Livres en économie

Questions autour de la crise systémique.

Bilan et perspectives de l’économie mondiale.

Comme tous les ans, le CEPII propose son état du monde économique. Cette année, le bilan sonne comme le glas de toutes les illusions de reprise. Le monde s’enfonce dans la crise financière et la récession. Les perspectives sont sombres. Après 5 ans de crise financière – elle démarre dans la nuit du 9 au 10 août 2007 – et 4 ans de crise économique, aucune lueur de sortie. Désormais, même les pays émergents sont touchés par cette crise mondiale. Michel Aglietta se livre à un curieux exercice, une projection à 2030 pour déterminer un chemin de la Chine pour devenir un pays capitaliste développé à part entière. Un dossier sur le commerce international des déchets pour rendre compte de cette nouvelle donne.

« L’Etat du monde 2013 », « La cassure » rejoint cette analyse en démultipliant les terrains. Cette crise est aussi une crise politique, écologique, sociale, culturelle, une crise de la démocratie. « Error 404 », on ne trouve pas ce qu’on cherche, il faut trouver d’autres entrées. Communautarismes et éclatements marquent ce monde. Le système des inégalités est un des responsables de la crise actuelle. Les guerres apparaissent sans fin et le chômage de masse s’installe durablement, les politiques oublient de s’en préoccuper. Les pays semblent attendre la prochaine guerre civile comme c’est déjà le cas en Grèce où a lieu une ratonnade par jour, avec la bénédiction des autorités trop contentes de ces divisions. Un tableau sombre qui laisse percer quelques lueurs dans ces mouvements sociaux étranges venant des Etats-Unis ou des indignés. Ajoutons que les révolutions n’ont jamais dit leur dernier mot.

Nicolas Béniès.

« L’économie mondiale 2013 », Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), La découverte/Repères. ; « La cassure. L’état du monde 2013 », sous la direction de Bertrand Badie et Dominique Vidal, La Découverte.

Un cas d’école, Dexia.

La banque franco-belgo-luxembourgeoise Dexia a connu, en octobre 2011, une vrais-fausse faillite. Elle aurait dû disparaître mais les trois Etats de tutelle ont décidé une nouvelle fois de garantir ses opérations pour éviter un écroulement d’une partie du système financier mondial. L’onde de choc aurait été plus importante encore que la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008. Pierre-Henri Thomas relate cette chute programmée en entomologiste. On pénètre en même temps dans les arcanes d’un système financier tournant sur lui-même sans créer de richesse supplémentaire. En même temps, il rejoint la problématique des deux autres ouvrages faisant de la zone euro l’épicentre de la crise (comme nous l’avions nous-mêmes écrit dans ce magazine). Il parle de « la fragilité génétique de la zone euro », ce qui devrait faire réfléchir tous les gouvernants de cette zone dans les solutions à apporter pour sauver l’euro. Il décrit bien le rôle de ces soi disant gendarmes qui sont autant de pousse au crime… Bref, une façon d’entrer dans le monde barbare et opaque de la finance mondiale.

N.B.

« Dexia, vie et mort d’un monstre bancaire », Pierre-Henri Thomas, Les petits matins.

Remettre à l’endroit…

Philippe Frémeaux s’est donné comme objectif de faire réfléchir sur les idées reçues en matière de métiers, d’emploi et de travail – trois termes qui ne recouvrent pas les mêmes réalités. Les différencier est nécessaire. Vingt thèmes sont abordés. Quelques-uns originaux, notamment à propos des métiers qui seront vraisemblablement les mêmes qu’aujourd’hui dans 20 ans, d’autres moins comme « la pénibilité du travail c’était hier ». La réduction du temps de travail, essentielle pour vaincre durablement le chômage et le stress au travail n’est pas seulement liée – comme le dit l’auteur page 148 – à la crise écologique. Cette revendication est aussi lié à la possibilité de devenir citoyen(ne) à part entière… Un petit livre intelligent qui offre une large étendue de questions non résolues. Il montre que les idées reçues sont simplistes… ce qui fait leur force, même si elles sont fausses.

B.N.

« Vingt idées reçues sur les métiers, l’emploi et le travail », Philippe Frémeaux, Les petits matins/alternatives économiques.

Laïcité, de quoi es-tu le nom ?

En 2003 le débat sur l’identité nationale avait révélé la montée des intégrismes et celle de l’extrême droite. La laïcité revenait au centre des débats avec des significations différentes sinon opposées. Marine Le Pen la brandissait pour stigmatiser les musulmans accusée de tous les maux. Le discours anti immigré avait pris une dimension nouvelle. Sarkozy de son côté voulait revoir la loi de 1905, de séparation de l’Eglise et de l’Etat, pour favoriser l’Eglise. Il était temps de revenir aux sources, de savoir historiquement, géographiquement et surtout juridiquement le sens de ce mot, de ce concept galvaudé. Pour lui redonner sa vigueur, passant par les biens communs, les services publics, la lutte contre les inégalités et pas seulement la mise à la porte des religions. Jean-Michel Ducomte s’est attelé à cette tâche. « Laïcité, Laïcité(s) ? » permet de savoir de quoi on parle. C’est beaucoup en ces temps de confusion. Il est question de citoyenneté, d’Etat Nation et de son possible évanouissement, de contrat social, de vie en commun.

N.B.

« Laïcité, laïcité(s) ? », Jean-Michel Ducomte, Editions Privat, Le comptoir des idées.

Pour mémoire.

Tony Morrison, dans « Home » revient sur la situation des Noirs pendant les années 1950. En 1964, une mobilisation se met en place pour la reconnaissance des droits civiques, pour l’inscription des Noir(e)s sur les listes électorales dans cet Etat du Mississippi – ce fameux Sud des Etats-Unis – où le Ku-Klux-Klan a pignon sur rue, avec ses cagoules blanches. En juin de cette année là, plus de 1000 volontaires se déplacent pour soutenir cette exigence minimum de démocratie, de reconnaissance, de respect. L’extrême droite ne l’acceptera pas. Meurtres – le coupable a été arrêté récemment -, lynchages, arrestations, incendies d’Eglises… la guerre civile battra son plein. L’élection d’un Président noir continue aujourd’hui d’attiser les haines. Certains recherchent des preuves pour montrer que Obama n’est pas né aux Etats-Unis, d’autres pensent qu’il est un intégriste musulman, d’autres enfin que le communisme est à l’intérieur de la Maison Blanche. Il fallait retracer ce combat et le contexte de cette période. Doug McAdam, professeur de sociologie, nous convie à ce travail de mémoire. Ce « Freedom Summer » a laissé des traces profondes. Coltrane, non cité, en fera « Alabama » pour se souvenir de ces quatre enfants morts dans l’explosion d’une Eglise…

N.B.

« Freedom Summer. Lutte pour les droits civiques, Mississippi 1964 », Doug McAdam, traduit par Célia Izoard, Agone éditions.

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