L’art du trio jazz

Un trio.

ETEL’art du trio est sans conteste difficile. Comment résoudre la quadrature d’un cercle lorsqu’il s’agit d’un triangle, même si le cercle est le résultat de plusieurs triangles. On tient, peut-être, là le début de la solution. Disons qu’il s’agit de faire tourner la musique, de s’écouter pour reprendre le vol une idée, un thème et créer un univers qui, pour être commun, n’en sera pas moins marqué par chaque individualité. Pour réaliser ce tour de force, il faut une empathie entre chaque musicien et une connaissance – sinon une reconnaissance – de l’Autre, ici des deux autres.
Dix ans de connivence, dix ans de travail en commun font de ce trio ETE, pour Andy Emler, piano, Claude Tchamitchian, contrebasse et Eric Echampard, batterie, un des grandes réussites actuelles. « Sad and Beautiful », leur troisième album, fait référence à Thelonious Monk et à sa composition « Ugly Beauty », une beauté laide ou une laide beauté, un oxymore qui pourrait s’appliquer au jazz tout entier. L’opposition laideur/beauté n’a rien d’évident. Une fausse note peut susciter plus d’émotion que la note juste et la note bleue est une sorte de fusion entre mineur et majeur, entre sale et belle.
Et ces trois là rajoute un grain de ce sel amer et de la terre pour une création qui ne se refuse rien, aucune référence du jazz ou hors du jazz, dans la musique minimaliste, dans le rock ou même dans la musique contemporaine. Une sorte de déambulation dans notre temps, un temps étrange qui mêle, entremêle tous les héritages. Sale et belle ? Une manière de se moquer des frontières. Il reste l’essentiel : la musique.
Nicolas Béniès.
« Sad and Beautiful », Emler, Tchamitchian, Echampard, Label La Buissonne, distribué par Harmonia Mundi.

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