Les polars de janvier 2013

Le coin du polar

La législation anti terroriste est contradictoire avec toute la déclaration des droits de l’Homme. Chacun(e) de nous peut-être fiché(e) sans le savoir. L’accusé(e) d’un attentat qualifié de « terrorisme » – où commence et où s’arrête cette définition ? – ou même la complicité présumée peut donner lieu à une arrestation arbitraire et un enfermement dans avocat ni possibilité de se défendre. Alex Berg, journaliste, raconte cette histoire via l’avocate – jeune et brillante comme il se doit – Valérie Weymann. L’Allemagne, comme tous les pays, à voter, après le 11 septembre 2001, cette législation liberticide. Cette « Zone de non-droit » a des zélateurs qui ne se posent aucune question. Des fonctionnaires fossoyeurs de la démocratie. C’est rien de dire que le lecteur y croit.

Ingrid Astier continue sa saga. Après « Quai des enfers » (réédité dans la collection Folio/Policier), « Angle mort » permet de suivre le cours tourbillonnant de la Seine, fleuve charriant histoires, souvenirs et légendes pour dessiner un Paris imprévu. La brigade fluviale n’est pas seule à mener l’enquête après un braquage qui a mal tourné. Le grand banditisme est la vedette de cette intrigue, un grand banditisme très proche de nous. Les sentiments viennent se mélanger à l’intrigue pour dégager des figures, des silhouettes dont on se souvient. Elle donne l’impression de sortir du « cadre » habituel des polars pour parler de ce temps étrange qu’il faut bien appeler le nôtre.

Le conflit israélo-palestinien structure le monde en même temps qu’il représente la quintessence de tous les conflits. « Le poète de Gaza » de Yishaï Sarid – fils d’un député de gauche israélien – est un message d’espoir. Un agent secret, le « je » de ce roman, est chargé d’une mission à Gaza. Il doit entrer en contact avec Dafna, une romancière et Hani, un poète palestinien. Lui, l’interrogateur sans conscience qui a torturé pour découvrir les auteurs d’attentats suicides pour la sécurité des populations, prend petit à petit conscience des droits violés du peuple palestinien. Quelque chose en lui se révolte. Il ira jusqu’au bout de ce calvaire.

George Pelecanos, pour aborder les illusions perdues, a choisi le blues. « Par amitié » est rythmé par la musique des années 1970, années précieuses pour Nick Stephanos redevenu détective privé pour venir en aide à un de ses vieux amis qu’il n’avait pas vu depuis longtemps. On en profite pour visiter les bars de Washington, loin de cette Maison Blanche qu’on ne voit que sur les photos. Toute l’enquête baigne dans ce climat clair-obscur des bleus à l’âme aggravés par l’alcool qui coule dans les gorges et fait couler les êtres humains. C’est rare que le lecteur ne développe pas une empathie avec cet auteur.

F.R. Tallis, docteur en psychologie, est l’auteur des « Carnets de Max Liebermann » une série qui se situe à Vienne (aux éditions 10/18). En changeant de prénom, il passe de Vienne à Paris pour « Les portes de l’interdit », tout en restant du côté de 1873, juste après la Commune de Paris pour une histoire d’envoûtement, à la limite du fantastique. De quoi vus faire dresser les cheveux sur la tête tout en s’informant sur les pratiques religieuses des Caraïbes et sur la prémices de la psychanalyse avec Charcot.

Nicolas Béniès.

« Zone de non-droit », Alex Berg, Editions Jacqueline Chambon ; « Angle mort », Ingrid Astier, Série Noire/Gallimard ; « Le poète de Gaza », Yishaï Sarid, Babel Noir ; « Par amitié », George Pelecanos, Points Policier ; « Les portes de l’interdit », F.R. Tallis, 10/18.

 

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