Minifest 10e (2)

Un petit format de festival… pour rencontres et découvertes.

minifest2015Jean-Benoît Culot est batteur… de jazz. Ce n’est pas là le moindre de ses défauts. Il est aussi, et depuis 10 ans désormais révolus, organisateur d’un « Minifest » en compagnie du saxophoniste ténor Nicolas Leneveu.
Ce « Minifest » est aussi conçu comme un lieu de rencontres – des « jam sessions », des « bœufs » en français concluent chacune des 5 journées – et de découvertes de musiciens encore inconnus mais qui ne demandent qu’à pulvériser la scène du jazz et le jazz lui-même. Pour lui faire répondre à sa définition, s’outrepasser une fois encore.
C’est encore le cas cette année avec le « Brothers trio » du bassiste français Géraud Portal dans la lignée à la fois de Jimmy Garrison – le contrebassiste du quartet historique de John Coltrane -, de Charles Mingus et aussi de toute l’école actuelle new-yorkaise et de Chicago, en lien avec le pianiste Matthew Shipp et la bassiste William Parker. Étienne Deconfin, pianiste qui se reconnaît les mêmes influences – rajoutons, pour faire bonne mesure, McCoy Tyner – que son ami bassiste et le jeune batteur, 23 ans, Kush Adabey complètent ce trio capable de soulever des vieilles pierres pour y trouver des trésors insoupçonnés. Un batteur qui provient d’une lignée de batteurs et qui a commencé à étudier la musique, comme il se doit, à 5 ans.
Kush-Abadey-Promo-Shot-11Un batteur de jazz qui rompt avec la pléiade des batteurs d’aujourd’hui plus percussionnistes que batteurs. Il sait ce que la tradition veut dire. Il a écouté tous les grands batteurs et il en fait son quotidien. Une puissance de feu qui fait plaisir à entendre. Noter bien son nom, il fera d’autres étincelles et mettra des feux à d’autres plaines.
Les deux autres ne s’en laissent pas compter. Le plaisir de jouer ensemble est perceptible. Ils réchauffent la flamme. Ils ne sont pas là pour « faire le job » mais pour enchanter le public en s’enchantant – ne pas oublier « chantant » – eux-mêmes. Des compositions originales dues à la plume des trois énergumènes pour terminer avec un hommage à Coltrane autour de « Naïma ».
BrothersIls viennent de sortir un CD, « Brothers » (Jazzia Prod) à écouter…

Merci à Jean-Benoît pour ce moment intense de musique et de fraternité partagée.

Ce n’était pas la seule découverte pour beaucoup de ces nombreux – relativement au lieu, petit, de la cave de ce café « El Camino » – spectateurs. Le saxophoniste alto et soprano Baptiste Herbin a fait, une fois encore – je l’avais vu à Coutances et j’en étais ressorti ébloui -, la preuve de son désir de jouer et de jouer encore. A la manière de Roland Kirk, il ne craint de souffler dans ces deux saxophones à la fois pour faire entendre une section de saxophones. A lui seul, les morts vivant qui peuplent trop souvent nos univers ont intérêt à bien se tenir. Il pourrait les réveiller pour leur faire découvrir un autre monde.
Il a mûri tout en conservant un enthousiasme mâtiné sans doute de désillusions. La reconnaissance de son talent se fait attendre. Si les programmateurs n’étaient par trop obnubilés par la nécessité de la réussite à tout prix, ils auraient mis en avant ce musicien qui ferait – et a fait – un tabac, comme on ne dit plus depuis que fumer est interdit dans les lieux publics. Ce soir là, vendredi 2 octobre, il était en compagnie de Jean-Benoît Culot à la batterie obligé de se dépasser fouetté qu’il était par ce jeune homme sympathique et « qui en veut », Rénald Fleury à la contrebasse poussé à crier le blues et le reste et Emmanuel Dupré pianiste réputé même s’il semble sous estimé, assisse nécessaire pour que les trois autres s’évadent.
Le public sort de là épuisé tout en redemandant, en voulant achever les musiciens en s’achevant soi-même.
Ces soirées, ces musiciens laissent un peu dans l’ombre les autres participant(e)s de ces rendez-vous. Ce serait un tort. Priscilia Valdazo, contrebassiste, chanteuse et, pour l’occasion de son solo, pianiste a présenté un florilège de chansons argentines, espagnoles et brésiliennes pour parfaire sa définition. Dans les mondes du jazz, elle est surtout reconnue comme bassiste. Un répertoire qui demande à être peaufiné. La reprise des « petits riens » de Gainsbourg pourrait faire l’objet d’un spectacle…
François Chesnel, en piano solo, sait faire visiter quelques thèmes un peu trop oubliés comme « The Peacoks » de Jimmy Rowles (que Jimmy avait enregistré en duo avec Stan Getz), donner toute sa place à Monk – « We See » – et improviser une fin sur des rythmes d’aujourd’hui.
Au total, et comme souvent au cours de ces 10 ans – un anniversaire important les 10 ans pour n’importe quel festival – un « Minifest » qui a permis, à un public pas aussi vieux qu’ailleurs, de fusionner avec des musicien(ne)s qui ne veulent tomber dans des routines qui tuent le plaisir de jouer.
Rendez-vous pour la 11e édition !
Nicolas Béniès.

Le Minifest a eu lieu du 29 septembre au 3 octobre 2015 pour sa 10e édition.

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