L’Union Européenne dans la tourmente


Des anniversaires qui interrogent l’avenir

L’UE a du mal à faire le bilan de sa construction. Les gouvernements résistent à la manie des anniversaires. Le Traité de Rome a 60 ans et celui de Maastricht 25 ans…

Le 25 mars 1957 le Traité de Rome est signé par 6 pays, la République Fédérale Allemande, la France, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et l’Italie. Ils constituent la Communauté Économique Européenne (CEE) pour construire un Marché Commun, une notion qui veut allier à la fois des réalisations économiques et politiques. La grande réalisation de la mise en œuvre de ce Traité à partir des années 1960 : la PAC, la politique agricole commune qui se donnait pour objectif l’autosuffisance alimentaire de la CEE avec la définition d’un « prix vert » sans lien avec le prix du marché mondial. Les avancées supranationales se mettent en place petit à petit et de manière empirique.
La situation changera en 1972 avec l’entrée de la Grande-Bretagne et des pays de l’AELE – Association de Libre Echange créée par le Royaume-Uni en 1960 en réponse à la CEE – sauf la Norvège qui refuse par référendum et surtout avec un élargissement non maîtrisé à partir de la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989. La revanche idéologique des dirigeants de l’Ouest prime sur l’analyse des conséquences de cette ouverture.

La victoire du libéralisme et ses conséquences.
Cette ouverture s’inscrit dans une contre révolution globale : la victoire du libéralisme qui fait primer la liberté des marchés sur la politique. 1986, l’Acte Unique, synthétisera cette orientation. Trois cent propositions pour arriver à un marché unique le premier janvier 1993. Au lieu de proposer un audit de la réalité de la construction et de s’interroger sur la capacité de l’UE d’aller plus loin, la marche forcée se poursuit. Le 7 février 1992 est signé le Traité de Maastricht dont les dirigeants européens sont tellement fiers qu’ils ont évité de fêter le 25e anniversaire. Ce nouveau traité, inclus désormais dans le traité de Rome, propose une Union Économique et Monétaire avec comme pivot la naissance d’une monnaie unique, l’ECU puis, en 2001, l’Euro. Une monnaie sans Etat était une grande première. La monnaie n’est pas une technique mais un condensé de politique. Les théories néo-classiques montraient toute leur nocivité dans leur incapacité à comprendre le monde. La crise de l’euro, en 2011, allait se réfracter sur toute la construction européenne faute de politiques communes, de constructions supranationales. L’UE reste fondamentalement une union inter-étatique même si on veut nous faire croire le contraire. Si un gouvernement décide de bloquer une décision, il a toute capacité à le faire. Les gouvernants se réfugient derrière « Bruxelles », « la Commission » pour éviter d’avoir à rendre des comptes sur leur politique. La Grande-Bretagne fera la preuve que la politique de réduction des dépenses publiques est une question interne à chacun des pays.
Soixante après, la construction européenne souffre des conséquences du libéralisme et des politiques d’austérité, politique unique qui détruit toute solidarité. L’UE vit une crise de légitimité qui signifie qu’il faut interroger la construction passée pour proposer un projet politique, de société soit une idéologie alternative à celle du libéralisme. Faute de quoi l’avenir est sombre. D’autant que la crise de l’euro n’est pas terminée. La Commission Européenne vient de publier un Livre Blanc sur l’avenir de l’UE en proposant 5 scénarios qui butent tous sur l’incapacité à construire un récit politique pour l’avenir, à dessiner un futur faute d’analyse de la crise systémique du capitalisme.

Pour une autre Europe !
La nécessité d’une Europe reste présente. Économiquement, les deux tiers des échanges se font à l’intérieur de la zone, d’autre part les réponses aux mutations climatiques et à la crise écologique ont besoin de ce cadre supranationale pour être efficaces et finançables. Politiquement, elle reste un horizon pour beaucoup de pays et une possibilité de combattre tous les replis « identitaires », un imaginaire restreint et barbare.
Nicolas Béniès.
NB La revue « Hérodote », pour son n° 164 du 1er trimestre 2017, propose un dossier sur « Menaces sur l’Europe ».

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