Côté polar presqu’historique

Une mise en abyme.

Mitch Miller, pour son premier roman, a fait appel à une autre Opération Flemingpersonnalité, Ian Fleming pour cette « Opération Fleming » qui mérite bien son titre, à la fois pour la référence à cet auteur connu et pour la manière de mener l’intrigue. Pour mémoire, cet ancien agent secret de Sa Gracieuse Majesté est l’auteur de la série des James Bond, inspiré, comme ceux de Gérard de Villiers, par l’actualité. Les personnages transposés sur l’écran donnent l’impression d’être des marionnettes dans un environnement souvent abstrait alors que ceux de Fleming sont vivants sauf « Bond, James Bond », un alcoolique invétéré suivant les dernières recherches.
Fleming fut donc aussi un officier des forces navales britanniques et un peu espion plutôt à la mode John Le Carré.
Cette double carrière, d’écrivain à succès et d’espion a donné à l’auteur son point de départ. Il écrit donc à la Fleming une histoire pas aussi abracadabrante qu’il le semble sur les relations d’Édouard VII (celui qui a démissionné de son poste de Roi et deviendra Prince de Galles) et de Hitler. L’auteur part donc d’un manuscrit que Fleming aurait laissé, dans un coffre d’une banque irlandaise – en faillite en cette année 2007, année de publication de ce roman aux États-Unis – qu’il a légué à la fille d’un de ses compagnons de voyage, « Chief », Amy Greenberg, une historienne spécialiste du Moyen-Age. Elle sera poursuivie, menacée de mort pour posséder ce document qui fut compromettant.
Un mélange d’histoires vraies, vraisemblables et inventées. Le dessin de la famille royale est noir. Le Prince Philip, qu’on ne sort pas, est lui, aussi soupçonné de sympathies fascistes et le parrain de Fleming, Winston Churchill, cherche à combattre cette volonté de laisser la Grande-Bretagne aux nazis.
Tout se synthétise sur la récupération, possession d’un bout de papier prouvant l’existence de cette collaboration.
Passe ici les affaires d’espionnage des années 60, l’affaire Profumo, les espions soviétiques infiltrés dans les plus hautes sphères de l’administration britannique et le portrait qui retient l’attention d’Anthony Blunt.
En prime deux portraits, celui de Charles Bedaux – l’inventeur du système qui porte son nom, ancêtre de l’intensification du travail -, collaborateur notoire, de nationalité étatsunienne et celui, superbe il faut le dire, de Wallis Simpson, épouse du Prince de Galles.
Au total, le plaisir est total à la lecture du faux manuscrit mais on croit à peine à la poursuite endiablée. Pourquoi diable vouloir récupérer cette enquête alors que quasiment – à l’exception de Philip – tous les protagonistes sont morts ? L’auteur ne présente pas de raisons rationnelles sinon celles qui tiennent à la mort de Lady D…
Nicolas Béniès.
« Opération Fleming », Mitch Silver, 10/18.

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