Du côté des polars.

Vue d’Israël…
liad-shoham-tel-aviv-suspects[1]Tel Aviv, capitale administrative d’Israël, représentative de cette société israélienne avec ses quartiers riches, aisés et pauvres, ses divisions et ses crimes. La ville structure le récit. Une ville omniprésente. Un sentiment qui pénètre le visiteur dés qu’il pose le pied sur le sol de l’aéroport, happé par les questionnaires, les fouilles et le reste.
L’histoire de ce « polar », « Tel Aviv suspects » est sans héros, sans détective privé mais avec des erreurs de jugement et, surtout, la description d’un système policier et judiciaire qui veut des coupables et des coupables présentables. Une volonté partagée par tous les pays.
Le point de départ de ce premier roman de Liad Shoham , un viol. Commis dans un quartier considéré comme tranquille de Tel-Aviv. Qui est le criminel ? Ziv Névo ? Coupable idéal, sans travail, séparé de sa femme et de son enfant, il est arrêté, poursuivi. Il ne veut pas dire ce qu’il faisait dans ce quartier où se trouve le domicile de la procureure, ni quels sont ses liens avec une bande de truands que la police cherche à faire tomber.
Ses silences le condamnent. Un vieil inspecteur, mis sur la touche par sa hiérarchie, Elie Nahoum mènera l’enquête pour le faire innocenter. La fin n’est ni happy ni unhappy, elle est le déroulement de la vie.
Liad Shoham est présenté comme un « as du barreau » et comme tel ses plaidoiries sont quelquefois un peu longues, des tirades qui gagneraient en force si elles étaient moins bavardes. Il faut bien que les avocats méritent leur surnom de « bavards ». Mis à part cette critique, la description de cette société israélienne est réussie. L’auteur fait entrer le lecteur français dans ce monde à la fois familier et étrange de ce pays qui tient par certains côtés à notre vieille Europe avec des traits saillants qui lui sont propres.
Nicolas Béniès.
« Tel Aviv suspects », Liad Shoham, 10/18.

Du côté de l’Indochine…
jc3a9rc3a9mie-guez-le-dernier-tigre-rouge[1]1946, la guerre d’Indochine commence. La Maréchal Leclerc a mené les négociations avec l’Oncle Ho, Ho Chi Min, prenant de haut ce paysan vietnamien. Giap, général de cette armée fantôme, a fourbi sa stratégie durant l’occupation japonaise. Les Vietnamiens ne veulent plus des colons français. Leur lutte contre l’armée japonaise leur a donné le goût de l’indépendance. Leclerc de Hautecloque n’a pas su saisir le message. La Libération de la France aurait dû lui faire comprendre cette aspiration.
La Légion étrangère sera en première ligne de cette guerre perdue d’avance. Une Légion où se retrouve les ennemis d’hier en combattants d’un pays qui veut conserver ses colonies. Ils se feront décimer. Diên Biên Phu est au bout. Une défaite totale.
Une saga qui couvre ces années 1946-1954, vue par Jérémie Guez dans « Le dernier tigre rouge », années fortement marquées par les souvenirs de la seconde guerre mondiale
Deux itinéraires se croisent. Deux hommes figures emblématiques de cette période. Deux figures dessinés par l’auteur pour synthétiser les choix qui seront ceux de cette génération. L’un, Charles Bareuil engagé dans la Légion pour continuer à faire la guerre et servir son pays, l’autre, Botvinnik, seul Blanc de l’armée vietnamienne. Deux hommes qui tirent des leçons de leur engagement dans la Résistance et l’armée. Deux hommes qui ont vécu des drames personnels et qui essaient de régler leurs comptes avec eux-mêmes. Deux hommes aussi qui partagent le goût des armes pour conjurer le désespoir et l’envie de mourir.
Jérémie Guez sait raconter ces histoires dans l’Histoire. Il est bien informé et permet de (re)découvrir ce moment de la décolonisation. Il ne prend pas parti. Il laisse chaque protagoniste développer son point de vue. Sensation bizarre d’être ballotté entre des idéologies différentes liées à des expériences différentes.
L’auteur fait quelquefois preuve d’un peu de pathos, un défaut qu’il devrait gommer.
Le patrimoine qui est celui de la génération de la seconde guerre mondiale a trouvé dans cet auteur – et quelques autres – la possibilité de se transmettre. Ce n’est pas le moindre des mérites de ces polars.
Une dernière critique : pourquoi avoir publié ce roman dans la collection « Grands détectives » ? Ici pas de figure de détective, juste des hommes qui se prennent pour des guerriers et ne sont que des gamins face à des femmes qui savent le prix de toute vie…
Nicolas Béniès.
« Le dernier tigre rouge », Jérémie Guez, 10/18/Grands détectives.

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