Reprise ? Fin de la récession ?

La reprise est au coin de la rue1

L’attente de la reprise économique fait office de politique économique et évite les questions sur l’austérité et ses conséquences. L’environnement international, à commencer par ce lui de l’Union Européenne démontre que la crise est loin d’être terminée , que la croissance s’éloigne.

Le gouvernement français, pour des raisons compréhensibles de politique interne, veut croire – et de toutes ses forces – à la reprise. Certains journaux économiques sont moins dithyrambiques qui voient juste la fin de la récession, d’une récession profonde de tous les grands pays capitalistes développés. Seuls les pays émergents donnaient l’impression de ne pas être touchés par ce tsunami à la fois économique et financier.

De quelle reprise s’agit-il ? Sera-t-elle pérenne ? L’économie française est passée d’une prévision de – 0,3% pour 2013 à + 0,3%, une estimation provisoire de l’INSEE. Une bien faible croissance qui ne peut inverser la courbe ascendante du chômage allant de pair avec une précarité croissante et une baisse généralisée du pouvoir d’achat des ménages salariés. Ce petit retournement, qui a provoqué une tonne de commentaires tous imbibés de la croyance dans l’efficience des politiques d’austérité, provient de l’augmentation non prévue de la consommation des ménages, surtout en dépenses d’électricité conséquence d’un hiver long et rigoureux. L’investissement des entreprises, le moteur de la croissance le plus important, celui qui inscrit la hausse de la création de richesses dans le temps, reste atone ou même négatif.

Du côté des pays de l’Union Européenne, le paysage est loin d’être rose. Les Pays-Bas, présenté comme le bon élève, ont rejoint les pays du sud dans la récession qui se poursuit à un rythme certes moins élevé à l’exception de l’Italie qui connaîtra vraisemblablement une baisse plus importante que prévue, – 1,7% au lieu de – 1,3%. Les croyants du libéralisme – comment les nommer autrement, ils font fi de toute réalité, de toute analyse, ils ont la foi du charbonnier – ont fait leurs choux gras de l’Irlande et du Royaume-Uni qui seraient sortis de la récession par une politique d’austérité drastique. Il faut remettre les faits à l’endroit. La profondeur de la récession en 2012 a été sans commune mesure avec celle de l’économie française, plus large. L’augmentation du PIB au deuxième trimestre 2013, +0,4% pour l’Irlande et + 0,7% pour la Grande-Bretagne, est faible au regard de la chute précédente. La politique expansive du crédit de la Banque d’Angleterre, avec la faiblesse des taux de l’intérêt, a construit une bulle spéculative dans l’immobilier qui a « boosté » la croissance. Elle ne durera pas. Au moment où elle éclatera, les conséquences catastrophiques de la politique d’austérité de David Cameron apparaîtront.

Les inégalités dans tous les pays de l’UE, comme aux Etats-Unis, au Japon. En France, la pauvreté est la seule gagnante visible, 8,7 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté – 977 euros par mois – soit 14,3% des Français (chiffres de l’INSEE). Plus encore les pauvres deviennent plus pauvres. Ce système inégalitaire ne peut que se traduire par une chute de la consommation, par une énorme surproduction.

Dans le même temps, cinq ans après la faillite retentissante de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, aucune des causes profondes de la crise financière n’a trouvé de réponses. Elle est latente. Comme la crise de l’euro qui connaît une accalmie. Barroso qui n’a rien vu venir en 2007-2008 exige plus encore de contre réformes, pour baisser le coût du travail, une imbécillité économique en ces périodes de tendance à la récession. Diminuer les déficits publics est un travail de Sisyphe. Les taux d’intérêt mondiaux sont de nouveau orientés à la hausse. Le service de la dette ne peut qu’augmenter impactant le déficit…

La croissance mondiale sera faible. Les pays émergents connaissent un retournement. La crise financière touche l’Inde qui a haussé ses taux de l’intérêt pour défendre sa monnaie et combattre l’inflation avec des conséquences catastrophiques sur la survie de ses entreprises endettées, la Chine connaît une baisse prononcée de son taux de croissance, avec une estimation pour cette année de 7,8% (au lieu des 10% habituellement), le Brésil, L’inde… Le commerce mondial ralentit sa progression…

Voir la réalité en face est un premier pas dans la définition des politiques et pour bâtir un projet d’avenir.

Nicolas Béniès.

1 Citation, un peu revue, du président américain Hoover juste après le krach d’octobre 1929.

Article publié dans l’US mag de septembre 2013

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