Le renouveau des brass bands

Jazz

Le présent du passé pour creuser l’avenir.

Les fanfares de la Nouvelle Orléans ont fait la démonstration que le jazz n’était pas né dans les bordels – contrairement à une idée répandue par la « bonne » société américaine – mais bien dans la rue. Musique fécondée ensuite par de grands compositeurs au premier rang desquels il faut compter Louis Armstrong.

Le terme « jazz » est conçu en relation avec les bordels, avec le sexe. S’explique ainsi le refus des musicien(ne)s de ce terme péjoratif. Ils préfèrent Musique Classique Noire…

Ces fanfares, comme le rappelle opportunément Jean Buzelin dans le livret qui accompagne ce coffret de 3 CD, « First & Second Line in New Orleans 1990-2005 », ont connu une nouvelle jeunesse grâce au succès des Neville Brothers mais aussi de ces « fanfares nouveau style » comme le « Dirty Dozen »1. Une trilogie qui commence par « La tradition, hymnes, negro-spirituals, Blues », suivi une succession, « Du Dixieland au jazz swing »2 pour se conclure, en guise d’épilogue, sur le « Soul, Funk et mardi gras ». Une manière de vivre au rythme des musiques que la Nouvelle Orléans permet d’entendre. De nouveau aujourd’hui paraît-il.

Il a fallu trouver un producteur capable de prendre le risque d’enregistrer ces Brass Bands modernes, composés de musicien(ne)s de plus en plus jeunes indiquant une vogue, une mode, une vague musicale qui s’abreuve de l’histoire et de la mémoire. Ce fut Gary J. Edwards et son label SONO. Frémeaux et associés a déjà publié son premier album dédié au « Treme Brass Band » qui marquait ce renouveau. La tradition peut continuer à vivre au rythme des pas du « First Line » – les musiciens – suivi par le « Second Line », les parents et les amis qui suivent le cortège, comme le raconte Boris Vian dans ces paradoxales paroles françaises de cette « scie », « When the Saints Go Marching in » réintitulé « Oh quand les saints » et chanté comme il se doit par Henri Salvador. D’après Philippe Baudoin, cité par Buzelin, un gospel composé et signé en 1896 ! Ce n’est pas la moindre surprise de ces enregistrements qu’il faut découvrir.

Une musique joyeuse, dansante, revigorante, vivante venant de ces quartiers qui ont conservé des pratiques qui ne datent pas d’hier – 200 ans dit Buzelin.

Une manière de sauter dans le présent en se servant du passé. Et, pourquoi pas, construire un autre avenir. Katerina est passé par-là. L’année 2005 a vu la destruction de beaucoup de quartiers. Mais les fanfares demeureront !

Nicolas Béniès.

« Treme Brass Band, I got a big fat woman », « Modern Brass Band, First & Second Line in New Orleans 1990-2005 », coffret de 3 CD, livret de Jean Buzelin, Frémeaux et associés.

 

Histoire(s) musicale(s)

Le « punk rock » ? « Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître » chantait déjà Aznavour, mais l’histoire et la mémoire dépassent les générations successives. Le patrimoine se doit d’être conservé. Pour le rendre vivant, chaque génération se doit d el revisiter, de le bousculer pour le reconnaître comme sien. Ce n’est pas un monument, un musé à visiter, mais un abreuvoir où il fait bon puiser, boire, se rafraîchir sans se laisser noyer.

Bruno Blum s’est lancé dans cette aventure avec le concours de Frémeaux et associés.

Il nous propose un coffret de trois CD, « Roots of the punk rock music, 1926-1962 », voulant jouer avec toutes les références. Une sorte de mise en abîme. Dans le livret, il rappelle ce que fut le punk rock. Apparu dans les années 1977, il exprimait la révolte de cette génération face à un monde absurde et incompréhensible qui avait oublié les grandes leçons des années 68-70. Cette jeunesse s’enflammait et critiquait. Le groupe emblématique, les « Sex Pistols », refusait toute virtuosité, prétendant que, spontanément, chacun(e) pouvait jouer d’un instrument. Les conséquences furent quelque fois catastrophiques. Peu importe. Il fallait changer. Démontrer au monde que la génération du temps ne voulait pas faire comme leurs prédécesseurs. Une manière de suivre leur chemin sans les imiter. Les « Sex Pistols » n’ont pas vieilli. Leur musique, même enregistrée – on sait que la révolte comme le swing peut être absent de la bande enregistrée plus encore avec le MP3 qui gomme beaucoup d’aspérité – reste empreinte de liberté révoltée et volontiers sarcastique, ironique et décapante.

Bruno Blum a voulu faire la démonstration que chaque jeunesse a fait preuve de la volonté de creuser ses propres canaux, ses propres voies. Pour ce faire, il a fallu connaître les œuvres des générations précédentes.

Des musiques à la fois datées et éternelles. Certaines vous feront encore danser, d’autres seront des « madeleines » – elles charrient tellement d’émotions, de souvenirs – d’autres encore seront des découvertes. Toutes sont issues de cette révolte nécessaire face à un monde, toujours différent et malgré tout semblable, qui ne sait que susciter exploitation, misère et inégalités. Un monde qui ne connaît que le succès financier où chacun(e) ne peut peser que son poids de monnaie…

Une visite des décennies 30, 40, 50 et un peu 60, dans ces années où on cassa l’Olympia tellement de fois que Vince Taylor – qui se fait écouter ici – ne pourra chanter et mourra isolé dans une chambre d’hôtel.

Cette mémoire musicale fait partie intégrante de notre histoire. Il faut la considérer comme telle. Sans résister au plaisir que ces enregistrements procurent…

Nicolas Béniès.

« The roots of the punk rock music, 1926-1962 » présentées par Bruno Blum, coffret de trois CD, Frémeaux et associés.

1 Les dirty dozen sont un affrontement verbal entre des représentants de deux quartiers – ou de blocks -, à base d’insultes. Le premier qui sort de ses gonds, passe de la violence verbale à la violence tout court, a perdu.

2 Une succession problématique. Le dixieland, forme de jazz traditionnel dont les codes sont figés, survient au même moment que le Swing, soit la période marquée par les grands orchestres, Big Band de 13 à 15 musiciens. La durée n’est plus ce qu’elle était…

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