Histoires de chansons françaises.

Le jazz a un tournant, panne d’inspiration de Gainsbourg…

Frédéric Régent poursuit Serge Gainsbourg, dans le volume 2 de cette « Intégrale Serge Gainsbourg et ses interprètes » qui couvre des années étranges 1960 – 1962. Étranges par la nouveauté que représente le « phénomène yé-yé ». Le succès de Johnny Hallyday, des « Chaussettes noires », des « Chats sauvages » éclipsent totalement les chanteurs dits « rive gauche » – à cause de l’emplacement des cabarets où ils et elles se produisent -, la chanson française qui devra, de nouveau, se renouveler. Gainsbourg suivra les rythmes du temps, de ce temps pour faire vivre ses textes.

1960 est, pour lui, une année difficile. Année de panne d’inspiration. Le jazz ne peut plus lui permettre de progresser.Il se trouve engagé dans une nouvelle voie. Le jazz se redéfinit dans le « free jazz » et le modal (voir « Le souffle bleu », C&F éditions) ce qui oblige Gainsbourg à s’interroger lui qui se référait plutôt au jazz dit « West Coast ». Il faut tout revoir…

Il n’empêche, « La chanson de Prévert », hymne aux « Feuilles mortes » – de Prévert et Kosma -, sera un grand succès que Michelle Arnaud chantera comme Catherine Sauvage un peu plus tard. Cette dernière lui consacrera un album. Elle avait du goût, de l’oreille et une ouverture d’esprit qui ne faisait pas bon ménage avec le show biz.

Il écrit pour Juliette Gréco, sa muse qui lui permet de retrouver de l’inspiration. « La javanaise » montera de quoi est fait sa poétique après toute cette année de vaches maigres. Pour subsister, il avait joué dans des « péplums » à la petite semaine dans lesquels il incarnait une même crapule à qui il prêtait ses  traits mais avec tellement de distance que le spectateur se demandait s’il était bien là.

Jean-Claude Pascal fera un succès avec quelques chansons du Serge qui touchera des royalties. Il est toujours mort de trac sur scène. Cette scène qui tourne. Les cabarets sont en train de disparaître pour des scènes plus imposantes, pour des réunions générationnelles – les teens, les ados – réunissant plusieurs milliers d’auditeurs. Quelque chose est en train de germer qui vient de loin, du côté d’une musique ciment de toute une génération, le rock.

Ce sera pour la prochaine fois. Pour ce volume, on retrouvera avec plaisir, Hélène Martin – une grande chanteuse de ce temps – et on découvrira quelques groupes oubliés comme « Les Riff » ou « Les Scarlet »… Et quelques « must » piqués dans les archives…

Pour un travail de mémoire (allié au plaisir) de notre culture, pour jalonner notre histoire culturelle.

Nicolas Béniès.

« Intégrale Serge Gainsbourg et ses interprètes vol. 2, 1960 – 1962 », livret de Frédéric Régent, Frémeaux et associés.

 

 

 

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