une vision positiviste, et donc non dialectique de l’évolution des sociétés. Les citations se sont faites souvent en dehors du contexte, et sans comprendre la méthode à l’œuvre. De la même façon la catégorie de Valeur a été mal comprise, faute d’une lecture attentive de Hegel – et des Gründrisse » -, et de sa notion de mesure, de quantité et d’universalité qui permettent de comprendre les concepts de travail abstrait, et son expression sociale dans l’Argent comme représentant la richesse sociale, provenant de la socialisation des travaux privés, et qui le restent à l’intérieur de la sphère de la production, dans l’échange.
Les “ Gründrisse ” ouvrent le champ de l’ensemble de ces réflexions, raison pour laquelle la lecture n’est pas aisée, aggravée par le fait que ce sont des travaux préparatoires et que Marx tâtonne à la recherche de ses catégories essentielles. Ces manuscrits permettent de saisir un moment de l’élaboration de Marx, de sa pensée en mouvement, alors que sa méthode d’investigation est déjà au point. Il critique ses premiers résultats, s’obligeant à revenir sur la même question, encore et encore. Le mouvement de l’abstraction est difficile à réaliser, difficile d’exprimer simplement la nature de la marchandise et de ses formes contradictoires. Il changera d’ailleurs de plan. Au lieu de commencer par la Valeur, comme il en avait l’intention, il débutera par la marchandise qui synthétise les rapports sociaux de production capitalistes. Il préviendra dans la préface au Livre I du Capital : “ Dans toutes les sciences, le commencement est ardu ”. (18)
La dialectique de Hegel est essentielle, comme l’a bien vu Luckas dans “ Histoire et conscience de classe ” (19), à un moment où il n’avait pas connaissance du texte des “ Gründrisse ”, pour comprendre la méthode de Marx. Hegel qui écrivait : “ Ce n’est pas dans son but en effet que la chose est épuisée, mais dans son exécution. Le résultat non plus n’est pas le tout effectif, il ne l’est que quand il est pris avec son devenir : le but pour soi est l’universel sans vie, de même que l’élan n’est que l’impulsion qui manque encore de son effectivité, et le résultat nu est le cadavre qui a laissé l’élan derrière lui. De même la diversité est plutôt la limite de la chose, elle est là où la chose cesse, ou elle est ce que cette chose n’est pas. ” (20) Le lecteur familier du Livre I du Capital reconnaît la méthode à l’œuvre dans l’analyse de la marchandise. Ainsi Marx reprendra Hegel, en le métamorphosant, par la critique sociale, seule manière de faire preuve de création. La critique c’est aussi la reconnaissance de l’apport de celui qui est critiqué. Cette méthode critique conduit à se saisir des découvertes précédentes, de les dépasser pour faire surgir de nouveaux concepts, de nouveaux outils. “ Il faut entendre le terme de critique, insistait Naville21 , dans un sens étendu. Ce n’est pas seulement la critique comme opposition ou négation, mais comme explication et comme dépassement. ”
Rosdolsky, qui découvrira ces manuscrits, s’en servira pour proposer une lecture éclairante de la méthode de Marx, et de ses résultats les plus importants tels qu’il figure dans Le Capital. Des auteurs se réclamant du marxisme – Jean Luc Dallemagne22, Henri Nadel23 par exemple – lui ont reproché de s’être servi des catégories du Livre I pour éclairer les “ Gründrisse ”. Une lecture attentive de “ La genèse du “ Capital ” chez Karl Marx ”24, l’ouvrage en question montre que c’est le contraire. Les textes de 1857-58 viennent éclairer la méthode et les catégories du livre I du Capital, et renforcer la démonstration de Marx, qui considérait comme inutile de redire ce que Hegel avait déjà dit. Les “ Gründrisse ” sont à la fois une manière de s’approprier la méthode de Hegel, et de la remettre sur ses pieds en l’intégrant dans la méthode générale du matérialisme historique. “ Pour Hegel, insistera Marx dans la postface à la seconde édition allemande du Livre I, le mouvement de la pensée, qu’il personnifie sous le nom de l’Idée, est le démiurge de la réalité, laquelle n’est que la forme phénoménale de l’Idée. Pour moi, au contraire, le mouvement de la pensée n’est que la réflexion du mouvement réel, transposé et transporté dans le cerveau de l’homme. ” Tout en ajoutant, fidèle à la méthode dialectique, “ bien que, grâce à son quiproquo, Hegel défigure la dialectique par le mysticisme, ce n’en est pas moins lui qui en a le premier exposé le mouvement d’ensemble. Chez lui elle marche sur la tête; il suffit de la remettre sur ses pieds pour lui trouver la physionomie tout à fait raisonnable. ” Façon de rappeler que la méthode dialectique de Hegel est une nécessité pour l’analyse du mouvement d’ensemble. On pourrait multiplier les citations, tirées par exemple de l’Anti-Dühring25 où Engels – ou Marx, cet ouvrage est écrit à deux mains – reprend presque mot à mot le texte hégélien pour exprimer le mouvement comme ensemble de contradictions, allant jusqu’à la négation de la négation. Le lecteur à l’impression de voir cette méthode à l’œuvre dans les “ Gründrisse ”.
C’est dire qu’il est quasiment impossible d’en citer une partie sans la situer dans le texte et sans la mettre en relation avec les catégories du livre I. Autrement dit il est impossible de les considérer autrement que comme une introduction générale au “ Capital ”. Marx tâtonne, à la recherche de ses concepts. Il approche la définition de l’Argent, mais n’y arrive pas, et c’est valable pour l’ensemble des catégories. Par contre il démontre l’enchaînement nécessaire des catégories, à partir de cette vision d’ensemble qui a nom fétichisme de la marchandise. “ La théorie du fétichisme est, per se, écrit Roubine dans “ Essais sur la théorie de la valeur de Marx ” (26), la base de tout le système économique de Marx, et en particulier de sa théorie de la valeur. ”
La force de cette méthode c’est à la fois d’aboutir aux catégories – les abstractions “ réelles ” – par le raisonnement logique et de les valider par l’histoire, par la réalité. En tenant compte que la déduction logique des catégories est à l’inverse de la validation historique. Marx démontre que la première production de l’homme, c’est l’homme. Que l’homme est un animal social, corrigeant ainsi la définition d’Aristote. Qu’il se trouve défini par les conditions sociales, par les lois de fonctionnement de la société dans laquelle il est immergé. Qu’il est donc incapable d’appréhender la réalité, autrement qu’en prenant pour sujet le monde des objets, de la marchandise, en croyant que les rapports principaux sont entre les choses, alors qu’il s’agit de rapports sociaux. Il lui faut donc prendre conscience de la manière dont fonctionne la société, prendre conscience que l’apparence du rapport entre les choses – la “ réification ” ou “ chosification ” – dissimule des rapports entre les hommes, entre les classes sociales aux intérêts antagoniques. “ Marx ne montre pas seulement que les rapports humains sont voilés par des rapports entre les choses, mais, en outre que, dans l’économie marchande, les rapports sociaux de production prennent inévitablement la forme de rapports entre les choses et ne peuvent être exprimés autrement qu’au travers de choses. (…) La théorie du fétichisme de la marchandise se transforme en une théorie générale des rapports de production de l’économie marchande, en une propédeutique à l’économie politique.  ” (27)
Ce texte permet aussi de se rendre compte que les sources de Marx sont mêlées. Qu’il est difficile de distinguer ce qui revient à Ricardo et Smith, à Hegel, ou d’autres théoriciens. Les distinctions modernes entre disciplines ne sont pas de mises à l’époque de Marx. Hegel cite Smith ou Ricardo, qui lit Hegel. L’analyse de la réalité capitaliste est aussi fondamentale pour comprendre l’évolution de la pensée de Marx. La crise de 1857 qu’il vit, et sur laquelle il écrit, est aussi explicative de la naissance de nouveaux concepts, tant il est vrai que la crise dévoile les lois de fonctionnement du mode de production capitaliste, pour ceux qui développent la critique de cette société. L’intérêt de la méthode dialectique c’est qu’elle permet d’aller au-delà des apparences, moment d’appréhension de la réalité.

L’apport principal.
L’intérêt principal de ce texte est dans la différenciation des niveaux d’abstraction. Un des problèmes-clefs pour éviter les fausses interprétations, comme celle de Rosa Luxembourg28 concernant les schémas de reproduction du Capital, qui sont l’objet principal du Livre II du Capital. Dans les livres I et II, Marx analyse le Capital en général, sans tenir compte des capitaux nombreux, de la concurrence et donc des conflits d’intérêt entre capitalistes. C’est la raison pour laquelle il écrit que dans la concurrence tout se présente à l’envers. Pour dépasser le monde des apparences, le comprendre, il fallait se saisir de cette catégorie, le Capital en général qui suppose de déterminer l’intérêt général de toute la classe des capitalistes, et par là même les lois de fonctionnement de l’accumulation du Capital, qui repose sur l’extorsion de plus value, sur le surtravail des salariés. C’est ce travail d’abstraction qui se met en œuvre dans ces manuscrits, qui lui permet d’appréhender la succession nécessaire des catégories. “ Certains moments de la catégorie de la valeur se forment à des étapes antérieures du processus historique de la production sociale et apparaissent comme le résultat de ce processus. C’est pourquoi au sein du système de la société bourgeoise, le capital succède immédiatement à la valeur. ” (29) On sait, nous l’avons déjà rappelé que Marx changera cette succession, en commençant par la marchandise, liée à la naissance de la catégorie de la valeur qui remplacera la valeur d’échange, forme phénoménale de cette valeur. Ainsi la succession des catégories, comme Rosdolsky le met en évidence, deviendra, Marchandise – Valeur – Capital. Cette compréhension est fondamentale pour comprendre les lois de fonctionnement de l’accumulation capitaliste, et de la production de plus value. Pour comprendre aussi pourquoi Marx arrive à deux classes fondamentales dans la société capitaliste – ce qui ne veut pas dire les seules – capitalistes et vendeurs de force de travail, classes antagoniques, aux intérêts contradictoires. Ce sont les “ classes en soi ”, définis par les rapports de production. Elles n’existent réellement que dans la lutte des classes, et doivent conduire à la “ classe pour soi ”, aux formes de la prise de conscience. Manque dans cette succession l’État, qu’on ne peut réduire, comme l’a fait Lénine dans “ L’État et la révolution ”, à un détachement d’hommes armés.

Actualité de la lecture des Gründrisse.
Marx, dans ce paysage politique actuel, fait figure de zombie. Un zombie dont la récupération et loin d’être exclue par ceux-là mêmes qui ont mis le plus d’empressement à l’enterrer. Parce qu’il propose, loin de tous les économistes libéraux qui ne savent que tracer l’apologie du système, des concepts qui permettent de comprendre l’évolution du mode de production. D’autant que ces concepts peuvent revenir dans le moule théorique posé par Ricardo, le dernier des grands économistes, dans le sens où il a construit un système global d’explication du monde, comme Hegel pour la philosophie. Ils perdent de ce fait leur identité, provenant du point de vue critique de Marx, qui lui a permis ses découvertes les plus importantes. Non pas, comme on le croit trop souvent la lutte des classes – les Saints Simoniens avaient affirmé avant lui que la lutte des classes est le moteur de l’histoire -, mais l’analyse du mode de production capitaliste comme un mode de production transitoire, c’est-à-dire pouvant être dépassé par un mode de production supérieur, capable de développer plus encore les forces de productives, pour arriver à l’état d’abondance et abandonner le travail contraint, pour le travail librement choisi par les individus qui, ainsi, pourront libérer leurs capacités, faire fructifier leur intelligence pour le grand bien de la collectivité.
Dans le monde actuel, on nous traitera de doux rêveur, comme si le rêve d’une société plus humaine, respectant l’individu et satisfaisant tous ses besoins, était une tare indélébile. Le droit au rêve, à l’imagination est, heureusement, le droit inaliénable de tous les être humains. A condition, ajoutait Lénine, de confronter son rêve à la réalité. Pour que le rêve devienne réalité, il faut l’intervention collective, la prise de conscience que le capitalisme peut-être dépassé, que le progrès se trouve à l’extérieur de ce mode de production. Ce n’est pas donner un sens à l’histoire, mais déterminer le champ des possibles. Pour que ces possibles se transforment en nécessité, il faut y ajouter des conditions qui tiennent aux sujets de l’histoire, c’est une autre grande leçon de Marx.
Nous vivons un moment de transition entre deux époques, deux ères de l’humanité. L’ère précédente, marquée à la fois par la victoire de la Révolution d’Octobre, actualisant la révolution socialiste, permettant à Trotsky d’écrire, à la suite des résolutions des quatre premiers congrès de l’Internationale Communiste, IIIéme du nom, que cette époque était celle « des guerres et des révolutions », et par celle de la contre révolution stalinienne, se manifestant par la division du monde en deux blocs, après la seconde guerre mondiale. La « guerre froide », suivie par la « coexistence pacifique », a vécu. La victoire du capitalisme est totale. Les États-Unis restent la seule superpuissance sur la scène internationale. Une superpuissance qui fait montre d’une étonnante incapacité à faire respecter un quelconque ordre international. La « Pax Americana » est encore à venir. Autant dire que les caractéristiques du nouvel ordre international sont encore dans les limbes.
Le monde ancien est mort. La transition vers le capitalisme de toutes les économies d’Europe de l’est, à commencer par la plus importante d’entre elles, l’ex-URSS, sonne le glas du monde ancien. La donne se transforme. L’idée même de la nécessité de changer l’ordre social capitaliste recule, malgré l’augmentation du nombre de chômeurs, de la pauvreté, de la misère à l’échelle du globe. L’espérance recule. La crise idéologique, ici dans le sens de la représentation du monde, est profonde. Le refuge dans l’irrationnel est une des grandes données de ce monde en transition vers un ailleurs difficilement identifiable, mais dont les composantes essentielles sont régressives. Les rapports de force entre les classes ont profondément changé. Le concept même de progrès est contesté. Comme si nous assistions à une involution de la société.
Il ne faut pas chercher dans Marx des réponses toutes faites. Les citations ne servent qu’à fixer les idées et non pas à épuiser les problèmes. Par contre l’utilisation des catégories, des concepts forgés par Marx sont toujours nécessaires, et peut-être plus que jamais, justement parce que le capitalisme triomphe, pour analyser la réalité sociale. Le point de vue critique, point de départ de la méthode, est fécond pour comprendre et transformer la société. C’est le même mouvement. Il est impossible de comprendre le monde sans le critiquer.
La méthode de Marx est un point de départ pour inciter à l’élaboration théorique, pour trouver les voies de l’analyse de ce nouveau monde. Les concepts essentiels comme la méthode d’analyse retrouvent une brûlante actualité précisément du fait que ce mode de production s’élargit de nouveau à l’ensemble de la planète. Comme Marx a voulu mettre à jour les lois de fonctionnement du mode de production capitaliste, plus que construire les bases d’un nouveau mode de production, il est compréhensible qu’il redevienne une référence. Il pourrait faire peur de nouveau… Il s’est toujours refusé à « faire bouillir les marmites du futur ». Il est pourtant possible de trouver, de manière éparse dans son œuvre des ouvertures vers une société de producteurs associés, qui permettraient de forger de nouvelles relations sociales, sans que les contours de cette nouvelle société soient véritablement définis.
Le nouveau monde suppose d’être analysé, en forgeant des outils supplémentaires à ceux que nous a légués Marx et l’ensemble des marxistes, et au-delà de l’ensemble des chercheurs qui ont dévoilé, même de manière partielle, le fonctionnement de la société capitaliste. Du passé nous ne pouvons faire table rase.
Les “ Gründrisse » ne peuvent que disparaître dans l’élaboration conceptuelle, pour renaître ensuite. Tous ceux qui ont voulu les brûler n’ont pas intégré l’essentiel de la méthode dialectique.
Nicolas BENIES.

NB Ce texte a souffert de tous les honneurs et de toutes les indignités. Certains, comme Althusser, lui refusent tout droit de cité, d’autres, comme Negri, s’en servent pour construire une théorie du sujet, et offrir une vision du mode de production capitaliste comme marqué du sceau de la crise. Pour Althusser, voir les « Rudiments de bibliographie critique » qu’il propose à la fin de son « avertissement » aux lecteur(e)s du livre I du Capital, dans l’édition de poche Garnier Flammarion. « Les Gründrisse, écrivait-il, somme de manuscrits préparatoires à la Contribution à la critique de l’économie politique, qui paraîtra en 1859. Une partie seulement de ces textes est passée dans la Contribution. (…) Dans de nombreux passages des Gründrisse (…) on note une forte influence hégélienne, combinée avec des relents d’humanisme feuerbachien. Avec l’Idéologie allemande, les Gründrisse vont fournir toutes les citations douteuses dont ont besoin les interprétations idéalistes de la théorie marxiste : on peut le prévoir sans aucun risque d’erreur. » Je reste rêveur devant cette prise de position, pour la compréhension même de la méthode de Marx, et de son mode d’élaboration théorique.
Dans « Marx au-delà de Marx », chez Christian Bourgois (1979), Negri cherche à jeter les bases d’une nouvelle théorie de la révolution, et fait la part belle au concept de crise et du sujet. La société capitaliste serait toujours en crise… Il est loisible de trouver dans Marx, l’idée d’un mode de production capitaliste flexible capable d’absorber les révolutions – notamment technologiques – qu’il provoque…
Dans le n°6 de la revue “ Futur antérieur ”, Été 1991, il se sert de nouveau de ce texte, dans la traduction de Dangeville, pour démontrer que “ l’intellectualité de masse ” – les guillemets sont de lui – peut devenir un sujet socialement et politiquement hégémonique. Deux remarques sur le seul recours au texte de Marx sont ici nécessaire. La traduction de Jean Pierre Lefebvre aux éditions sociales laisse planer un doute quant à la possibilité de s’approprier les “ Gründrisse ” pour justifier une telle thèse, et, plus fondamentalement, pourquoi à tout prix vouloir trouver dans Marx la description actuelle du capitalisme, à moins de le considérer comme un prophète, ce qu’il ne fut pas.

Notes
(1) Préface à la première édition du Livre I du Capital, page 36 de l’édition de poche Garnier Flammarion.

(2)  La sociologie de Marx ”, collection Repères, éditions la Découverte, 1995, page 6, soulignés par l’auteur.

(3) Aux éditions du Seuil.

(4) Introduction à la contribution à la critique de l’économie politique, La Pléiade, tome 1 “ Économie ”, page 260.

(5) Voir aussi les réflexions de Janover dans “ Études de marxologie ” n°6-7, dans la revue “ Économies et Sociétés ”, “ Marx et la fin de la préhistoire ”.

(6) Cette trop longue citation pour indiquer l’ouverture du champ des possibles dans ces manuscrits. Marx refuse d’une part de borner son analyse, son imagination, aux lois de fonctionnement du mode de production capitaliste, qui est à son époque largement dans les limbes, et envisage un autre mode de production dont “ la richesse n’apparaît pas comme le but de la production ” comme c’était le cas chez les Anciens chez qui on ne trouve jamais “ la moindre étude cherchant à savoir quelle forme de propriété foncière est la plus productive, crée la plus grande richesse ”. Plus tard, il refusera de “ faire bouillir les marmites du futur ” et ne définira jamais la société socialiste, sinon par le plein épanouissement des individus. “ Gründrisse ” tome 1, éditions sociales, pp 424-425.

(7)  La sociologie de Marx ”, page 6 : “ Marx a été à la fois un militant et un savant. Est-il possible de dissocier les écrits de l’un et de l’autre ? C’est ce que tente ce livre à partir du coeur scientifique de l’oeuvre de Marx, en montrant à chaque fois que cela est possible, ses dérives téléologiques, là où il semble attribuer quelque finalité à l’histoire des hommes. ”. C’est une démarche qui ne peut pas aboutir, “ le coeur scientifique ”, tel que Marx l’a vu, est justement de poser l’historicité du mode de production capitaliste.

(8) Publiée aux éditions Spartacus, juin 1969.

(9) Introduction générale à la contribution, page 255, opus cité.

(10) Certains commentateurs de l’oeuvre de Marx font preuve d’un ostracisme déplacé à l’égard d’Engels, comme s’il n’avait été qu’un simple vulgarisateur. La correspondance montre qu’il n’en est rien.

(11) Souligné par Marx, in “ L’idéologie allemande ”, Éditions sociales, page 34. Ces thèses avaient été publiées par Engels en 1888 dans “ Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande ”, éditions sociales, collection “ classiques du marxisme ”, 1966.

(12) Rappelons que Naville fut, avec Georges Friedmann autre grand lecteur de Marx, le fondateur de la sociologie du travail. Ce livre, publié pour la première fois en 1954, est une lecture de Marx, de son analyse du travail dans le mode de production capitaliste, en rappelant que, à partir de 1863, “ tout le système se déploie à partir de la forme spécifique du travail dans la société contemporaine, à savoir la forme de production et d’appropriation du surtravail, de la plus value, propre à cette société ” (page 373), pour jeter les fondations de la sociologie du travail. Il rappelle l’apport de Hegel, du moins dans la méthode d’exposition des problèmes.

(13) Ce texte ne sera publié qu’en 1932 par l’Institut Marx-Engels-Lénine. Voir l’avant-propos de Gilbert Badia aux éditions sociales, opus cité.

(14) In “ Manuscrits de 1857-58 (“ Gründrisse ”) ”, tome 1 et 2, Éditions sociales 1980. La première traduction était celle de Dangeville, deux tomes aux éditions Anthropos, sous le titre “ Fondements ”, traduction, suivant les spécialistes, infidèle. Rubel, dans La Pléiade, “ Économie II ”, en a publié que des extraits sous le titre “ Principes d’une critique de l’Économie Politique ”.

(15) “ Si donc, au début de ce chapitre, pour suivre la manière de parler ordinaire, nous avons dit : la marchandise est valeur d’usage et valeur d’échange, pris à la lettre c’était faux. La marchandise est valeur d’usage ou objet d’utilité et valeur. Elle se présente pour ce qu’elle est, chose double, dès que sa valeur possède une forme phénoménale propre, distincte de sa forme naturelle, celle de valeur d’échange; et elle ne possède jamais cette forme, si on la considère isolément. Dés que l’on sait cela, la vieille locution n’a plus de malice et sert d’abréviation. ” Cette explication de l’évolution d’une des catégories clefs de Marx ne se trouve pas dans l’édition française du Livre I du Capital. On la trouve chez Rosdolsky, opus cité page 159, note 9.

(16) Correspondance, tome V, Éditions Sociales, page 116. Les mots soulignés le sont par Marx.

(17) Soit dans La Pléiade, tome 1 “ Économie ”, pages 233-234, ou le recueil de textes parus chez “ Folio ”, dans la collection “ Essais ”, sous le titre “ Philosophie ”, pages 443-444. Voir Naville “ De l’aliénation à la jouissance ”, et article, dans ce même numéro, sur le livre de Jean Pierre Durand : “ La sociologie de Marx ”.

(18) Notation qui n’autorise pas Althusser à conseiller aux lecteurs de laisser cette section I pour la fin. Au contraire.

(19) Publié aux Éditions de Minuit, 1960.

(20) Préface à la Phénoménologie de l’Esprit ”, page 19, traduction Jean Hyppolite, Aubier bilingue, les termes soulignés le sont par Hegel.

(21) Opus cité page 363

(22) “ L’économie du “ Capital ” ”, François Maspero 1978

(23) “ Marx et le salariat ”, L’Harmattan, livre dont nous avons rendu compte dans ces colonnes.

(24) François Maspero, collection des livres Critiques de l’Économie Politique, 1976. Seul est paru, en traduction française, le tome 1.

(25) « Anti Dühring » page 152 sur l’orge, à rapprocher de la page 17 de la Préface à la Phénoménologie… ”, opus cité. “ Le bouton disparaît dans l’éclosion de la fleur, et on pourrait dire que le bouton est réfuté par la fleur. De même par le fruit la fleur est dénoncée comme un faux être-là de la plante; et le fruit prend la place de la fleur comme sa vérité. ”

(26) François Maspero, 1978.

(27) Roubine opus cité page 23

(28) Dans “ L’accumulation du Capital ”, réédité aux éditions La Découverte. Le reproche à Marx porte sur l’impossibilité de vendre toute la production – la réalisation – sans l’apport des pays non-capitalistes, des colonies qui permettent de vendre toute les marchandises produites. Le chapitre 32, sur “ Le militarisme ”, est encore à méditer aujourd’hui. L’erreur de Rosa Luxembourg l’a conduit à s’interroger sur une des questions les plus importantes de son temps.

(29) Œuvres II, La Pléiade, page 1640

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