Londres loin de la magie

Le traumatisme de la guerre, la vieillesse d’un magicien et celle de la société britannique

Lorsque « Le cabinet de illusions » – titre générique de la série de Jean-Luc Bizien attachée aux pas du magicien Chung Ling Soo alias William Ellsworth Robinson – perd de son mystère, de son attrait, lorsque les yeux du magicien ne s’allument plus à un nouveau tour et qu’il se contente de reprendre ceux du passé, il est temps de prendre sa retraite. Lorsque la société elle-même – vue à travers le Londres de 1918 – se trouve enrobée de sa fin, tous les traumatismes ressortent à commencer ceux produits par cette première grande boucherie mondiale. Des meurtres de prostituées, point de départ qui projette, pour les journaux, le retour de Jack the Ripper – l’éventreur – manière de nier l’existence même de la guerre. « Enquête à Londres, 1918 » baigne dans un climat de fin d’une civilisation allant de pair avec la décrépitude personnelle. La vieillesse est le thème principal de cette fausse enquête qui donne à voir les quartiers pauvres de la Ville.

L’auteur ne fait pas mystère – celui-ci est ailleurs – du coupable, un « gueule cassée » – le français est cynique et sordide – qui cherche une sorte de Graal dans son esprit dérangé. La traque qui s’organise fait agir un couple – habituel en référence à Holmes et Watson – de policiers et le magicien et sa famille d’élection. Un dérivatif à ses problèmes « de couples » du style « plus rien ne va » et « il faudrait faire quelque chose ».
Histoire crépusculaire, personnelle et d’une structuration de la société pour indiquer des portes de sortie difficiles à emprunter, portes qui ne s’ouvrent pas facilement – référence sans doute à Kafka – et il est toujours possible de se tromper de porte. La décision d’une force extérieure comme solution à ces dilemmes ?

Nicolas Béniès

« Le » Cabinet de illusions ; Enquête à Londres 1918 », Jean-Luc Bizien, Éditions Maison Pop