Le « choc pétrolier » ? Des crises multiples sans réponse et… sa,s analyse
Le monde est en ébullition et sur un sol de plaques tectoniques. Les déstructurations massives sont autant géopolitiques, que climatiques, économiques, sociales, politiques directement au niveau de chaque État en terme de crise de légitimité. Les restructurations sont fragiles et toujours remises en cause pas seulement à cause des foucades de Trump – qui ont tendance à mettre un peu plus de désire dans le désordre ambiant – mais surtout parce que les sociétés n’ont plus de boussole. Le dit néolibéralisme des années 1980 n’a pas été remplacée par une autre théorisation. Mis à part l’invention d’une nouvelle catégorie, les libertariens, dont la doctrine se résume dans le « laisser faire » jusqu’au boutisme et vise la destruction de l’État réduit à une simple bande armée – ont-ils lu « L’État et la révolution » de Lénine ? – en prônant la déréglementation totale. Millei et Trump en sont les représentants les plus en vue. Dans cet ordre d’idée, seul compte le rapport de forces et oblige à désigner un chef, un autocrate, un monarque de droit divin qui met la démocratie sous toutes ses formes au magasin des accessoires, aux oubliettes de l’histoire.
La guerre déclenchée par Trump et Netanyahou contre l’Iran s’inscrit dans ce dispositif Seule la guerre put résoudre les problèmes, l’affirmation de la force soumet les populations à la loi du plus fort. Trump a oublié d’envisager – sans parler de prévoir – les fins possibles, la capacité de résistance d’un régime sans tête . Sur de sa force et de la puissance militaire de l’économie dominante, il n’a pas compris la force du faible, sa résilience et sa tactique intelligente dans l’utilisation de ses moyens limités. Dans un contexte politique de décomposition du gouvernement et la place prépondérante semble-t-il des gardiens de la révolution. Un pouvoir sourd aux pertes humaines et aux destructions qui visent les quartiers les plus pauvres de Téhéran. Et… continue de pendre ses opposant.e.s ou considérés comme tel.
L’Iran a décidé de profiter de sa position de vainqueur virtuel pour jouer un rôle central dans cette partie du monde. Dans un premier temps, l’absence de réactions de l’Arabie Saoudite ou des Émirats validait cette ambition. Mais l’enlisement de la guerre, l’absence de solutions diplomatiques – son impossibilité même tant les positions des;deux parties sont irréconciliables – ont changé la donne. Au Yémen, les Houtis en ont profité pour réactiver la guerre obligeant l’Arabie Saoudite à intervenir. Les Émirats Arabes Unis seront à leur tour obligés d’entrer dans la guerre.
Le blocage du détroit d’Ormuz a réactivé la guerre, Trump refusant d’avouer la défaite de son entreprise.
Cette guerre est une introduction. La stratégie aveugle de Trump, la réponse des Pasdarans enflamment d’abord le Moyen-Orient. Le gouvernement d’extrême droit israëlien est sur la touche. Sa stratégie de destruction de ses ennemis, tous liés à l’Iran a échoué. Trump a besoin, pour ses alliés, l’Arabie Saoudite en particulier, d’un règlement partiel, temporaire vraisemblablement à Gaza et en Cisjordanie qui passe par le désarmement du Hamas et le retrait de l’armée israélienne de la bande de Gaza. Tous les pays du Golfe entreront peu ou prou dans la guerre malgré leur réticence, non pas pour des raisons principalement liée au pétrole mais à la survie de leur régime et à leur capacité d’être la puissance dominante dans cette partie du monde.
L’Ukraine est entré à son tour dans ce conflit en fournissant des drones et un appui contre l’Iran, allié de Poutine. La logique de la guerre entraîne le gouvernement ukrainien à soutenir Trump pour être ravitaillé en armes et munitions par les États-Unis. Un conflit localisé géographiquement, la libre circulation dans le détroit d’Ormuz a désormais une dynamique mondiale. L’Union Européenne y sera impliquée par son soutien à l’Ukraine. L’interpénétration des conflits est une réalité. Trump, l’Ukraine un nouvel axe « du Bien » contre l’axe du « Mal, Russie/Iran ? Si c’est le cas, les pays d’Europe seront engagés directement dans la guerre.
Curieusement le conflit USA/Chine reste confiné au commerce et à la course pour la domination du secteur de l’IA.
A chaque péripéties de la guerre, à chaque déclaration de Trump, les marchés financiers ont surréagi soit à la hausse, soit à la baisse notamment sur le marché pétrolier. Les marchés des matières premières dans leur ensemble sont restés orientés à la baisse. Les effets profonds et mondiaux du dérèglement climatique de juin-août risquent de changer la donne.
La guerre, ses interactions probables n’ont pas été analysées. Les commentaires sont restés collés aux apparences : l’augmentation du prix de baril de pétrole sur les marchés financiers et ses répercussions sur le prix à la pompe pour les consommateurs comme pour les entreprises. Le gouvernement est intervenu pour limiter les effets de cette hausse tout en priant Total de faire un effort pour limiter la hausse.
Comme souvent lors d’un basculement, la recherche d’une explication simpliste est avancée. Celle avancée est celle du « choc pétrolier », une notion qui a une histoire.
Le baril de pétrole, au début de la guerre après le 28 février 2026, est passé d’environ 70 dollars à 120 dollars. A chaque perspective de réglementent, d’accord pour mettre fin à la guerre, le cours du baril a baissé montrant son aspect largement spéculatif.
Rappelons que e baril de pétrole est coté sur un marché à terme à 3 mois ou 6 mois et exprime les prévisions des opérateurs. La crainte d’une guerre longue qui resurgit provoqu,e1 à chaque fois, logiquement la hausse. Cette hausse se trouve démultipliée par la spéculation habituelle sur les marchés financiers expliquant une explosion sans rapport avec la situation réelle.
Avant le déclenchement de la guerre, le marché pétrolier se trouvait en surproduction. Les cours baissaient quelque soit le type de pétrole. Pour y faire face des tactiques différentes sont proposées : l’Arabie Saoudite – qui domine l’OPEP, organisation des pays exportateurs de pétrole, créée en 1960 – et les Émirats Arabes Unis qui ont quitté l’OPEP. Les premiers veulent des quotas pour augmenter le prix du baril, les autres, conscients que le pétrole n’a pas d’avenir, préfèrent jouer la baisse, du coté de 50 dollars, pour alimenter rapidement leur fonds souverain et diversifier leurs investissements. 2
Logiquement cette hausse n’aurait pas dû avoir d’effets directs sur les prix des dérivés du pétrole, les grandes compagnies – comme Total – avaient des stocks. En répercutant un prix futur du baril
ces firmes ont réalisé des superprofits gigantesques provoquant une onde de scandale. L’imposition de ces superprofits fait partie d’un minimum de justice sociale mais se heurte aux structures de ,la firme qui s’américanise de plus en plus pour échapper aux réglementations européennes. La famille Trump s’est aussi enrichie, le Président se jouant des marchés à coups de déclarations, certaines dénuées de tout fondement, pour faire réagir les marchés. C’est proche de l’insider trading, le délit d’initiés. Ce yo-yo ont aussi enrichi les négociants, domiciliés en Suisse, ceux qui achètent pour vendre ou l’inverse.
Malgré le blocage – total ou partiel – du détroit d’Ormuz où passent 20 % des échanges de pétrole ainsi que d’autres productions dont les engrais, la surproduction du pétrole reste une donnée structurelle.
La hausse des prix des dérivés du pétrole s’est traduit dans tous les pays capitalistes développée par l’augmentation du niveau général es prix – l’inflation – tant il est vrai que les superprofits des uns sont des super coûts des autres. Le marché final, celui des consommateurs, déjà pas très vigoureux faute d’augmentation des salaires et des suppressions d’emplois dans beaucoup de secteurs particulièrement en France et en Allemagne, s’est orienté à la baisse. La seule bonne nouvelle tient dans le renforcement des investissements dans les énergies renouvelables.
Le « choc » est contestable d’abord pour des raisons internes aux marchés pétroliers. Les hausses, pour brutales qu’elles aient été, même à plus de 100 dollars n’ont pas transformé en profondeur la production pétrolière. Même de ce point de vue le « choc », si choc il y a, est à venir. Les marchés0 des dérivés, issus des raffineries, répondent à d’autres contraintes techniques et économiques , notamment pour le diesel.
Un peu d’histoire économique
En 1973, la situation géopolitique mondiale est marquée par la défaite des États-Unis au Vietnam, même si la guerre ne sera officiellement terminée qu’en 1975. Un nouveau rapport de force s’instaure dont l’OPEP va profiter pour exiger le quadruplement du prix officiel du baril. Prix officiel ? Traduction : le marché pétrolier est dominé par un cartel de sept grands compagnies qui sont propriétaires des infrastructures, des pipe lines, des tankers, des raffineries et des pompes. Autrement dit le marché est à inventer. Un marché c’est le lieu de la rencontre entre l’offre (la production) et la demande (les acheteurs, les consommateurs), que ce lieu soit abstrait ou concret. L’offre ne rencontre jamais la demande sauf pour les dérivés du pétrole – le prix à la pompe.
Aux pays, la seule propriété est celle du sous sol que les grandes compagnies – certaines ont été créées par des États comme en France Elf-Erap, ancêtre de Total – n’ont pas le droit d’acheter. Ils bénéficient de ce fait d’une rente soit une partie du profit. Ces « royalties » pour donner un nom à ces rentes, ont besoin d’une assiette négociée pour calculer leur montant. L’OPEP et les grandes compagnies se mettent d’accord sur un prix fictif, le prix officiel. Les royalties sont ainsi, en 1973, multipliées par 4, amputant d’autant le profit des compagnies pétrolières sans incidence directe, dans un premier temps, sur le prix du baril. Pour maintenir le niveau de profit les compagnies augmenteront le prix des dérivés du pétrole.
Le résultat non prévu de cette hausse, sera la recherche de nouveaux gisements pétroliers, pour affaiblie l’OPEP et diversifier les approvisionnements. La Grande-Bretagne en mer du Nord, le Mexique deviendront des pays producteurs de pétrole « hors OPEP » déstructurant totalement le marché oligopolistique par la création d’un marché « libre » à Rotterdam du baril.
Fin 1974, Giscard, président français qui vient d’être élu après la mort brutale de Pompidou, popularisera le « choc pétrolier » pour expliquer la conjoncture inédite qui secoue l’économie de l’ensemble des pays capitalistes développés, la récession – la première depuis 30 ans – et l’inflation qui reste à un niveau élevé. La « slumflation » terme plus juste que « stagflation » en français, la conjonction inédite à ce moment là d’une baisse du PIB et d’une inflation élevée qui perdurera.
C’est un tournant pour l’économie mondiale, la récession signe la fin de la période dite des « 30 glorieuses ». La prise de conscience de cette réalité sera occultée par la mise en avant d’un choc pétrolier qui, en tant que tel, a peu de répercussions et sur la baisse de la croissance et sur l’inflation.
L’INSEE, pour montrer le décalage entre la réalité et l’analyse, +fera paraître « la fresque historique du système productif français » en 1979. L’Institut démontrait que la récession, de l’épuisement des facteurs qui avaient permis la croissance continue des pays développés – à l’exception des États-Unis qui continuaient à connaître des cycles cours de récession et de croissance – pendant trente ans. Pour parler autrement, une grande crise qui rebattait toutes les cartes, l’ancien monde était fini, il n’en restait que des traces et une organisation du monde qui commençait à être obsolète.
Le régime d’accumulation – appelé « fordiste – était du passé, que le capitalisme devait inventer une nouvelle forme, un nouveau régime d’accumulation, de création de valeur pour continuer le processus d’accumulation.
Le « choc pétrolier » dissimulait l’entrée dans une nouvelle période du capitalisme. La récession généralisée et synchronisée – à un trimestre tous les pays développés, les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, La France, le Royaume-Uni, l’Italie et le Canada entre en récession qui touche surtout la production industrielle.
Il fallait une révolution, ce sera celle menée par Thatcher et Reagan contre la classe ouvrière et ouvrant la voie à un régime d’accumulation à dominante financière, la finance imposant à l’ensemble de l’économie ses critères de court terme, de maximisation du profit et de dictature de l’actionnaire le tout dans une croissance diminuée de moitié par rapport à la période précédente. L’accumulation du Capital restait faible ouvrant la porte à des crises successives, dans un environnement marqué par une mondialisation agressive et la formation de firmes multinationales aux pouvoirs économiques et politiques étendus.
La crise de 2007-2008, retour du choc pétroliers
Ce nouveau régime d’accumulation allait connaître une crise systémique profonde en 2007-2008, krach financier, faillites bancaires, récession… tout l’édifice s’écroulait et d’abord l’ossature : les marchés financiers. La déréglementation financière a permis une augmentation exponentielle des titres – la « titrisation soit la multiplication des fonctions de financement et de spéculations via la création de « papier » commercial – via la désintermédiation, la banque n’étant plus l’intermédiaire financier obligé.
Là encore, c’est l’épuisement rapide des facteurs qui ont permis la croissance qui est à l’origine de la chute. La mise en perspective de l’INSEE (ou d’un autre institut) pour faire comprendre aux dirigeants politiques la profondeur de la crise n’a pas été tentée. Les gouvernements ont continué comme avant alors que le système n’était plus capable de créer de la valeur, que les conditions d’une reprise de l’accumulation du Capital n’étaient pas réunies. Il fallait une nouvelle révolution interne au capitalisme.
En 2008 la récession profonde qui touchait surtout les pays européens, siquait la fin de ce régime d’accumulation. Moraliser les marchés financiers avait déclaré avec emphase Nicolas Sarkozy, l’alors Président de la République … pour ne rien faire. La régulation de ces marchés apparaissait comme vitale pour retrouver le chemin de la croissance, pour orienter les capitaux vers des priorités essentielles pour le bien être des populations en définissant une nouvelle industrialisation reposant sur la lutte contre la crise climatique, investissements qui font la preuve de leur absence dans le contexte des canicules et des incendies de l’été 2026. Ainsi, par exemple, Le Monde daté du 31 juillet titre »L’industrie européenne très peu préparée face aux crises climatiques »…
Les États, sous la pression des privilégiés du système, l’ont fait perdurer. Pourtant, la croissance – un indicateur essentiel de la dynamique de l’accumulation du Capital – allait encore diminuer par rapport à la période précédente. Laisser faire, poursuivre la même politique dite néo-libérale ont été l’apanage des gouvernants pour arriver à un véritable choc, traumatique, celui de la pandémie. L’arrêt brutal de toute activité a permis une brutale prise de conscience : un monde hypermondialisé et financiarisé dans lequel les États avaient perdu leur rôle prédominant au bénéfice des firmes multinationales et des marchés financiers surpuissants.
Pour les pays européen – à l’exception de l’Allemagne – et les États-Unis notamment la désindustrialisation est apparu comme une perte de puissance et de souveraineté, alors que la politique suivie a été la construction de géants français – ou d’autres pays – sur la scène internationale. La réindustrialisation est devenue un thème de campagne de solution globale et radicale passant par la nationalisation de secteur-clés – à l’image des réalisations en 1945 – et une planification pour orienter les investissements Les gouvernements ont continué à s’enfermer dans des politiques de baisse des dépenses sans s’interroger sur les dimensions des crises vécues, autant de limites à l’accumulation du capital. Seuls les États-Unis et la Chine ont mis en place des politiques pour réindustrialiser en ce qui concerne le premier et pour industrialiser à marche forcée via la planification pour le deuxième qui a profité de la crise sanitaire pour rebattre les cartes de la mondialisation, sans la remettre fondamentalement en cause.
Un choc exogène ne peut servir d’explication aux contradictions de l’accumulation du Capital, à ses crises dont les ressorts sont internes, endogènes.
Pour aujourd’hui
Le « choc pétrolier » refait son apparition dés le déclenchement de la guerre le 28 février 2026.
Comme pour les conjonctures précédentes il cache la réalité de la récession actuelle qui touche surtout les pays d’Europe via la crise industrielle profonde de l’Allemagne, du Japon… Les États-Unis et la Chine, qui affichent des taux de croissance relativement élevés bien qu’en baisse réussissent à exporter leur surproduction grâce à leur position dominante. A l’intérieur de l’Union Européenne, les économies françaises et allemandes, en panne de croissance pour des raisons différentes indiquent la nécessité de nouvelles politiques économiques rompant avec le credo de la baisse les dépenses publiques pour diminuer les déficits publics et la dette. La baisse du coût du travail, dogme toujours répété, ne fait qu’enrayer la baisse du profit qui a de de plus en plus de difficultés à augmenter davantage. Ce « toujours moins »3 provoque la baisse du marché final, gèle les investissements et toute vision d’avenir. La remise en cause du système de protection sociale entre dans cette logique folle qui approfondi les inégalités et augmente la pauvreté. D’un autre côté, comme le titrait Le Monde du 25 octobre 2025 : « Défense : l’argent public coule à flots » sans déterminer une stratégie lisible des pays européens, sinon de se servir des dépenses militaires pour restructurer son industrie, pour l’Allemagne sans vision à long terme. Le poids des marchés financiers est aussi sensible dans ce secteur. La plupart des grandes entreprises sont cotées et doivent répondre aux contraintes des marchés financiers, augmentation du profit à court terme. Or les commandes de ces entreprises sont étatiques d’une part et ce sont les États qui déterminent les stratégies et le type de production. Qui supposera un débat pour déterminer le type d’armement dont chaque État, chaque groupe d’État a besoin en fonction des dangers déterminés.
Économiquement, en deçà de ces débats d’orientation, les dépenses militaires sont considérées comme improductives : elles ne créent pas de valeur supplémentaire, elles ne font pas partie du monde de la marchandise . Keynes les considérait comme une possibilité de lutter contre la surproduction. (Question délicate : d’une part, impératif du réarmement européen face à la menace russe et le repli US, d’autre part, en quoi les industries européennes peuvent répondre ? et quels effets sur l’économie réelle et la société?) ne s’accompagnant pas d’une augmentation de la production de marchandises. Ainsi, le marché final pouvait progresser. La contrepartie c’est la montée de l’inflation provoquée par la hausse de la création monétaire sans création de richesses nouvelles.
Dans ce contexte l’INSEE prévoyait un taux de croissance du PIB en légère baisse en 2026 par rapport à 2025 (0,9 %). Erreur mise en évidence par l’Institut lui-même. Ce sera -0,1 %, de décroissance du PIB, un début de récession, pour le premier trimestre de l’année 2026 soit avant les effets de la guerre trumpienne en Iran. L’économie allemande, quant à elle, n’arrive pas à sortir de sa profonde crise industrielle. Les deux pays affichent, pour le deuxième trimestre de 2026, +0,2ù qui ne peut faire illusion. Les conséquences de la canicule, des incendies pèseront sur la croissance future de l’ensemble des pays comme des échanges mondiaux.
Partout, sauf en Espagne pour le moment, les faillites, restructurations, suppressions de postes – les patrons essayent même de contourner les plans sociaux pour licencier plus facilement – se multiplient. La surproduction est le lot de tous les secteurs. Un indice : des capacités de production inemployées. Dans l’industrie automobile, Stellantis, pour ses usines françaises, s’est trouvée obligée, pour rentabiliser ses investissements, de les partager avec des concurrents chinois qui cherchent s’imposer sur le marché européen pour faire face à leur propre surproduction. Orientation refusée par Volkswagen qui préfère supprimer massivement des emplois et fermer des sites.
Un autre indice de la surproduction est fourni par le nombre et les montants inhabituels des fusions-acquisitions – la « croissance externe » pour les entreprises – qui atteint, au premier semestre 2026 2900 milliards de dollars, en hausse de 42 % .4 Elles révèlent que l’augmentation du marché final est trop faible pour absorber des nouveaux investissements.
Tous les secteurs, soit dans l’ancienne économie, le bâtiment, l’automobile… ou la tech dépendent des entreprises de l’Intelligence Artificielle (IA). La construction des Data Centers dont a besoin cette industrie permet à beaucoup d’entreprises d’avoir des commandes. Un mouvement de contestation, parti des États-Unis, se dresse contre ces centres qui absorbent beaucoup d’eau et d’électricité et qui détruisent l’environnement aggravant la crise climatique.
Ces firmes puissantes à commencer par celle d’Elon Musk, SpaceX, Amazon, Meta, Open AI, Nvidia, Mistral (pour la France), Oracle pour ne citer que celle-là annoncent des emprunts à hauteur de 500 milliards de dollars en 2026. Le marché obligataire, pour l’instant répond présent en exigeant une prime supplémentaire qui renchérit le montant des intérêts à verser.5 « La maison mère de Google a placé pour plus de 60 milliards de dollars cette année quatre fois plus qu’au cours de ses 26 premières années », quand aux obligations émises par SpaceX « les titres aux échéances les plus lointaines (20 et 30ans) ont nettement décroché. »6
Les géants de l’IA ont besoin de ces investissements pour remporter le trophée et imposer leur loi sur l’ensemble du monde. Ce n’est pas la conquête de la planète Mars – une utopie – qui motive Musk mais d’être le maître du monde en s’appuyant sur l’extrême droite politiquement et en privatisant à son profit l’État américain. La référence à la doctrine libertarienne soit la suppression de toutes les réglementions sans stratégie étatique – celle du Capital en général, l’intérêt de la classe capitaliste – est le fond commun de tous ces partisans d’un pouvoir autoritaire… pour s’enrichir à coups de prédations à l’image de Trump et de sa famille. Une tendance qui risque d’assécher les possibles créations de richesses – de création de valeurs nouvelles – et de déstructurer l’environnement faute de dépenses collectives vitales pour la survie de la Terre.
Ils ne seront pas tous sur la ligne d’arrivée. Les disparitions par faillite ou par rachats seront le lot commun. C’est la raison pour laquelle ces firmes sont obligées d’investir massivement. Le pari est dangereux. Actionnaires comme obligataires pourraient y perdre leur mise. Les fonds de pension, l fameuse retraite par capitalisation pourraient voir fondre leur capacités à payer les retraites et les fonds d’investissement obligés de vendre en catastrophe… Beaucoup d’épargnants, petit et grands, estiment que l’État ne laissera pas ces grandes entreprises disparaître mais il n’est pas sur qu’il en ait, désormais, les moyens.7
Toutes ces entreprises dépendent du marché obligataire – l’endettement – et la concurrence avec les États, tous endettés à commencer par l’américain, est féroce. Devant les désordres géopolitiques, les incertitude renforcée, les énormes besoins de financement les taux d’intérêt sont durablement à la hausse. Le taux de référence, le taux de l’intérêt, à 10 ans, augmente dans tous les pays. Il se monte à 4 % pour la dette publique française, 5 % pour la britannique, plus de 3,5 % pour l’allemande et progresse aux États-Unis. La dette publique américaine, phénoménale, suscite de profondes inquiétudes quant à la capacité de l’État de répondre aux crises. L’orientation de l’épargne vers les bons du trésor américains, détenus aussi par la Chine et les pays de l’UE, se traduira vraisemblablement par une moindre appétence pour des comportements spéculatifs sur les marchés financiers qui risquent, de ce fait, l’asphyxie faute de carburants .
Dans ce monde décentré ou à plusieurs centres, le dollar subit une crise de confiance, politique. La guerre des monnaies commencée en 2022 se poursuit. La Chine veut faire du Yuan une monnaie de réserve et, pour ce faire, continue d’acheter de l’or comme d’autres États pour se préserver d’un décrochage possible du dollar. Les cours de l’or ont certes chuté de 25 %, à 4000 dollars l’once d’or – en janvier 2026 ils avaient atteint 5600 dollars – mais reste élevés en fonction de ces achats moins spéculatifs. Achats d’or qui dépendent plus d’une lutte pour le leadership mondial entre la Chine et les États-Unis. La guerre des monnaies – le Yuan a déjà dépassé l’euro dans les échanges mondiaux même si le dollar reste dominant – révèle des changements dans les rapports de force mondiaux.
La spéculation s’est aussi un peu tarie sur le terrain des crypto monnaies. La plus importante d’entre elles, le bitcoin a perdu plus de 50 % de sa valeur par rapport à son plus haut. Quelques-unes de ces monnaies, dont celle créée par Trump se sont écroulées faisant perdre leur mise à tous les épargnants qui avaient fait confiance au Président qui a empoché des sommes importantes.
Le nouveau directeur de la FED nommé par Trump a décidé de sa priorité – la même que celle des autres banques centrales – lutter pour la stabilité des prix contre l’inflation en augmentant les taux d’intérêt à court terme. La cible est la même pour tous les banquiers centraux, qui se sont réunis début juillet 2026, 2 % d’inflation.8 La récession, au mieux la baisse de la croissance, est au bout de cette décision basée sur une analyse dépassée, celle de l’inflation de la fin des « 30 glorieuses ». Le monde a besoin de création monétaire pour répondre d’abord à la crise climatique.
La montée des prix actuelle est le résultat de la guerre- pas seulement celle avec l’Iran, l’Ukraine bien sur et les conflits partout dans le monde -, de la crise climatique dont les effets sont attendus dans un environnement marqué par la surproduction. Augmenter les taux d’intérêt à court terme – les banques centrales n’agissent qu’à ce niveau – c’est prendre la proie pour l’ombre en portant le regard uniquement sur les prix sans prendre en compte l’essentiel, lutter contre la surproduction, orienter les financements vers la construction d’une économie qui voudrait répondre aux besoins collectifs essentiels. Augmenter les taux, c’est jouer les rétrécissement du crédit dans une société qui en a besoin pour que les générations futures puissent vivre.
La croissance de l’économie mondiale, les chaînes de valeurs des entreprises multinationales – la mondialisation – est passée, suivant l’OCDE, de 16 % en 2008 à 17 % du PIB mondial en 2024, dépendent de plus en plus dee industries de l’IA ; Par exemple, la croissance de Taïwan, 12,9 % au deuxième trimestre de 2026, s’explique par les exportations de semi conducteurs principalement. vers les États-Unis.9 L’interdépendance des économies capitalistes développées renforce la possibilité d’une crise financière mondiale aux effets récessifs profonds.
A l’exception, peut-être de la Chine. L’OCDE note qu’entre « 2011et 2024, la Chine s’est détachée progressivement des importations de composants étrangers au profit d’une production nationale »10 ainsi les chaînes de valeur sont nationales. De plus, elle a tendnace à imposer son modèle d’IA dit éouvert » face à celui de la Silicon Valley et bouscule « le modèle économique des géants occidentaux ».11 dans cette course à la puissance la Chine – qui ne s’investit pas dans les conflits, officirllement du moins – semble avoir pris de l’avance en se coupant de manière limitée du marché mondial. C’est la possibilité d’une structuration du monde…
L’ensemble des crises révèle la fin de plusieurs types de développement, cachés par la référence unique du « choc pétrolier ». Fin des « 30 glorieuses » (1945-1975) par la récession synchronisée de 1974-75 dont les traces restent dans le néolibéralisme qui lui succède à partir de 1980 dont la fin est signifiée par la crise systémique, financière et économique de 2007-2008 et, depuis, ce type de développement se survit à lui-même avec une accélération de toutes les crises. C’est la fin d’un monde.
La crise climatique, mondiale de l’été 2026, canicules à répétitions, incendies jamais vus et un cortège inédit de catastrophes, connaîtra d’autres manifestations de plus en plus dramatiques, de plus en plus meurtrières. Elle touche d’abord les plus pauvres accentuant les inégalités déjà ,très profondes des sociétés capitalistes. La hausse des prix des produits agricoles notamment ne peut pas être considérée comme de l’inflation. Les banques centrales devraient en tenir compte…
La responsabilité des gouvernements dans l’absence de politiques préventives est engagée et accentue la crise politique préexistante, crise de légitimité s’il en fut.
Un plan global – la crise climatique jette les bases, pour le moins, de la définition d’une société différente – de réponses aux crises en prenant appui sur les recherches scientifiques – en particulier du GIEC. Un plan à long terme qui commence par des mesures d’urgence qui s’intègrent dans une vision de long terme. Pour le mettre en œuvre, il faut sortir de la logique de la privatisation, renouer avec les services publics, défendre les communs. L’eau devient de l’or et sa gestion collective sera une des questions clés. Les Banques centrales comme les États devrait mettre ces questions en priorité à leur agenda.
Nicolas Béniès
5) Ce qu’il faut observer : une réorganisation du capital à l’échelle mondiale, USA-Chine d’un côté, Europe de l’autre… Le déploiement des entreprises du numérique qui étouffe les capacités de profit des industries traditionnelles (actuellement elles progressent grâce à l’IA, exemple de la construction des data centers, détruisant environnemental et facteurs de l’aggravation de la crise climatique), et ambitionne la prise du pouvoir aux dépens des Etats.
Une impuissance face au défi climatique…
6) Des pistes pour une alternative