Pour voyager léger…

Cultiver les différences.

Jozef Dumoulin est né en Belgique, travaille en France, a étudié en Allemagne et a eu comme professeur de piano le Britannique John Taylor – qui a lui-même beaucoup entendu Bill Evans. Comme beaucoup de musiciens de sa génération, le rock et la pop ont servi de portes d’entrée dans la découverte du jazz. Cet héritage multiple se retrouve dans ses compositions. Cet album, « Rainbow Body » – Un corps arc-en-ciel -, met en pratique cet art du collage symptomatique de notre temps. Il a troqué le piano pour cet instrument électronique, le « Fender Rhodes », qui peut permettre un bavardage sans conséquence, les notes prenant le pas sur la composition. Il ne tombe pas dans ce piège. Il fait ici la démonstration que cet instrument peut être expressif capable du meilleur lorsqu’il est dressé, orienté vers un objectif. En compagnie de Trevor Dunn, bassiste électrique, capable de faire référence à la mémoire du jazz comme à celle du rock sous toutes ses formes et de Eric Thielemans – le fils, le petit-fils de Toots ? -, batteur plein d’allant, il propose une sorte de voyage dans les musiques d’aujourd’hui qui se souviennent d’hier et voudraient aller vers celles de demain. Dans cet arc-en-ciel, les bleus se détachent, les rouges se combattent et toutes les autres couleurs affichent leurs spécificités. Pourtant, ces compositions – malgré leur apparence – sont sans concession à l’air du temps. Elles essaient de trouver leur place, tout en ne refusant aucune influence, des musiques du monde comme de la musique contemporaine. Une sorte de définition du jazz… Une musique sans nom faut-il le rappeler, à entrées multiples. Jozef – origine polonaise ? Il semble construire l’Europe à lui seul – Dumoulin en propose une…

Nicolas BENIES.

« Rainbow Body », Jozef Dumoulin trio, BEEJAZZ, Abeille Musique distribution.

Le crépuscule d’un monde.

On le sent tous les jours, le monde forgé dans les années 1980 est en train de s’effondrer emportant avec lui les restes de cette société forgée dans les années d’après seconde guerre mondiale. Les arts devraient aussi se métamorphoser, une nouvelle musique notamment devrait naître sur ces décombres. Le jazz en serait-il une des victimes ? Pas impossible. Pour l’heure, il résiste en s’incorporant soit à la musique contemporaine soit aux désormais fameuses « musiques du monde », terme qui ne signifie pas grand chose sinon qu’il existe une culture non écrite aux côtés de l’écriture.

Cette introduction pour présenter un saxophoniste alto qui se veut en même temps issu du jazz – de Charlie Parker que l’on entend dans son jeu comme un peu Ornette Coleman mais ces filiations ne sont étranges que pour ceux qui ferment les oreilles – et Indien, de cette Inde dont il voudrait revisiter la tradition. Curieux collage que celui réalisé par Rudresh Mahanthappa, qui utilise, comme il se doit, le « laptop », l’ordinateur portable.

Pour corser le mystère, il prétend aussi puiser dans le Chant Grégorien, le rock, le hip hop et… Lady Gaga. Rien de ce qui fait notre passé et notre présent ne lui est étranger. Il voudrait être le passeur d’époque. C’est le sens du titre de l’album « Samdhi , crépuscule en sanskrit, soit aussi la période de transition entre deux époques, celle de la destruction à la création. Cette musique est aussi crépusculaire sans être ni forcément triste, ni larmoyante. Au contraire, elle se trouve gonflée de toutes ces références. Elle ne réussit pas pourtant à dépasser ses composantes, elle en reste au collage. Qui peut donner des résultats remarquables. Une musique du temps qui est le nôtre, celui de la destruction que l’on espère créatrice.

Nicolas BENIES.

« Samdhi », Rudresh Mahanthappa, ACT/Harmonia Mundi.

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