ANNIVERSAIRE(S)

Deux incorrigibles charmeurs : Camus et Cocteau

L’un aurait eu 100 ans le 7 novembre cette année sans cet accident mortel de voiture le 4 janvier 1960, l’autre a 50 ans. La mort, pour Cocteau, ce 11 octobre 1963 – juste après avoir rendu un hommage vibrant à Édith Piaf tout en faisant son autoportrait -, a été l’empêchement suprême. Il n’a pas pu (re)naître une nouvelle fois.

La figure d’Albert Camus, Prix Nobel de littérature en 1957 qu’il acceptât avec réticence se jugeant « trop jeune » – les commentaires d’époque sont reproduits dans cet ouvrage -, est connue. Trop peut-être. Il est devenu une icône. Pourtant, dans ces curieuses années 1950, vu d’ici, il participe pleinement à un débat nécessaire, l’« engagement » des intellectuels dans le combat de classes ou celui de la libération des peuples.

La guerre en Algérie pose toutes les questions de fond. Camus y répond à sa manière. Individuelle.

Les Œuvres complètes de Camus sont disponibles, en 4 volumes, dans la collection de la Pléiade.

Pourquoi une édition supplémentaire dans la collection Quarto, sous le titre un peu passe partout de « Œuvres » ? Son intérêt est, au moins, double. D’abord par qu’elle entremêle essais philosophiques et romans pour démontrer la « ligne droite » (Jean Grenier) qui est celle que Camus a voulu suivre, ensuite parce qu’elle propose des portraits croisés de cet auteur qui a su susciter la haine comme l’amour, deux faces d’une même médaille qui ne se rencontrent jamais. Une autre preuve émerge de cette confrontation. Le roman, parce que roman, tend à échapper à son auteur ? C’est vrai des premiers comme « L’étranger » et « La Peste » véritables contes modernes.

Jean Cocteau ? Un histrion ? Un feu follet ? Il est loisible de multiplier les quolibets, les insultes qui ne lui ont jamais fait défauts. A commencer par les invectives bretonniennes. Il faut oublier tout ce fatras pour se replonger dans ses écrits, dans ses réalisations : théâtre, peintures, dessins, films. Il a voulu être – et il fut – poète comme il le dit dans « Le testament d’Orphée » même si son film le plus abouti est « La Belle et la Bête ». Il a eu cette capacité de se voir naître, de devenir Jean Cocteau. Il a erré dans de curieux labyrinthes et a voulu à tout prix savoir la réalité cachée derrière les miroirs. Ce cinquantenaire, paradoxalement, continue de déranger. Il ne se laisse enfermer dans aucune case. Le catalogue et l’exposition au Musée des Lettres et Manuscrits, « Jean Cocteau le magnifique » voudraient lui redonner sa place de « Moderne », d’avant-gardiste – même s’il détestait le terme -, de créateur simplement. A juste raison. Un reproche cependant. Cocteau aimât le jazz à la passion – son dessin de Django en témoigne et il s’essaya à la batterie – qui eût sans conteste une influence sur sa créativité. Pourquoi l’ignorer ?

Nicolas Béniès.

« Œuvres », Albert Camus, préface de Raphaël Enthoven, Quarto/Gallimard, 1536 pages ;

« Jean Cocteau le magnifique. Les miroirs d’un poète », Daniel Fulacher, Dominique Marny, Gallimard/Musée des Lettres et Manuscrits, exposition dans ce musée jusqu’au 25 janvier 2014, rens. www.muséedeslettres.fr

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