Pour mémoire : « Tina » Brooks

Tina Brooks, Le retour 1.

Blue Note, distribué par EMI, nous gratifie d’une réédition nécessaire pour combler un des vides les plus béants de l’histoire du jazz. Les saxophonistes de cette période, celle où Coltrane commence à régner en maître, sont trop souvent relégués dans les oubliettes. C’est le cas de Hank Mobley actuellement. Ce fut toujours le cas de Harold Floyd Brooks pour l’état-civil, dit Tina pour l’éternité. Ike Quebec l’avait fait découvrir à Lion et Wolff qui avaient décidé de l’enregistrer. Quelques-uns uns de ses albums ne sont jamais sortis à l’époque, pour des raisons indéterminées. Il a fallu attendre que Lourie et Cuscuna sortent un coffret Mosaic pour permettre sa redécouverte, encore que le «re » soit de trop.

Il était né le 7 juin 1932 à Fayetteville en Caroline du Nord. Son frère aîné, Bubba – qui lui joue encore – lui donna ses premières leçons. Il en a conservé sa vie durant une prédilection pour les phrasés issus du Rhythm & Blues, tout en les poussant à leurs paroxysmes. Une façon de lutter contre sa petite taille, dont est issu son pseudo, Tina pour Teeny, minuscule. Il travaillera, à New York, dans des orchestres « Latins » et il en restera aussi quelque chose dans son jeu. Il synthétisera toutes ses influences, sans oublier celles de Lester Young et de Charlie Parker, qui, par l’étrange alchimie de sa personnalité deviendra un phrasé reconnaissable entre tous. Il entrera dans une étrange communion avec le saxophoniste alto Jackie McLean – qui voulait être ténor – à la fois par leur rencontre dans la pièce « The Connection » et par cette même volonté de tracer leur propre chemin. Leur phrasé, à cette époque, est proche du cri, du cri de révolte, du rire libérateur comme du cri de la souffrance la plus brûlante. C’est ce cri là qui nous touche encore aujourd’hui.

La réédition dont il est question, « Back To The Tracks », date de septembre/octobre 1960, et n’avait, justement, pas été édité à l’époque. Pour ce chanteur de rue, Street Singer, il est en compagnie de McLean, et la similitude de leur sensibilité saute aux oreilles. Une sensibilité d’écorché vif. Il fut moins une pour que McLean suive le même destin que Tina. Il disparaîtra dans le flot de ces années 60, de braises – il n’enregistrera plus après 1961, personne ne sait comment il jouait à cette époque -, et mourra le 13 août 1974. Cette réédition est comme un anniversaire…

Nicolas BENIES.

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