Chamboule tout. Sur le vote au deuxième tour.

Un choix difficile mais nécessaire.

Parlons éthique.
La question du vote au deuxième tour face au Front National se situe sur deux terrains que le mouvement syndical et politique ne peut ignorer. Sur le terrain éthique, il n’est pas possible de laisser croire que le vote FN s’inscrit dans le cadre des procédures démocratiques. En cas de victoire de Marine Le Pen, toutes ses promesses démagogiques de défense des salarié-e-s seront oubliées. Je ne suis pas sur que le « e » est, dans ce cas là, justifié. Ne subsistera que l’aspect raciste et répressif. Ce sera d’autant plus facile que le gouvernement Hollande a multiplié les lois dites « sécuritaires ». Quinze si j’ai bien compté depuis l’attentat de Charlie Hebdo. Sous prétexte de terrorisme, il est facile à un gouvernement d’extrême droite de gouverner en état d’urgence tout en supprimant l’état d’urgence. Les libertés démocratiques seraient plus encore menacées.
Le reportage d’aujourd’hui (27 avril) sur France Inter de la réaction des militant-e-s d’extrême droite face à une personne qui rappelait la devise de la République Liberté – Égalité – Fraternité devrait conduire à une lutte dans tous les domaines contre cette ostracisme contre les immigrés et contre toutes les cultures. Ce sera le règne de l’abrutissement total. Il s’agit là d’un enjeu de société. Que certain-e-s sous estiment tant leur colère est grande, tant la désespérance est intime dans ce monde cruel et imbécile qui n,e sait pas poser les questions centrales pour tenter de les résoudre. Questions toutes contenues dans la crise systémique du capitalisme.

Ce terrain ne suffit pas, même s’il est fondamental, stratégique.

La conjoncture politique.
Le contexte politique est celui d’un champ de ruines. la droite et la gauche traditionnelles ont disparu. Elles sont devenues des zombies, des morts vivants. Elles pourraient, dans l’avenir, renaître de leurs cendres, mais aujourd’hui le constat est clair.
La refondation est nécessaire. Pour la gauche et le mouvement syndical, c’est vital.
La montée du FN s’explique en partie par cette déstructuration des programmes de transformation sociale, des formes politiques et des institutions. La croyance en l’avenir a disparu. La démocratie – même celle tronquée dans laquelle nous vivons – est menacée de faillite. La victoire du FN pourrait l’achever…
Dans ce champ de ruines, il faut comprendre que l’un des enjeux de ce deuxième tour c’est… le troisième, les législatives.
Le « chamboule tout » politique ne permet pas de prévoir un raz de marée pour Emmanuel Macron. La crise politique actuelle s’approfondira se mêlant à une crise institutionnelle faute de majorité.
Dans le cas de la victoire de Marine Le Pen, la dynamique FN est possible. Les cartes publiées (par Le Monde notamment dans son numéro daté du 27 avril 2017) suscitent la réflexion. Marine le Pen est majoritaire, dans ce premier tour, dans plus de 100 circonscriptions. Il n’est pas assuré qu’elle ait la majorité, mais dans ce cas, il est vraisemblable que la droite, une partie d’entre elle en tout cas fera alliance avec le FN. Comparaison n’est pas raison mais, en 1933, Hitler avait pratiqué de cette façon…
Le vote Macron pourrait limiter la dynamique du vote FN. C’est un impératif politique pas seulement moral, si la gauche veut continuer d’exister et pouvoir se lancer dans le chantier de la refondation et pas seulement de la recomposition. Même dans le cas de figure d’une victoire de Macron, ce qui est loin d’être assurée – nous ne sommes pas en 2002, où sont les mobilisations ? -, le groupe parlementaire FN pourrait avoisiner voire dépasser les 50 députés. La crise institutionnelle est assurée.
La gauche – ce qu’il en reste – doit comprendre que son unité, sur la base d’un programme de transformations sociales et écologiques, est vital pour notre commune survie. Il faut répondre aux enjeux de la crise du capitalisme, crise globale, pour justifier d’un programme de réponse.
Sinon, ce sera plus difficile pour  tout le mouvement ouvrier, y compris syndical. Les luttes sociales, les mobilisations seront plus difficiles.

Les enjeux ne sont pas seulement lié à ce deuxième tour mais à la possibilité de construire un programme de transformations sociales et écologiques. De refonder la gauche. Face au paysage politique actuelle, il faut savoir faire des compromis sans plonger dans la compromission. Voter Macron ne fait pas partie de la solution, il donne les moyens de pouvoir dégager de l’espace et du temps pour reconstruire l’espoir.
Nicolas Béniès.

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