DICTIONNAIRE

S comme « Shadow banking » ou comme Spéculation.

La « finance de l’ombre », pour parler français, prend de plus en plus d’ampleur. De l’ordre de 75 000 Milliards de dollars suivant le FSB, le Financial Stabilty Board. Ce Conseil de stabilité financière, créé au G20 d’avril 2009, regroupe 26 autorités financières nationales (dont les banques centrales et les ministres des finances), plusieurs organisations internationales et des groupements chargés d’élaborer des normes (dont celles dites Bâle 3), a comme objectif de permettre les coopérations en vue de la surveillance des institutions financières. En clair, proposer des réglementations pour éviter le retour de la crise financière d’août 2007 qui s’était traduite par la faillite de Lehmann Brothers le 15 septembre 2008.

Suivant les chiffres publiés par ce Conseil, le « shadow banking » occupe la première place devant les banques en termes d’actifs financiers aux États-Unis, 25,2 milliards de dollars contre 20,2 aux banques en 2013 ; pour la zone euro, même si la part des banques régresse depuis 2003, la finance de l’ombre, en forte progression, atteint 25,3 milliards de dollars, 35,7 pour les banques. Le rapport souligne que la zone euro est devenue la principale destination des « shadow bankers », juste derrière les Etats-Unis.
Ironiquement peut-être, le FSB précise que le terme « shadow banking » n’a rien de péjoratif en soi, mais propose, pour le prochain G20, de réglementer cette activité. Il la définit comme « une activité d’intermédiation de crédit impliquant des entités situées en dehors du système bancaire traditionnel », en clair, des opérations financières effectuées par d’autres agents que les banques. Ainsi se développent des opérations de crédit d’entreprise à entreprise, très souvent les entreprises de la grande distribution qui possèdent des liquidités prêtent aux autres entreprises, surtout à des PME ou à ETI (Entreprise de Taille Moyenne) à des taux supérieurs à ceux du marché. Un pari risqué. En cas de défaillance, un effet domino est possible.
Font aussi partie de cette finance, les hedge funds, les fonds d’investissement et surtout la titrisation des créances qui représente le « hors bilan des banques », sortes d’opérations invisibles. Il faut se souvenir qu’une des causes de la crise financière de 2007 fut la construction de ces Véhicules d’Investissement Structurés ou ces CDO, Collateralized Debt Obligations, qui a occasionné la crise dite des « subprimes ». Actuellement, la finance chinoise se lance à son tour dans ces « produits dérivés »…
D’autres innovations financières se développent. Les ETF, Exchange Traded Fund, appelés aussi « Tracker » qui permettent de construire un produit financier sur les indices de matières premières ou encore le « gré à gré », contrat entre un financier et un spéculateur pour déterminer un produit financier spécifique qui échappe à toute réglementation et à tout contrôle. Tous ces instruments financiers – ils s’en créent tous les jours -, au regard de la création de richesses, sont inutiles et nuisibles.
Le rapport du FMI, publié en octobre, s’inquiète de cette place de plus en plus prégnante dans la finance internationale de cette finance de l’ombre. Elle s’expliquerait par une « réglementation bancaire plus contraignante » et par la politique monétaire expansive des banques centrales. Il faudrait rajouter le blanchiment de l’argent sale, la corruption généralisée qu’appelle ce système, la survivance des paradis fiscaux et la fraude fiscale. Les riches veulent devenir encore plus riches et s’affranchissent de tout code éthique. Le recul des valeurs de l’intérêt collectif au profit de l’intérêt individuel a comme conséquence un pourrissement de la société.
Les frontières entre finance légale et « shadow banking » sont très floues. Ce sont les mêmes acteurs. Les banques procurent toujours ces produits financiers pour réaliser le bénéfice spéculatif le plus élevé à court terme. De ce point de vue, les « stress tests » mise en place par la BCE ne sont en rien une garantie. Quel que soit le niveau des fonds propres par rapport aux engagements inscrits au bilan des banques, il reste toute la partie immergée de cet iceberg, le « hors bilan ». Une nouvelle crise financière est à nos portes.
Nicolas Béniès.

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