Thriller basque.

En(-)quêtes de légendes

Dolores Redondo s’est lancée, pour son coup d’essai dans le polar, dans rien de moins qu’une trilogie dont les deux premières parties, « Le gardien invisible » et « De chair et d’os », ont été reprises dans la collection Folio/policier. Elle a voulu d’abord faire connaître le Pays basque et ses légendes. L’action est située dans la vallée du Baztàn peuplée de créatures mythiques. Dans le premier c’est un Basajauno, mi-ours mi-homme, dans le deuxième un Tarttalo, une sorte de Cyclope, et, dans les deux une sorte de fée rêvée, créature du fleuve, qui indique des directions comme le ferait un rêve freudien.
Son personnage est une inspectrice Amaia Salazar qui revient dans le pays de son enfance, habite chez sa tia, quasiment sa mère, avec son mari, John, sculpteur dans la maison de la tante. On apprendra qu’elle une fille haïe par sa mère qui cherche à la tuer de même que sa progéniture. Dans le premier volet, elle n’arrive pas à avoir d’enfant et, dans le deuxième, elle accouche d’un garçon alors que ce devait être une fille. Histoires de famille, avec ses sœurs, sa mère toujours vivante, son père décédé, une fabrique, le tarot – elle tire aussi les cartes -, la malédiction et les enquêtes qui occupent une place centrale. Elles sont en relation avec son histoire personnelle…

Il arrive que ce soit lassant toutes ces réminiscences du passé. Un passé occulté par la policière pour continuer à vivre et à aimer. Un passé redécouvert petit à petit avec son cortège de tragédies. Les désarrois d’une mère qui travaille sont un peu pesants faute de distance, les désarrois d’une épouse qui tombe sous le charme d’un juge amoureux sont désarmants de naïveté brute mais les intrigues poussent le lecteur à tourner la page. Au total, l’information sur les paysages de cette contrée et ses monstres – surtout les humains – fait vivre les investigations de la « chef » pour faire respirer ce monde absurde qui ne sait plus rien ni de la fraternité ni de l’amour.
La critique reste. D’une manière générale, les « thriller » font la part belle à la psychologie au détriment de l’environnement socio-économique. Les luttes de classes ne sont pas visibles, ni les inégalités entre les groupes sociaux. C’est la loi du genre.
La première enquête tourne autour des meurtres de jeunes filles, la deuxième, plus complexe, autour de la manipulation des esprits par un psychiatre capable de jouer sur les émotions pour conduire aux suicides. Le côté sombre de ce roman. Et actuel…
La dernière partie est parue au Mercure de France, « Une offrande à la tempête », vraisemblablement la fin des règlements de compte avec la mère, le père et le passé pour offrir un avenir au nouveau-né. On l’attend en poche…
Nicolas Béniès.
« Le gardien invisible », « De chair et d’os », Dolores Redondo, traduit par Anne Plantagenet, Folio/policier

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