DICTIONNAIRE

U comme Union Bancaire.

Après l’impossibilité d’aboutir à un accord sur le budget européen pour les cinq ans à venir, le sommet européen du 13 décembre 2012 a abouti à un accord sur la création d’une Union Bancaire à l’échéance de 2014, sans la participation de la Grande-Bretagne. Elle fait bande à part depuis la discussion sur le TSCG, traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance. Le gouvernement britannique ne veut pas perdre ses prérogatives, sa monnaie et son système bancaire où la Banque d’Angleterre est préteur en dernier ressort comme le paradis fiscal qu’est la City. David Cameron, le Premier Ministre, a annoncé un référendum sur la poursuite de l’aventure européenne… en 2017. Une annonce politicienne mais qui montre le renforcement du camp eurosceptique et la poursuite de la crise de l’U.E. Le débat ne porte pas sur la politique économique. Tous ces gouvernements ne voient pas d’autre solution que la politique d’austérité. Elle est drastique au Royaume-Uni. La pauvreté, les inégalités ont progressé…et la récession frappe le pays.

L’Union Européenne (U.E.) n’en finit pas d’innover pour colmater les brèches d’une monnaie sans Etat. Plutôt que de réfléchir sur la construction politique de l’Europe qui passe par la démocratie et l’unification sociale – et fiscale pour éviter les Depardieu -, les gouvernements cherchent à se préserver de la spéculation financière tout en refusant de réglementer ces marchés. La baisse des déficits publics représente toujours le nec plus ultra des objectifs sans voir que cette diminution des dépenses publiques approfondit la récession. Même Olivier Blanchard, l’économiste en chef du FMI, le reconnaît officiellement.

La dette publique de la Grèce, de l’Espagne, du Portugal, de l’Irlande du Sud, de l’Italie a pris des proportions gigantesques conduisant les agences de notation à dégrader la note de ces pays et les taux d’intérêt – à 10 ans notamment – sont restés très élevés malgré une timide baisse récente. Cette dette est liée au sauvetage de chaque système bancaire national. Dans la plupart de ces pays, les grandes banques ont été nationalisées pour éviter leur faillite et bénéficient d’injection d’argent public provenant des « aides » des autres pays de la zone euro via le FESF (Fonds Européen de Stabilité Financière).

L’opération « Union Bancaire » a un premier objectif. Eviter le gonflement de la dette publique en « recapitalisant » – prêter des liquidités – directement aux banques, sans passer par la case « Etat » via cette fois le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) qui devrait prendre la place du FESF. Dans le même temps, la BCE se voit confier la tache de superviseur des grandes banques de l’UE, à l’exception de celles de la Grande-Bretagne et des banques allemandes dépendantes d’un Länder comme des Caisses d’Epargne. Au total, 200 grandes banques, sur les quelques 600 possibles, devraient être supervisées par la BCE. Ses pouvoirs iraient jusqu’à pouvoir décider de la mise en liquidation d’une banque.

Les traités sont bafoués. La BCE change de définition tout en restant indépendante de tout pouvoir politique. Comme elle n’est pas préteur en dernier ressort contrairement à la FED – l’Institut d’émission américain – ou la Banque d’Angleterre, elle ne peut pas prendre en charge les déficits publics ni même avoir une action sur l’ensemble du système bancaire européen. L’euro est une monnaie privatisée dépendant d’une Institution qui n’a aucune légitimité. Si l’euro continue d’être apprécié sur les marchés financiers c’est en fonction de la faiblesse du dollar. L’Union Bancaire ne sera pas à même de résoudre les questions fondamentales de la construction européenne, construction minée de l’intérieur.

Nicolas Béniès.

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