Au fil du jazz

Le jazz fait sa rentrée.

 

Le jazz, musique rebelle par excellence, musique-art-de-vivre, fait l’objet à la fois de livres, de films, de festivals. Désormais, cette musique se décline dans des festivals qui fleurissent un peu partout en France. Ainsi Banlieues bleues s’étend de plus en plus pour proposer des concerts découvertes, « Jazz au fil de l’Oise » accueillera Edouard Bineau, un des pianistes compositeur qu’il faut découvrir, qu’il faut entendre – son album « Wared » permet d’en rendre compte -, Alexandra Grimal est une saxophoniste qui vous deviendra essentiel et beaucoup d’autres qui se partageront l’affiche du 4 novembre au 9 décembre. Même le pays d’Ouche – autour de la ville de L’Aigle – s’y met pour la deuxième année,, autour du 26 novembre.

Les livres fleurissent se croyant au printemps. Un Beau Livre d’abord autour de 70 photographies, « Portraits légendaires du jazz », un voyage proposé par Pascal Anquetil qui a classé les musiciens en « Génies décisifs », « Maîtres chanteurs » – qu’il faut aussi mettre au féminin -, « Les virtuoses du bonheur »… Une manière d’entrer dans les bâtisseurs de cette musique. Les photos ne suffisent pas. Elles donnent envie d’en écouter plus. La photo de couverture, celle de John Coltrane, dit bien la volonté de l’auteur de donner envie de connaître le jazz.

Alain Gerber, tombé dans la potion magique, a voulu raconter ses rencontres avec les musicien(ne)s incarnant le jazz. Pour se livrer à l’art subtil et difficile de l’autobiographie supposant de mettre sa vie à distance. Pour ce faire, il a choisi la poésie pour faire rythmer les mots, les strophes, faire surgir un curieux battement d’une batterie imaginaire. « Longueur du temps », dans son ambiguïté dit bien l’ambition de l’auteur.

Michel Arcens a choisi lui de réunir ses chroniques pour faire partager ses « Instant de jazz », avec des photos prises par le producteur Jean-Jacques Pussiau. Un complément du livre de photos de Anquetil.

Deux livres sur Duke Ellington, compositeur de jazz, figure emblématique, créateur d’univers, de mondes. « Duke » est de toutes les époques. Il provoque une admiration sans bornes. Alain Pailler, grand spécialiste de ce monde, se livre à une analyse d’un thème, « Ko-Ko » chargé d’une angoisse pesante, d’une description de New York et d’un moment bien particulier, celui du début des années 40. Comme une somme de tout ce qui a précédé pour ouvrir la porte à un nouveau champ des possibles. Se trouve restitué le décor, social, politique, culturel de ce moment que transcende l’œuvre du maître. Jacques Réda, quant à lui, a voulu considérer « Le grand orchestre », s’arrêtant sur quelques solistes pour se construire une sorte de portrait inversé de Réda. Une écriture superbe, un maniement de la langue française qui laisse pantois et une poésie de tous les assemblages de mots au service de Duke.

Enfin une biographie d’un de ces musiciens oubliés, dont personne ne sait trop quoi faire parce qu’il résiste à tous les classements : « Michel Warlop (1911-1947), génie du violon swing ». Il a commencé par être un concertiste classique avant ses 20 ans, loué par tous ses maîtres. Il découvrira le jazz dans ces années 1920-30 pour tenter l’aventure et abandonner toutes ses certitudes. Il mourra, abandonné, après la guerre. A 36 ans. Le titre du livre de Pierre Guingamp est juste, le génie perce dans toutes ses compositions et ses enregistrements, en particulier ceux qu’il réalise avec Django comme ceux sous son nom pendant la guerre. Il faut l’écouter de nouveau.

Nicolas Béniès.

« Portraits légendaires du jazz », Pascal Anquetil, Tana éditions ; « Longueur du temps » Alain Gerber, « Instants de jazz », Michel Arcens et « Ko-Ko », Alain Pailler les trois chez Alter ego éditions, Céret (66) ; « Le grand orchestre », Jacques Réda, Gallimard ; « Michel Warlop, génie du violon swing », Pierre Guingamp, L’Harmattan.

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