Livres d’économie pour l’été… et après…

Question de méthode en sciences sociales

Quatre livres, en cette fin d’année scolaire, alimentent un débat nécessaire sur les outils d’analyse d’un monde qui semble de moins en moins compréhensible.
Quand le fer coûtait plus cher que l'or« Quand le fer coûtait plus cher que l’or » permet à Alessandro Giraudo – chef économiste d’un groupe international –, à la fois, de raconter 60 histoires drôles ou pas pour en tirer une morale disait-on dans les fables du bon La Fontaine. Or, il est de mauvaise méthode, pour interroger le monde capitaliste actuel, de faire référence à des systèmes économiques du passé. La différence fondamentale de contexte, de structuration ne permet en rien d’appréhender le monde d’aujourd’hui. Le titre fait allusion aux Assyriens qui payaient le fer huit fois le prix de l’or sans que l’auteur aborde le fait que la sphère de la marchandise était peu développée et l’absence d’une économie monétaire. Entre autres. Il est impossible de titrer des leçons pour le présent.

Séisme sur la planète financeA l’inverse quasiment, Hervé Falciani livre un témoignage sur la corruption qui colle à la définition même du capitalisme à dominante financière. « Séisme sur la planète finance » se situe « au cœur du scandale HSBC », scandale de la fuite organisée des plus riches devant l’impôt. Scandale qui a pris récemment une nouvelle dimension. La direction de la banque a décidé de licencier plusieurs milliers de salariés pour redresses ses bénéfices. La variable d’ajustement est toujours la même, le coût salarial. L’aventure qu’il raconte est une histoire pleine de rebondissement. Un vrai thriller, en même temps qu’un témoignage essentiel sur le monde qui se veut le nôtre…
Michel Husson s’attaque à un slogan cher au Medef : « Créer des emplois en baissant les salaires ? », le point d’interrogation indique la dimension du programme. Il remet la volonté patronale dans son contexte où s’inscrit la nécessité, du fait de la forme du régime d’accumulation, d’augmenter toujours plus le profit à court terme. Politique économique de baisse des charges – les cotisations sociales patronales – et politique d’entreprise de flexibilisation du travail et de hausse du temps de travail en résultent. L’auteur démontre, modèles mathématiques à l’appui, l’inanité de telles politiques pour lutter contre le chômage. Globalement, la baisse de la masse salariale diminue le marché final et ouvre la porter à une surproduction structurelle qui se traduit par des fusions ou des faillites et par la hausse des suppressions d’emplois.
Nature et forme de l’État capitalisteIl fallait bien terminer par l’Etat, point aveugle, trop souvent, de toutes les théorisations. Ce petit livre collectif, « Nature et forme de l’Etat capitaliste », propose des « Analyses marxistes contemporaines ». Analyses d’autant plus importantes que Marx ne propose pas de théorie construite de l’Etat, sinon dans l’« Anti Dühring », bien que le livre ne soit signé que du seul Engels, en proposant cette définition, « capitaliste collectif en idée ». Tran Hai Hac revient sur « Etat et capital dans l’exposé du Capital » pour insister sur sa nature capitaliste, sa forme et ses formes phénoménales, régime politique, gouvernement… Antoine Artous passe en revue les difficultés et discussions présents dans les écrits des années 1960-80 pour dresser une sorte d’état des savoirs et José Luis Solis Gonzalez s’arrête sur « L’État comme catégorie de l’économie politique » pour ouvrir la porte – les deux contributions se lisent en un seul tenant – à Pierre Salama qui se penche sur « L’État et ses particularités dans les pays émergents latino-américains, une approche théorique à partir de l’école de la dérivation ». Il insiste sur les questions de légitimité, sur l’articulation entre États Nations, sur les conséquences de la globalisation qui noie le concept de Nation privant les régimes politiques d’une partie de leur légitimité.
Une leçon de méthode pour appréhender le monde tel qu’il est, pour comprendre la nécessité des « abstractions réelles » pour lutter contre la métaphysique des théories néo-classiques.
Nicolas Béniès.
« Quand le fer coûtait plus cher que l’or, 60 histoires pour comprendre l’économie mondiale », Alessandro Giraudo, Fayard ; « Séisme sur la planète finance, au cœur du scandale HSBC », Hervé Falciani avec la collaboration de Angelo Mincuzzi, La Découverte ; « Créer des emplois en baissant les salaires ? », Michel Husson, Éditions du Croquant ; « Nature et forme de l’Etat capitaliste, analyse marxistes contemporaines », Antoine Artous, Tran Hai Hac, José Luis Solis Gonzalez, Pierre Salama, Syllepse/Mille Marxismes.

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