Nécessaires rencontres

Un blues belge et universel

C’est l’histoire d’une petite fille qui cherche un peu d’attention, d’amour mais surtout la reconnaissance pour se trouver, éclore. Elle s’appelle Lalie, tête en l’air, intelligente sans but, capable de s’échapper par tous les neurones de son cerveau faute d’exister dans une famille où le père et la mère travaillent, rentrent tard, le frère fraye avec la délinquance et la sœur s’occupe d’elle-même.

C’est l’histoire d’un homme dont l’amour a été fracassé par les préjugés, abandonnant son poste universitaire pour devenir jardinier, parle à ses fleurs et connaît tout de la vie des oiseaux et de leurs migration comme peut-être aussi de leurs amours en dehors de la norme du groupe.
C’est, au-delà de ces deux là, Lalie et Mark, leur rencontre qui les dépasse, de leur solitude oubliée, de leur révélation réciproque devenant ouverture à la vie.. Lorsque la sœur demandera à Mark les raisons qui ont poussé Lalie à prendre des risques pour le prévenir d’une agression fomentée par son frère et sa bande, la réponse non formulée est évidente. Deux êtres qui ont besoin l’un de l’autre.
Le contexte, un pédophile qui enlève les petites filles provoque le repli sur soi, la recherche de coupables et les homosexuels sont en tête de liste. Mark fait l’objet d’intimidations, condensé de toute la lie de nos sociétés, et pas seulement en Belgique, qui salit toute relation humaine, toutes les amours.
Anne-Sophie Kalbfleisch, avec « Lalie en l’air », réussit à émouvoir tout en suscitant un sentiment de révolte face à la bêtise des réactions qui empêche la vie, l’amour enfermant les personnes dans des barbelés dont ils ne peuvent pas sortir. Un blues, un poème sur la nécessité de bannir les frontières pour pouvoir s’écouter et apprendre les unes des autres. La transmission, pour être efficace, a besoin de la rencontre pour se construire.
Nicolas Béniès

« Lalie en l’air », Anne-Sophie Kalbfleisch, La brune au rouergue