Le coin du polar de juin 2013

 

Un vrai roman noir…chinois.

Renouveler le genre, du roman noir, n’est pas facile. Il faut savoir se servir de la tradition, la bousculer pour construire de nouvelles fondations. C’est le tour de force que réussit Ma Xiaoquan dans ce « Confession d’un tueur à gages ». Les réminiscences sont multiples pour les amateur(e)s de polar et de romans noirs. Il sublime ses influences en décrivant la Chine d’aujourd’hui, sa corruption mais aussi les échos encore actuels de la révolution culturelle, période troublée dont parle toute la littérature chinoise d’aujourd’hui.

Enfant qui se croit abandonné de ses parents – en fait, ils ont été fusillés, dénoncés par un amant jaloux -, livré au monde de cette jungle capitaliste urbaine, ne trouvant d’autres sources de revenus que devenir un outil de mort et de dévastation. Ce tortionnaire n’est pas antipathique. Il donne ses raisons. Elles ne sont pas irrationnelles. Dans le même mouvement, la Chine qui est décrite n’a rien à voir avec toutes les images d’Epinal qui traînent ici ou là. Les bandes organisées de rapines existent. Le chef peut même, à coups d’achats de voix dans un pays où la pauvreté est prégnante, devenir député du peuple et cadre du parti. Mais il ne faut pas s’attaquer aux bureaucrates locaux sauf lorsque le parti le décide.

La vengeance conduira Xiaolong – Petit Dragon – devant le poteau d’exécution…

J’avais raté ce livre lors de sa première parution aux éditions de l’Olivier, je me rattrape par cette réédition en Points Noirs. Un grand écrivain doublé d’un sociologue.

Nicolas Béniès.

« Confession d’un tueur à gages », Ma Xiaoquan, Points Noirs.

 

Le jazz dans le polar.

Marcus Malte est un spécialiste de l’alliage Jazz/polar. Et pour cause. Sa figure de détective privé est un pianiste de jazz connu sous le nom unique de « Mister », Noir de surcroît, qui décrypte les grilles d’accord tout en poursuivant une quête étrange de la vérité mêlée à l’amour fou, à l’art, à la musique. Il a pour ami – une figure double de détective, nécessaire pour empêcher les émotions de submerger l’enquête – Bob, un sexagénaire chauffeur de taxi, connaissant 17 langues, qui fut autrefois enseignant, représentant la partie raisonnable du duo. « Les harmoniques » – titre de cette enquête – sont bien connues des musicien(ne)s. Jouer un accord au piano, le laisser flotter et, soudain, vous entendez des rêves nouveaux, rêves de notes fantomatiques.

Les souvenirs, les émotions sont aussi des harmoniques. Ils et elles s’emmêlent souvent, indiquant des directions virtuelles sans donner le mode d’emploi pour s’y rendre. Il faut donc faire appel à l’art. A la peinture ici pour appréhender des dimensions étranges, celles de la guerre fratricide, en l’occurrence celle des Balkans.

Marcus Malte dénonce ce monde égoïste qui n’a plus le sens de la fraternité, sentiment qui se retrouve dans le jazz. Vera le savait sans doute. Mister cherche le mystère. Il s’y enfonce par plaisir pour déboucher sur un chantage et des « affaires ». Tapie n’est pas loin…

Marcus Malte fait partie de cette grande famille du polar…

Nicolas Béniès.

« Les harmoniques », Marcus Malte, Folio/Policier.

 

Une peste.

Flavia de Luce a 11 ans. Une enfant surdouée qui s’attaque à ses sœurs, 17 et 13 ans, pour leur faire subir les pires avanies qu’elle prépare dans son laboratoire cependant que son père – veuf et qui chérit le souvenir de sa femme – collectionne les timbres. L’intrigue se développe donc autour de ces timbres-poste rares et chers, qui ont quelque chose à voir avec l’enfance du père, au moment où il était collégien ou lycée. L’action se déroule dans les années 50 mais pourrait prendre pour cadre n’importe quelle autre période.

Flavia mène l’enquête. « Les étranges talents de Flavia de Luce », le titre français ne rend pas compte de l’exergue : « De la tarte à la crème peu importe la cuisson/Si un peu de douceur ne se trouve tout au fond », une sorte de description de cette enfant.

Alan Bradley, spécialiste de Sherlock Holmes à qui il a consacré un livre, 70 ans au moment de l’écriture du livre, a voulu, sans doute, réglé ses comptes avec le monde. Cette fille de 11 ans est effrontée et aussi intelligente que Agatha Christie et Alice – celle du pays des merveilles – réunies. C’est peu dire qu’elle raisonne. Un peu trop. Malgré tout, l’enquête se laisse lire et on peut rire des facéties de cette petite peste.

Nicolas Béniès.

« Les étranges talents de Flavia de Luce », Alan Bradley, 10/18/Grands détectives.

 

 

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